Européenne 2019

Les gilets jaunes 2019

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« Femela » au Parlement

 

C'est au Fitness du Parlement à Bruxelles que le panneau « Femela » désigne, avec l'élégance bûcheronne des forêts profondes de l'Europe du Nord, le sauna pour femme, pendant que le « Male » a sa propre cabine et sa signalisation.

L'Europe scandinave, allemande et nordique, est ainsi. Elle a beau être sur la plage naturiste du Cap d'Agde en famille, au sauna du Parlement européen c'est comme à la piscine à Roubaix,  à la Mosquée ou dans des églises du pays basque profond, , chaque sexe a son côté.

Il existe  même, on l'a vu, une commission spéciale femme et un combat spécial pour l'égalité, la parité et même plus si opportunité.

Pour que l'enjeu du pouvoir soit plus clair, un annuaire de « Women in Power » a été édité par la députée britannique Mary Honeyball.

Mais depuis que Hilary Clinton a été battue une première fois par Obama, un monde s'est achevé. Le féminisme a été éclipsé par le « chromatisme ». Entre les deux esclaves de toujours, celle de la nuit des temps patriarcaux et celui des champs de coton de la Virginie, les Etats-Unis ont préféré le second à la première. Le Parlement européen risque-t-il alors de perdre à terme une de ses grandes valeurs de référence : la « femela affirmation » ? On n’en est pas encore là.

Hilary Clinton a certes été battue une deuxième fois et cette fois par un candidat issu tout droit de la grotte et de la guerre du feu. Au Parlement européen en revanche les femmes députées veillent au grain et tiennent les brides courtes. Avec deux instruments  pour les  aider. D’abord, leur servant de base logistique, une commission spécifiquement  consacrée à la défense de leurs intérêts. Ensuite un investissement sérieux dans le travail parlementaire quotidien de bien des députées. Ce qui forcément  finit par payer. C’est à dire par assurer la diffusion, sinon la domination, des thèmes et valeurs de la « King kong theory »,  disent les adversaires ou du « femela  power », diraient les sympathisants

Ces valeurs se sont les grands classiques qui font une progressiste de la gauche sociétale, avec la parité, les inégalités de rémunération et la violence conjugale. Mais bien sûr pas un  mot sur les quotas de juges masculins ou ceux  de professeurs hommes  qu'il faudrait penser un jour pour  les tribunaux ou les écoles. Parce que la proportion des non femmes va y devenir la même que la proportion des Africains dans le journal télévisé de 20 heures ...

Dans la bonne tradition du « gender » américain, la « femela » députée met aussi du gender en tout. Il faut entendre par là du genre, plus précisément féminin, en exigeant même le gender budgeting. C’est encore plus militant que la grammaire inclusive ou que le budget participatif inventé dans les années 80 par la mairie de Porto Alegre et que Ségolène Royal importera dans sa campagne présidentielle, juste au moment où Porto Alege renoncera d’ailleurs à cette coquecigrue. Il s'agit en effet de présenter le budget du Parlement européen par sexe. Le gender budgeting examine tous les crédits budgétaires en les classant selon qu'ils sont favorables aux hommes ou aux femmes.

Ce qui est évidemment loin d’être très simple. Par exemple, des crédits pour des trains transeuropéens, les classe-t-on dans la rubrique hommes ou la rubrique femmes et à partir de quel critère ? Ainsi les crédits, pour les  locomotives Alstom des TGV, le gender budgeting les affecte au profit de qui ? De même les crédits pour les éleveurs de bovins, faut il  que le gender budgeting les classe en femelles lorsque le bovin est une vache et  en mâle lorsqu’il est un taureau ? 

Mais quid des bœufs, des moutons et des aides aux banques, notamment à l’automne 2008. La ventilation des crédits, des garanties, des prises de participation se fait-elle en fonction de la banquière ?

Ainsi, les millions d'euros d’un plan financier européen, « gender budgeting » parlant, la « femela » les ventile comment, en cadeaux « machos » ou en aides féministes ?

Mais il y a du plus sérieux que le curieux du « gender budgeting ». Notamment avec l'action contre la violence. Pas celle de la lutte des classes et des répressions féroces des grèves. Pas la violence de « l'horreur économique » du système capitaliste version charrettes de licenciements et expulsions des maisons dans la crise des subprimes. Pas même la violence du Guatemala aux 700 femmes tuées chaque année dans l'impunité. Comme au Mexique. Non, la violence pour la « femela » du Parlement européen, c'est la violence conjugale. Celle de Eric Zemmour,  dans ses chapitres de « destin français »,  sur « madame Sartre » et « monsieur Simone de Beauvoir » .

