Européenne 2019

Les gilets jaunes 2019

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Daesh au Parlement européen ....

 

C’était en avril 2016, après les trois attentats suicides  à la bombe, du  22 mars,  à l'aéroport de Bruxelles  Zaventem et à la station de métro  Maelbeek, dans le quartier européen. Parmi les trois auteurs de l’attentat, aux trente deux morts, revendiqué par l'organisation terroriste État islamique, figurait  un cadre confirmé du Djihad islamiste, Najim Laachraoui, artificier  de Daesh, fabricant aussi  des explosifs du Bataclan.

Le  6 avril 2016  le Parlement européen reconnaissait qu’il l’avait employé en 2009 et 2010 dans ses murs,  à des activités  de nettoyage. En même temps le magazine allemand  Der Spiegel révélait  que du matériel de propagande de Daesh, notamment des CD,   avait  été trouvé dans les effets personnels de deux chauffeurs d'une société travaillant pour le Parlement européen, avec  le soupçon sérieux  que d’autres employés de sociétés prestataires soient  susceptibles d'être aussi liés à l'organisation djihadiste.

 

Dès lors ne pouvant plus faire le tri  dans une fourmilière   potentielle  et ne pouvant prendre le risque de voir une voiture piégée du Parlement faire sauter toutes les fondations de l’immeuble, à partir du parking au niveau  moins 2, le bureau  de l’institution  trouva plus sage d’en finir avec la privatisation de ses transports et de reconstituer le service des chauffeurs  fonctionnaires, interne au Parlement, tel  qu’il avait fonctionné dans l’efficacité, la sécurité et la transparence vingt ans durant..

Le  mardi  25 octobre 2016 le Parlement européen votait  donc la fin de la privatisation de son service de chauffeurs. En dépit d’un surcoût de 50% pour le   budget transport passant à 10,5 millions d’euros par an.

Apparemment de simple technique, cette mesure avait en réalité une  portée philosophique. Pour la première fois une institution du temple européen de la sainte religion du marché reconnaissait la supériorité du public sur le privé.

La peur du terrorisme a été  là le commencement de la sagesse. Mais curieusement, au lieu  d’expliquer le retour des chauffeurs dans la fonction publique européenne pour la raison évidente de sécurité, on est allé justifier la « re-fonctionnarisation » du statut des chauffeurs par le souci du « genre »... Un service des transports publics internalisé permettrait de mieux féminiser. Il fallait y penser...

 

Débats et discussions ou monologues et récitations ?

 

De quoi discute-t-on au Parlement européen ? Des affaires de l'Europe ? Certes. Mais aussi du monde. Des roues des tracteurs et des essuie-glaces, mais aussi de la mondialisation et de la NSA qui espionne toutes nos institutions.

Autrement dit, les débats vont des étoiles aux fourmis. Ils sont à la fois nano débats et macro discussions.

Pour ces derniers, le Parlement européen invite des chefs d'État, Emmanuel Macron par exemple le 17 avril 2018, des chefs religieux  et même le chef  du réseau des réseaux, avec le 22  mai 2018 le président   de Facebook, Mark Zuckerberg à Bruxelles.

C'est la diplomatie parlementaire où les députés, chefs de délégations pour la Corée du nord, l'Inde, les pays andins, le Moyen ­Orient ou la Russie, parcourent la planète, la tête dans les étoiles de l'énergie, du climat, de la biodiversité ou de la mondialisation.