Il y a 11 000 suicides officiels par an en France et 25 000 réellement. On se suicide surtout à Noël. On se suicide chez les personnes âgées, femmes en majorité et on se suicide chez les paysans. Les policiers, les enseignants. On frappe. On maltraite des personnes âgées. En famille. À la maison de retraite. À l'hôpital. « On tue les vieux » écrit le Pr. Soubeyrand. Mais, au Parlement européen, tout cela serait presque de la-broutille. L'essentiel de l'histoire de l'humanité, depuis Judith, décapitant un général,  jusqu'à la soldate américaine de la prison d'Abou Ghraïb à Bagdad, tenant en laisse un prisonnier irakien de la guerre du Golfe, c'est la violence conjugale. Unilatérale bien sûr.

Parce que  si  « tous les 14,5 jours en France , un homme  ,  diplômé de l’enseignement supérieur , décède sous les coups , à l’arme blanche , de sa conjointe »., c’est un chiffre  pour  l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, mais pas pour le Parlement européen. A chacun son combat et le Parlement lui est tout à celui de la « femela ».

C’est pour cela qu’on l’aime affectueusement dans cet engagement doucement suranné de la génération post moderne de députées qui ne voient pas que leur   monde s’en est allé. Parce que les BMX, roller, skateboard, VTT freestyle, wakeboard ou parkour, sur les pistes de FISE, ne savent plus qui est Simone de Beauvoir, Clinton Hilary ou Despentes Virginie.

 

Voir : Commission femmes

Feuilles d’émargement pour la « prime panier » du député

 

Le député européen est un O.S. de la politique. Un petit ouvrier dans la chaîne de montage des décisions. Dès lors, comme les ouvriers pointent tous les matins à l'usine, pour pouvoir être payés, le député pointe aussi chaque jour. En langage parlementaire européen, cela s'appelle « signer ».

C'est la priorité absolue du député : signer dès qu'il arrive au Parlement européen. Sinon on l’ a dit , « pas de signature », « pas d'indemnité », Et c'est 304 euros envolés. Car la journée est payée 304 euros. Alors, pas question de ne pas signer. Surtout au prix de la chambre d'hôtel à Bruxelles, capitale de l'OTAN, du lobbying, de la Commission, du Conseil et des centaines de colloques qui rendent les hôtels « full » tout le temps. Avec les Ibis à 300 euros la nuit.

Mais signer quoi ? Une feuille d'émargement à deux colonnes. Une avec le nom de chaque député, l'autre avec une case précisément pour signer.

Et signer où ? Heureusement, en de nombreux endroits. D'abord et surtout, dans une pièce de 8 h à 22 heures, sous le contrôle d'un huissier. Oui ! Rien que ça. Le Parlement européen n'a aucune confiance dans ses élus et les fait surveiller. Par un pion. Comme des potaches au lycée ou des contribuables fraudeurs à Bercy. Dans cette pièce, au fond à droite d'un long couloir, il y a un registre, comme un grimoire secret du Roman de la rose, dans l'atmosphère du Prieuré de Sion. C'est là que le député signe. Il peut d'ailleurs signer aussi en commission. Comme il y a une vingtaine de commissions, cela fait une vingtaine d'endroits où signer, de 9 h à 12 heures et de 15 h à 18 heures. Après 18 heures, on ne peut plus signer qu'au registre qui reste ouvert, comme un précieux épicier marocain , jusqu'à 22 heures.

A Strasbourg, on ne signe que dans l'hémicycle. Avec, là aussi, un député qui surveille la fraude aux autographes. Parce qu’à peine dix ans en arrière, le registre n'était pas surveillé. C'était alors des miracles fréquents. Les députés absents signaient. Il est vrai que tant d'abus dans les années 80 et 90, où les secrétaires et les amis signaient pour le député absent, ont amené la  réaction.

On signe même aux quatre coins de la planète. Par exemple, si le Parlement « Europe-Amérique latine » se réunit à Lima, le député qui y va doit signer aussi là-bas. Devant un fonctionnaire envoyé, avec sa feuille officielle spécialement pour ça. Au fond, les députés européens à l'étranger sont comme les « Miss » de Madame de Fontenay. Ils sont encadrés.