Mais il y a la vie. La vie concrète. Alors, quand les députés ont cessé de jouer à l’ONU,  défendant même les 170 millions de dalits de l'Inde, c'est-à-dire ces esclaves frappés, torturés, exploités,  assassinés chaque jour, le Parlement redescend sur Terre et discute du quotidien. Du grand quotidien et du microscopique quotidien. De macro questions et de nano débats. Plus les débats qui reviennent régulièrement, sur le budget bien sûr chaque année, le cadre financier pluriannuel chaque 6 ou 7 ans et depuis 2010 un débat au cours de la première session plénière de septembre, à Strasbourg, sur « l’état de l’Union ». C’est à dire on l’a reconnu par le nom, un débat inspiré de celui des Etats- Unis au Capitole et Congrès. Mais à Washington le discours sur l’état de l’Union, le State of the Union address, est prononcé, depuis janvier 1790, par des Roosevelt, Kennedy, Reagan, Obama ou même Trump, alors qu’à Strasbourg, par exemple le mercredi 14 septembre 2017, c’est Jean Claude Juncker qui discourt...

Il est vrai que les questions européennes traitées peuvent être grandes, avec le terrorisme, les migrations massives ou le Brexit, alors que le président américain, depuis 1860, n’a plus à traiter du départ des Etats confédérés. Ces questions en débat d’ailleurs, tout en étant très diverses, ont une certaine périodicité. On les voit revenir et alimenter d’année en année les discussions des sessions qui se répètent. Par exemple les débats sur la protection de la vie privée sont revenus durant toutes les années de la décennie 2010.

Il s’est agi d’abord de la vie privée face à la lutte contre le terrorisme, où nos libertés individuelles ont été prises dans le piège du « Patriot acte » américain, décrit et dénoncé par un film d’alors de Michael Moore. Comment protéger nos données lorsque les USA exigent de tout savoir de la vie des passagers à destination des USA ? C'est la question appelée PNR et SWIF qui a fait 7 ans de débat au Parlement européen, avant l’adoption d’une directive.

 sans  et RGPD : des années de débats                        

PNR, accord qui veut dire « Passager Name Records », est un registre des données des passagers aériens pour tracer les itinéraires aériens des terroristes potentiels, à partir d'informations que les compagnies aériennes ont l'obligation de transmettre aux Etats, lesquels devront ensuite se les partager. Concrètement, il permet surtout à la douane américaine de tout connaître sur nos adresses, nos relevés bancaires et notre régime alimentaire. Avec porc ou sans porc.

Dans le même style, il y a eu aussi débat sur SWIFT, société installée en Belgique, Society for Worldwide Interbank Financial Télécommunications, qui, en clair, espionne tous les comptes et les transmet aux USA.

On comprend alors qu’il y ait eu matière à débat sans fin au Parlement européen, sur un projet de directive qui permettait cette transmission de toutes les données de tous les passagers embarqués. Durant 9 ans, de 2007 à 2016, ce projet PNR est revenu comme un « serpent de mer » européen. Le Parlement ne voulait pas de cette intrusion dans la vie privée. Sa commission des libertés retoquait, année après année, le projet de directive considéré comme liberticide, jusqu’à ce que les attentats en France et à Bruxelles, amènent le Parlement à l’adopter le jeudi 14 avril 2016.

Le débat sur la vie privée n’en était pas terminé pour autant. Après le PNR, il est revenu avec le RGPD, un règlement sur la protection de la vie cette fois numérique, par l’encadrement des conditions de collecte et de traitement des données des citoyens européens, en s’imposant partout dans le monde aux plateformes de collecte. De janvier 2012 au 27 avril 2016, date d’adoption du règlement du Parlement européen et du Conseil, relatif à la protection des personnes physiques en matière de traitement des données à caractère personnel et à leur libre circulation, ce sont quatre années de négociations et de mobilisations de cinq commissions du Parlement européen, sur les libertés, l’emploi, l’industrie, le marché intérieur et les affaires juridiques.

Tout ceci d’ailleurs n’est encore rien par rapport au sujet culte des débats du Parlement européen depuis 40 années sans discontinuer. A savoir la PAC et son avenir. Si le père de cette politique, le commissaire néerlandais Sico Mansholt ressuscitait au Parlement aujourd’hui, comme dans la saga du  « seigneur des tourteaux », 56 ans après ses règlements agricoles de 1962, il retrouverait l’agriculture encore et toujours à l’ordre du jour des sessions de Strasbourg.

Valladolid, Byzance, Strasbourg et les rétroviseurs sur les tracteurs ...

Pour la nouveauté, c’est dans les petits débats sur les petites questions que les députés peuvent se faire plaisir, avec le football, le dopage, les prix de billets d’avion, les droits à pension complémentaire, les stocks de harengs de la mer baltique et en sommet de la gourmandise la discussion de rapports sur l'empattement des roues des tracteurs et les feux de signalisation. Plus les rétroviseurs. Seul ce Parlement est capable de passer de l'infiniment grand, de la planète, du climat, de la guerre et de la paix, à l'infiniment petit. Aller de la fonte des glaciers  à l'essuie-glace des voitures, tout cela dans une même journée, c’est le génie de ce Parlement.

Vingt-sept peuples mobilisés et des élections dans un tout un continent pour avoir un Parlement qui discute des feux de signalisation, c’est le signe d’un raffinement de civilisation. Parce que discuter de la directive Bolkenstein, sur les plombiers polonais, avec les milliers de services qui s'échangent chaque jour en Europe et pour lesquels il faut déterminer le droit applicable, tous les parlements savent le faire. Mais 751 députés mobilisés pour traiter des rétroviseurs des tracteurs, c’est du niveau de la célèbre controverse théologique de  Valladolid,  entre Sepulvedra et Las Casas,  pour savoir si les indiens avaient une âme.

Voir en effet Enrique  Baron Crespo, ancien président du Parlement européen, y faire un rapport  sur «les véhicules à moteur et leur champ de vision vers l'avant », avec une députée Paola Costa  intervenant sur la directive relative au «montage a posteriori de rétroviseurs sur les poids lourds»,  plus un dénommé Malcolm Harbour  traitant de la directive sur « les remorques des véhicules à moteur »,  c’est d’une humble  beauté, du  dérisoire élevé au sublime. Comme de la spiritualité des moines boudhistes du Tibet qui arriverait à Strasbourg imprégner son européenne assemblée.

C'est cela  le Parlement européen comme on l’aime. Géant dans l’humilité à la portée de tous. Proche des gens et de leurs problèmes : le rétro, l'essuie-glace, la remorque. Ça ne vous change peut-être pas la vie, mais ça l'embellit... !

Et tant pis si 751 députés n’ont toujours pas eu  le débat lucide qui devrait être la priorité : la sécurité miltaire de l’Europe. Surtout lorsque l’invention des armes hypersoniques, aux missiles volant à vingt fois la vitesse du son, disqualifient les capacités  actuelles d’interception des défenses, laissant l’Europe sans couverture efficace de l’ OTAN ou de la dissuasion  nucléaire  dont la France et la Grand Bretagne l’avaient fait bénéficier jusqu’ici collatéralement. Le parapluie des satellites intercepteurs américains,  mis en place sous la guerre des étoiles de R. Reagan, et sous lequel la Pologne et les européens de l’Est se dispensent  de penser l’avenir, s’est troué. Russes, Chinois et peut être un jour Corée du nord, pourraient frapper, ne serait ce que conventionnellement, sans possibilité d’intercepter.

 C’est une rupture stratégique qui mériterait d’être discutée, lors  des débats programmés au Parlement.  Deux fois par  an sur la PSDC, la politique de sécurité et de défense commune et  lors des conférences interparlementaires avec les parlements nationaux. Mais discuter pour aller au concret des investissements militaires nécessaires et non pour s’enivrer de concepts ronflants   comme  une « repésentante de l’Union », forcément «  Haute », pour « la politique de sécurité », un « Service européen pour l’action extérieure » ou une « Agence européenne de défense », le tout au service d’une « stratégie » forcément  «  globale », dans le cadre d’une coopération tautologiquement « structurée » et bien sûr  « permanente ». Le tout  avec le couronnement de l’article 42 § 7 du traité de l’Union européenne qui introduit une clause  d’ « assistance mutuelle ». Dont chacun peut  imaginer  comment elle serait  activée  entre  les  28 pays qui, des mois durant, n’ont pu s’entendre sur le point de savoir  qui accueillerait  un simple bateau « Aquarius »  cabotant avec ses migrants.