Qu'arrive-t-il si le député oublie de signer ou si son train ou son avion, d'Andalousie, d'Estonie, de Nouvelle-Calédonie ou de Laponie, arrive à Bruxelles après 22 heures ? C'est foutu ! Il dort à ses frais. À deux exceptions près. Deux fois par an, il peut ne pas signer en prouvant qu'il était bien là. Et en arrivant à convaincre les questeurs de sa bonne foi. Pour cela, il faut des preuves : la facture d'hôtel, les billets de train et d'avion

Figures et figurants au Parlement

 

Le Parlement européen est  un club, un mess. Il n'y a donc que l'embarras du choix pour y trouver des figures. De la politique bien sûr, mais aussi du sport, de la chanson ou de l’économie. Simone Veil, le Président du Portugal Soares, le Président VGE, le milliardaire Jimmy Goldsmith, « l'Empereur » d'Autriche-Hongrie Otto de Habsbourg, et une avalanche de premiers ministres, de ministres ou de futurs ministres ont peuplé ou peuplent le Parlement. Il y a même des Miss. Aquitaine par exemple.

Et pourtant, avec des dizaines de figures, le Parlement européen n'est surtout fait que de figurants ! C'est une curiosité qui tient à la hiérarchie dans les figures. Par exemple, Charles Pasqua, Marie ­France Garaud, François Bayrou, Bernard Kouchner, Jack Lang, Bernard Tapie ou J.P. Raffarin, ont été ou sont des figures de la France. Et pourtant, au Parlement européen, les deux premiers exceptés, tous les Français élus députés, de Douste-Blazy à Krivine, Arlette ou Mme Bachelot, ont été des figurants. Personne ne se souvient d'eux. Ils n'ont pas marqués.

C'est d'ailleurs vrai pour toutes les "figures nationales' d'Europe que le Parlement transforme en figurants. Par exemple, Landsbergis, un temps célèbre dans les États baltes pour s'être opposé à Moscou, a été un député européen inconnu de 2004 à 2009. Chacun connaît le champion automobile Ari Vatanen. Mais au Parlement, ce Finlandais a piloté discrètement cinq ans durant.

C'est une première information. Qui est figure chez lui est souvent figurant à Bruxelles et Strasbourg. Parce que le Parlement européen n’est pas une assemblée de la politique domestique, ni un ring de quartier.

Trois   conditions pour être  figure

 

Alors, qui devient « figure » au Parlement européen ? À quelles conditions et quels noms ?

Il faut trois conditions pour être une figure de l’hémicycle européen: physiquement présent sur une dizaine d’années,  techniquement compétent et un quelque chose en plus, comme une gueule, un excès, un talent. L’italien radical Pannela par exemple l’a été, le français J.L. Bourlanges, aujourd’hui député national en marche, aussi, « l’empereur » autrichien Otto de Hasbourg bien sûr, Daniel Cohn-Bendit évidemment, mais aussi Michel Rocard,  une des rares figures nationales à avoir survécu en arrivant au Parlement.

La difficulté est d'être une figure permanente. Nicole Fontaine a ainsi été figure avant de figurer. Karel Dillen, député flamand, a été dix ans durant une figure de l'hémicycle, qu'il habitait de 9 heures du matin à 23 heures, non-stop, avant de disparaître.

Carlo le député des retraités

 

Tout le monde connaît Silvio Berlusconi, sa carrière, sa longévité, ses « bonga bonga ». On sait moins   qu'en avril 2006 il a perdu les élections italiennes d'un cheveu : 24 000 petites voix sur 40 millions de votants. Mais personne ne sait qu'il a été battu par un député européen. Ce tombeur s'appelle Carlo Fatuzzo. Il a été membre pendant dix  ans du premier groupe politique européen, le très conservateur PPE. Les députés européens ont tous connu Carlo Fatuzzo non seulement parce qu'il détenait le record absolu des interventions orales dans l'hémicycle, mais parce que tous ses discours, quel que soit le sujet, ramenaient  tout au problème des retraites. C'est que le Génois était  secrétaire général du Partita pensionati, le Parti des retraités avec un slogan simple : ''20 millions de retraités : Et si vous votiez tous   le Parti des retraités ...?".