C’est le débat sérieux à l’initiative du Parlement que l’on attend, puisque compétent sur l’industrie, la recherche et l’espace, il devrait être en première ligne  pour penser enfin les dépenses militaires de  l’Europe, lorsqu’en 17 ans, de 2000 à 2017, celles de la Russie sont passées de 20,4 milliards de dollars à 55,3 et celles de la Chine de 41,3 à 228,2 milliards. D’autant qu’en parallèle, le budget militaire des Etats-Unis est tombé des 768,5 milliards de dollars de 2010 aux 597,2 d’aujourd’hui.

 

Déclarations écrites (Les)

 

Le député européen agit en parlant. Mais c'est difficile de parler à 751 députés. Il faut des relations dans son groupe politique. Et ça ne dure qu'une minute. Alors, le député parle avec des « déclarations écrites » d'une page. Qu'il peut faire signer par ses collègues. Par exemple, le 10 décembre 2007, le vert G. Onesta faisait une déclaration, avec le Modem J-M Beaupuy, sur le « sans-abrisme » de rue remplaçant le SDF.

Les députés peuvent faire ces déclarations écrites sur les sujets les plus divers. Elles sont prévues à l'article 116 du règlement.

Elles se présentent sous la forme d'une page exposant le problème, en trois ou quatre paragraphes et demandant une réaction,  à la Commission européenne ou au Conseil.

 Un registre, sous forme d'un classeur, tient la liste des toutes ces déclarations ouvertes à la signature des députés. Comme une sorte de pétition parlementaire. Le registre est sur une table, devant l'hémicycle, à l’entrée, à Strasbourg, la semaine de la session mensuelle.

Là, les députés sont invités par leurs collègues ou par des lobbyistes, surtout pour la défense des animaux, à signer la déclaration.

En fait, chaque député signe les pétitions de ses « amis » pour leur faire plaisir. Ça ne sert à rien, mais ça fait du bien. Parfois, c'est touchant.

Ainsi, quand de jeunes prêtres viennent eux-mêmes à l'entrée de l'hémicycle pour faire signer la déclaration en faveur du monument historique qu'est la cathédrale Saint Joseph Santal losif de Bucarest. Avec un Cd à l'appui pour que chaque député voit bien cette cathédrale ridiculisée par un building qui l'étouffe.

Les sujets vont de l'institution d'une « fête européenne des maires » à la défense des phoques, en passant par l'adoption des enfants et même sauver la cathédrale  Saint – Joseph de Bucarest, étouffée par un building .

Il y a des déclarations écrites sur tout. Pour les professions libérales, l'interdiction des phosphates dans les détergents textiles, une télévision chinoise ou contre les supermarchés. C'est une avalanche. Un harcèlement. A Strasbourg, le député entre dans l'hémicycle comme une mariée sort de l'église. Entre deux haies de jeunes, distribuant leurs déclarations.

Par exemple, il y a quelques années, on pouvait en signer une contre le massacre des phoques.Parce qu’au lieu de tuer ces bébés à grands yeux noirs, sur tête blanche en peluche, émouvants comme la célèbre sculpture de Brancusi, les chasseurs pourraient organiser des charters entiers des amis des phoques pour aller faire des week-ends sur la banquise, voir dodeliner phoques et manchots.

Délégations (Les)

 

Au Parlement européen, les délégations sont officielles. Elles constituent un rouage important de la politique internationale du Parlement avec le reste du monde. Elles regroupent, sur la base d'une répartition proportionnelle entre les groupes politiques, la douzaine de députés sensibilisés à tel pays ou groupe de pays.  