Pour les législatives d'avril, C. Fatuzzo avait proposé l'alliance à S. Berlusconi qui avait refusé. Alors le Parti des retraités rejoint la « Marguerite » de Romano Prodi. Résultat : les 340 000 voix du parti de Carlo Fatuzzo, soit 1,4 % du corps électoral, ont donné la victoire à Romano Prodi. Les retraités avaient mis Silvio à la retraite ...

Astrid Lulling, doyenne des députés

      Malgré sa célébrité,  ce député italien Fatuzzo, figure des retraités italiens, n’aura pas accédé au vedettariat d’hémicycle  de la Luxembourgeoise Astrid Lulling.  Jusqu’en  2014  elle a incarné  le Parlement.

Élue dès la décennie 70,  constamment réélue au vote préférentiel, comme elle a  toujours été réélue aussi  questeur, elle a été  la "pro" à l'état pur. Jusqu'à mettre à la boutonnière une abeille en or quand le parlement traité  des pesticides, et une grappe de raisin en broche  lorsqu'arrivait  dans l’hémicycle la refonte de l’organisation du marché   viticole.

 Elle a cumulé les mandats,  le sens  de  l'organisation germanique, l'habileté italienne, la culture française et au passage la maîtrise  de quelques langues latines, de l'anglais, en plus évidemment de l'allemand. 

Astrid Lulling, a été  le miel, le vin, Clearstream, le secret bancaire luxembourgeois, le fonds de pension des députés et un petit hôtel cosy en Allemagne, les soirs de session à Strasbourg. 

 Elle allait  de la commission agricole à la commission du budget, de sa questure à la présidence de l'intergroupe viticole, en passant par le Pérou en délégation, ses cours d'italien l'été et la fourniture en leasing de son assistant au Grand-Duc du Luxembourg. 

Elle a été et reste  la figure absolue, le personnage connu et reconnu. Quelque chose comme a été le Chanoine Kir, député de Dijon à l’Assemblée nationale française.

Fin de mandat, fin de parti  

 

Sauf chez Walt Disney, il n’y a pas de fin heureuse. Dans les contes certes à la fin on se marie et on a beaucoup d’enfants. Mais au Parlement européen, pour la plupart des députés qui ne sont pas là en transition avant un poste au gouvernement , comme un Alain Juppé en  1984, un A Lamassoure en 1993, ou un José Manuel  Garcia Margallo,  passant en décembre 2011 de l’ Hémicycle au poste de  ministre des Affaires étrangères et de la Coopération dans le gouvernement de Mariano Rajoy, à la fin du mandat on est  seul et on ne sait plus quoi faire de son temps. Avec en toile de fond le martèlement : « Et maintenant que vais-je faire... maintenant que le mandat est parti... ? »

Bien sûr vu de l’extérieur, il y a l’indemnité transitoire prévue au statut, aux articles 45 et 77, pour un montant global annuel de 11, 8 millions d’euros, pour tous les députés renvoyés, licenciés non par les électeurs mais par les caciques de leur parti.

Mais passer de la participation directe aux affaires du monde, à son petit deux pièces quelque part en Navarre, dans une île mélancolique portugaise de l’Atlantique, ou dans un village triste d’une forêt de Slovaquie, tous ces lieux sans vie  quittés dix  ans avant la fleur au fusil, quel choc !

Fontaine Nicole, la grande présidente

 

Avant que Nicole Fontaine ne décède trop tôt -Le vendredi 18 mai 2018-, le Parlement aura  connu quinze présidents, de Simone Veil à l’italien Antonio Tajani, si l’on ne compte que depuis 1979 avec la première élection des députés européens au suffrage universel, et 29 si l’on compte depuis le belge Paul Henri Spaak, en 1952, président de la première assemblée de la CECA.

Ces 15 présidents depuis 1979, et même 16 avec le président Poher, les ayant connus et pratiqués, avec ce recul il est évident  que Nicole Fontaine a été la plus accomplie. Tout comme à l’Assemblée Nationale Jacques Chaban- Delmas en a été le grand président inégalé depuis le premier jour de la Vème République.

A quoi reconnaît-on un grand président ? A deux critères.

 

D’abord l’impartialité, la disponibilité, la présidence en bon père de famille et dans le cas de Nicole Fontaine en « grande sœur », en primus inter pares. Nicole Fontaine, avec son successeur l’irlandais Pat Cox, ou son lointain prédécesseur le président Alain Poher, a eu cette qualité que l’on a ou que l’on n’a pas en naissant : la gentillesse.Il s’agit très souvent d’une qualité éminemment française. Ce que Charles Trenet avait bien compris à travers sa  chanson : « Douce France ... ».  Janelly Fourtou, le docteur Margie Sudre de la Réunion, la « chasseresse » vosgienne Véronique Matthieu, Nicole Thomas-Moro champenoise ou Françoise Grossetête, ont été ou sont ces députés tranquillement, assidument, sereinement et délicieusement qui ne se prennent pas pour des députés.