Ainsi, s'il y a une délégation pour les relations avec le peuple de la République de Chine,- ou Chine de Pékin-, il y a une délégation pour les relations avec les pays du Mercosur, comme le Brésil ou l'Argentine, une pour les relations avec les pays de l'Amérique centrale ou une pour les relations avec les pays du Pacte andin, regroupant le Pérou, la Bolivie, l'Équateur, la Colombie.

Au total, il y a 27 délégations interparlementaires pour établir des relations. Soit avec un pays, l'Afrique du Sud par exemple ou le Canada. Soit avec un groupe de pays, le Maghreb ou les États du Golfe. Soit avec une institution, l'assemblée parlementaire de l'OTAN par exemple. Cela permet d'offrir aux députés 27 postes supplémentaires de président et de multiples postes de vice-président.

Ces délégations font une visite annuelle dans le pays considéré. C'est alors une petite entreprise d'une vingtaine de personnes qui se déplace pour une semaine, avec toute une logistique d'interprètes, de responsables des voyages, des hôtels et surtout des rendez-vous à prendre pour les députés avec les forces politiques, syndicales, économiques, religieuses, ONG ... du pays visité. 

Sur place, le représentant de l'Union européenne, qui se fait appeler « ambassadeur de l'Union », assure l'accueil de la délégation avec un programme qui commence par le Président de la République du pays et qui s'achève par une conférence de presse.

Ces déplacements ont lieu parfois dans des conditions difficiles. La délégation peut jouer alors un rôle de médiateur et d'apaisement. Le plus bel exemple a été  fourni par la délégation du Pacte andin en visite en Bolivie, du 28 septembre au 3 octobre 2008, en plein affrontement politique entre deux moitiés du pays: l'Occident andin et l'Orient tropical, La Paz et Santa Cruz, les provinces «indiennes» pauvres et les départements blancs riches en gaz, le pouvoir central socialiste et cinq départements de droite, en rupture de pacte. Comme des Catalans.

La délégation de six membres, rencontrant successivement  le Président Evo Morales, son parti le MAS et les députés d'opposition, réunis en « brigade parlementaire», aura joué un efficace rôle d'amortisseur de tensions ; écoutant tous les acteurs, toutes les positions, de l'université aux partis, des chefs d'entreprise aux magistrats, des ONG au clergé, des paysans aux avocats. Le tout avec la couverture média qui transforme la délégation en un arbitre espéré.

Les délégations fonctionnent à rythme intensif d'une dizaine d'heures par jour où le tourisme n'a guère de place. 

C'est là où l'on mesure que l'activité de député européen, à la différence d'un député national est épuisante. Les députés des délégations latino­-américaines vont ainsi faire des déplacements à : 12 heures d'avion, 7 heures de décalage horaire, des arrivées dans des aéroports de La Paz, Bogota ou Quito entre 2 700 et 4 000 mètres, sans jour de repos, ni à l'aller, ni au retour.

Mais ce sont des femmes et des hommes d'une immense expérience des choses du monde. Très supérieure à celle de l'immense majorité des leaders nationaux. Entre par exemple  une députée Aurore Berger en marche ou  un président de Rugy en perchoir, et des députés européens, comme la  communiste italienne Morgantini ou  l’espagnol José Salafranca, qui ont parcouru la planète sur des années, il n'y a pas photo dans la densité.

 

Déménageurs au Parlement (Les)

 

Je vous l’ai dit, c’est  2500 cantines environ à déménager chaque mois, entre Bruxelles et Luxembourg. Il faut y ajouter environ 120 armoires sur roulettes, destinées à transporter les documents des secrétariats des groupes politiques et des directeurs généraux.

Pour transporter le tout, ce n’est pas moins qu'une flotte de cinq semi-remorques de 28 tonnes appartenant à DHL et deux  camions avec remorque, de 18 mètres de long, que l'on utilise. Seuls ces derniers appartiennent au Parlement.

En plus, pendant la session, il y a un petit camion mobilis chaque jeudi à Bruxelles à fin de  transporter les cantines « urgentes ». Contenant par exemple les passeports et les visas pour les députés partant en délégation. Avant chaque session du Parlement, le chargement des camions commence vers 20 heures à Bruxelles et Luxembourg.

Les camions  partent les vendredi à minuit. Ils arrivent à Strasbourg le samedi à 6 heures du matin et le travail de distribution des cantines, de couloirs en bureaux, commence à 8 heures. Et peut continuer le dimanche. Pour les cantines égarées.

En sens inverse, de Strasbourg à Bruxelles, le vendredi de la semaine de session, les camions partent pour arriver le samedi à Bruxelles où ils sont immédiatement déchargés par les six déménageurs permanents restés à Bruxelles et 40 intérimaires.

Pour gérer ces migrations de cantines, il faut un « bison futé ». Sous forme d'une coordination des déménageurs à Bruxelles et à Luxembourg. On compte 13 personnes à Bruxelles et 17 au Luxembourg. Avec le statut de fonctionnaires. 

Pour l'essentiel c'est une équipe italienne. C'est vrai aussi pour l'équipe d'huissiers. L'explication tient à l'ancien Secrétaire général du Parlement européen des années 90, le Sicilien Vinci (Voir au nom). On doit à cet homme bienfaiteur d'avoir pu protéger le Parlement, une décennie durant, de l'arrivée inévitable des Anglo-saxons. Notamment chez nombre d'huissiers d'aujourd'hui ne pouvant  parler autre chose que l'anglais, quand ils consentent d'ailleurs à parler ...

Pendant la session, la moitié de ces déménageurs, de Bruxelles et de Luxembourg, se rendent à Strasbourg, l'équipe tournant à chaque session. La prime pour la semaine de Strasbourg, octroyée à ces déménageurs, serait de 1 000 euros. 

Pour s'y retrouver, les déménageurs utilisent un code de dix   huit couleurs. Par exemple, le bleu clair et le bleu foncé sont réservés au Luxembourg. Parce qu'il n'y a là que deux bâtiments à desservir. Le vert foncé, pour les cantines les plus nombreuses, dessert le bâtiment de Bruxelles en mémoire du père de la constitution Altiero Spinelli. Le rouge clair est réservé, lui, au courrier.

Les intérimaires ne peuvent être recrutés par le Parlement européen. L'institution recourt alors à un intermédiaire : une société commerciale qui décroche le marché après un appel d'offres. En proposant le prix le plus bas. Et comment propose-t-elle le prix le plus bas ? En respectant le code du travail... ? Toutes les réglementations... ? Evidemment pas.

C'est la zone grise que les libéraux du Parlement européen ne veulent pas connaître.

 

Députés européens (Les) : Combien ? Qui ? Pour faire quoi ? Comment ?

 

Le principal acteur du Parlement européen, c'est évidemment le député. On en comptait 751 en 2018, nombre maximum autorisé par les traités. Depuis 1952, où lors de sa première séance l’Assemblée commune de la CECA comptait  78 membres,  ce nombre n’a cessé d’augmenter. Il sera de  142 en 1958. L’adhésion en 1973 du Danemark,  de  l’Irlande et du  Royaume-Uni, portera le  total  des députés à  198. Pour les premières élections au suffrage universel il passera à  410, puis à 518 le 1er janvier 1986, avec l’arrivée des  députés espagnols et portugais. 

La réunification  allemande porte le nombre des députés,  aux élections de juin 1994, à 567. Avec le quatrième élargissement, c’est 626  et 785, le 1er janvier 2007, avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie. C’était  le maximum.

Députés en accordéon

Depuis le plafond s’est un peu tassé à 766, en dépit de l’arrivée, en avril 2013, des 12 députés croates. Il se réduira même à 751 pour les élections de mai 2019, dont 74 pour la France.. 