Mais Nicole Fontaine avait une seconde qualité  à la Chaban : l’audace. Qui dans son cas était de la fraicheur, de l’enthousiasme où on l’imaginait presque adolescente à bicyclette sur une route des blés de Chartes, cheveux au vent et rêves aux yeux.  On ne sait si elle avait été une petite fille modèle de la Comtesse de Ségur, mais on voyait qu’elle croyait, comme on dit aujourd’hui qu’elle avait des valeurs. Le dimanche 25 juillet 1999, sous un soleil torride, elle pouvait être ainsi, tailleur de lin, de serge ou de tergal clair, comme il se doit à un enterrement  musulman, marchant dans les rues de Rabat, au milieu d’une trentaine de chefs d’Etat, de Bill Clinton à Shimon Peres, Juan Carlos ou Bouteflika, pour l’enterrement du dernier géant, Hassan II, le grand Roi.

C’était là au fond le rôle qu’elle aimait : le soft power de la diplomatie parlementaire en action. Ce qui va l’amener à faire le grand coup politique de sa vie et un choix audacieux en diplomatie. Le 5 avril 2001, au Parlement européen et ce faisant en Europe, elle invite le commandant Massoud, le lion de la vallée du Panschir, l’ancien du lycée français de Kaboul, le résistant à la marée Taliban. Quelle photo ! La présidente qui croit et le commandant qui combat.

Aujourd’hui on a oublié. Ben Laden, Al Quaïda, les talibans, l’Afghanistan, ce n’’est plus l’actualité. Même Daesh n’est déjà plus que l’écho d’un bruit de fond... Mais quand le chef de guerre Tajik, Ahmad Shah Massoud, qui a gagné ses galons en tenant en échec la puissante armée soviétique, arrive à Strasbourg, depuis cinq ans les fous du Dieu du mollah Omar ont inondé Kaboul d’une marée noire de burqua, de barbes, avec des amputations par centaines et des lapidations à la chaîne. Quelques jours avant que Massoud, chef de l’Alliance du nord et unique leader capable de résister aux talibans, arrive au Parlement européen de Nicole Fontaine, en mars les statues de bouddhas géants à Bamyan, trésor de l’art vieux de quinze siècles, ont été dynamitées. Avec l’appui du Pakistan, le régime taliban est devenu le centre des réseaux d’Al-Qaïda et le lieu d’entraînement de jeunes musulmans, venus d’Europe et du Moyen-Orient se former à être terroristes. C’est la Syrie à la puissance X.

Dans ce contexte, inviter Massoud c’est le courage et la lucidité. Nicole Fontaine donne au commandant de légende la visibilité, la consécration et la reconnaissance politique de la Communauté internationale. Elle est le lanceur d’alerte. En faisant parler le Commandant de la Zone nord qui résiste, elle exhorte les nations à faire pression sur le régime ambigu des généraux d’Islamabad, afin qu’ils cessent leur   soutien au régime de l’obscurantisme et du   fanatisme qui menace la société internationale.

La suite devait vite montrer que Nicole Fontaine n’avait pas fait que réaliser la photo de légende, avec   le Jean Moulin des hauts maquis d’Afghanistan. Le 11 septembre, deux avions pilotés par des kamikazes d’Al-Qaïda faisaient exploser à New York les deux tours du World Trade Center. Deux jours avant, le 9 septembre 2001, Ahmad Shah Massoud était assassiné par deux jeunes terroristes algériens qui s’étaient fait passer pour des journalistes venant l’interviewer.

Six mois auparavant, il avait pourtant prévenu de la menace que représentait Al-Qaïda et Ben Laden pour le monde libre. Nicole Fontaine nous avait permis d’entendre cet avertissement là. Voilà pourquoi jusqu’ici, la plus grande présidente du Parlement européen c’est bien elle

Former members, le club des 1071 anciens députés encore vivants.

 

Toutes les assemblées ont leur association des anciens, pour voyager et ne pas trop décrocher. Mais au Parlement européen c’est une vraie institution, avec une forte organisation, des bureaux, des collaborateurs, des postes de travail et même à Strasbourg une douche ...

Autrement dit les anciens ne se contentent pas d’un dîner annuel en novembre, d’une ballade collective en Europe et d’un bulletin de liaison mensuel en deux langues. Non, ancien député européen c’est presque un métier, mais il n’est pas payé et  les voyages à Bruxelles et Strasbourg ne sont pas remboursés. Aussi dans nos bureaux, dit joliment de passage, onze mois sur douze, ce n’est pas la grande foule et on est d’ailleurs toujours les mêmes à se retrouver. Trois exactement : un prof de droit de Madrid, Medina Ortega, un ancien vice-président du Parlement européen, catalophone et moi.

A Strasbourg, trois c’est à la fois beaucoup, puisqu’il n’y a dans le bureau que deux postes de travail équipé, mais c’est aussi un minimum. Parce que le bureau, dont l’existence n’est  connu que des seuls habitués, étant relégué au fond d’un couloir sombre du 6 ème étage, on pourrait se sentir isolé, sauf à sortir pour aller dire visiter au même étage le chaleureux brexiste » Nigel Farage ou  consulter  le maître expert français du droit des campagnes électorales, le député JF Jalk. ;

A Bruxelles c’est différent, le bureau des anciens c’est facilement un F3, meublé, ensoleillé, avec salon de conversation, et tout un couloir privatif avec 6 voisins en 6 bureaux.

D’abord le bureau du président des « Former Members », occupé depuis 2018 par Hanz Pottering, bronzé, sourire Email Diamant, silhouette souple et élégante à la Obama, mais en blond allemand. Il est élu démocratiquement par les collègues, mais en fait c’est comme sous l’Ancien Régime ou pour les avocats au Conseil d’Etat. C’est une charge, un office, un titre quasi nobiliaire qui se transmet selon des rites anthropologiques, que seul Lévy Strauss aurait pu percer,  s’il avait été choisi pour le Parlement, comme sa collègue académicienne Hélène Carrère d’Encausse.

En d’autres termes pour être président des anciens députés, il faut avoir été président des députés en activité. Ce qui est une pratique à la fois très humaine, puisqu’elle permet pour les présidents une sortie en douceur et très météorologique puisqu’elle a créé pour eux un statut d’été indien présidentiel où, avant l’hiver de la fin de toute activité, le président élu par les anciens connaît un automne doré. Qui lui laisse f croire que pour lui la vie va recommencer.

Ainsi en remontant dans le temps, l’espagnol Enrique (sans H) Baron Crespo, président du Parlement du début des années 90, l’irlandais Pat Cox, président de la fin de ces années, ont été, ou encore l’espagnol Gil Robles, ont été deux fois président, des modernes et des anciens.

Quand on a fini une  conversation avec le président ou sa secrétaire italienne, en continuant dans le couloir, il y a le bureau le plus précieux, celui des deux secrétaires. Seules en effet capables de mémoriser et de pratiquer   l’invraisemblable code secret, avec des chiffres et des mots , qui permet aux anciens députés de téléphoner dans toute l’Europe.

Après, il y a le bureau le plus charmant, avec un lord anglais à  chevelure blanche et suave humanité, qui aide à comprendre pourquoi la reine Elisabeth l’a anobli. C’est le bureau de Richard Balfe, président jusqu’en 2024 du fonds de pension des députés européens, puisqu’après cette date le fonds sera tombé en faillite.

Le secrétaire général du fonds, Adrian Cunningham, dans le bureau contigu, le sait. Mais en attendant la fin annoncée, comme dans le Western avec Gary Cooper où le train devait siffler trois fois, Adrian administre et offre dans son bureau aux anciens qui viennent le saluer l’accueil par sa secrétaire jamais la même, mais toujours ukrainienne et toujours au standard Adriana

Arrivé au bureau, l’ancien député doit d’abord émarger sur un cahier, avec son nom et son ancien groupe politique. A partir de là, s’il veut travailler et téléphoner, c’est le parcours d’un indien Navajo qui doit maîtriser les codes secrets. Pour l’ordinateur pas trop de problème, le login « exmep » et le mot de passe "Parliament8912" (P majuscule) se retiennent facilement. Mais pour téléphoner, avec des codes combinant des # et des chiffres en rafales, le Parlement européen est sûr de ne pas avoir une facture de téléphone élevée