Les députés dans l’hémicycle c’est donc comme un accordéon. Spécialement pour le contingent français. Par exemple en 1989, pour 518 députés, 81 étaient français. En 1994, le contingent passait à 87, quand celui de l’Allemagne était de 99.En 2004, les députés français tombaient à78, mais pas la délégation  allemande.

 Il y a dix ans, en 2008, on comptait 785 députés dont 78 Français. En 2009, sur 785 députés,  nous n’étions plus que 72 français pour toujours 99 Allemands. En  2010 nous étions remontés  toutefois à 76 Français avec le traité de Lisbonne, pour redescendre à 74 en 2014. Tout comme l’Allemagne tombée cette fois à 96 représentants

Avec le Brexit, 27 des 73 sièges du Royaume-Uni seront redistribués à d’autres pays et les 46 sièges restants seront gardés en réserve en cas d’élargissement de l’UE…

Les députés européens, qui sont-ils ? Que font-­ils ? À quoi servent-ils ? « S'engraissent »-ils ?  

Ce sont des femmes et des hommes, souvent professeurs quand ils sont espagnols, portugais, français ou polonais. Quelques fois paysans. Fréquemment avec une grande expérience politique nationale. Gros travailleurs pour beaucoup. Surfant sur la vie pour quelques-uns. Passionnés par leur job passionnant. Vivant une expérience humaine exceptionnelle. Bergers pour une minorité, moutons obligés pour une majorité et méritant d'être sanctifiés pour la poignée d'entre eux qui, sur une ou deux décennies, ont tout donné de leur vie pour bâtir, par tâtonnements,  un continent aujourd'hui et le monde peu à peu aussi.

Député que fait-il ?

 

Concrètement, il arrive pour quatre jours le lundi à 14 heures. À Bruxelles. Ou à Strasbourg. De Montpellier ou d'Helsinki. De Malte ou de Dublin. Il a cinq heures de voyage minimum dans les jambes. Il va d'abord signer, comme on dit pointer, et il file en commission, dans l'hémicycle, en réunion de groupe ou au bureau. Tout dépend de la semaine.

En commission, c'est 3 heures. Dans l'hémicycle, c'est au choix : 30 minutes pour attendre, parler, écouter ou deux heures pour suivre tout un débat sur les ovins, le vin, le thon rouge, les services d'intérêt général, Kyoto.

Puis, il y a le bureau. Là, c'est la nuit entière. Avec 1/5ème de m3 de courrier journalier, dont les ¾ de revues, lettres type et prospectus, une centaine d'emails, pardon de courriels, avec une douzaine de réunions et une douzaine d'invitations pour la semaine et l'avalanche de déclarations écrites. Avec surtout la vingtaine de rapports du mois allant des télécoms au prix de l'énergie, de la lutte contre l'obésité à la protection des données et la législation pour la supervision des marchés.

Le Respect par la technicité

 

Le député doit se spécialiser. Parce qu'on attend de lui qu'il soit pointu. Un immense pro dans un domaine donné. C'est la condition de son autorité, de son rayonnement. Il suscitera le respect s'il est techniquement parfait. Les organisations professionnelles lui écriront. L'inviteront. Il apprendra d'abord et il convaincra ensuite. 

Le député européen est-il l'homme d'un lobby ? Il peut l'être. Une députée luxembourgeoise ne peut ignorer ses banques. Une députée libérale est branchée sur l'industrie, le Medef.

Mais le lobby n'a d'influence sur le député que s'il peut le punir ou le récompenser. Or, dans l'immense majorité des cas, ce n'est pas possible . Autrement dit, les lobbys en poste à Bruxelles se font d'abord plaisir à eux-mêmes. Puisque financièrement et électoralement ils ne tiennent pas le député. 

Combien gagne un député ? Jusqu'en 2009, tout dépendait de sa nationalité, puiqu’il était payé par son pays , aligné sur la rémunération des députés nationaux . Les montants allaient  de 900 euros pour un Hongrois à 9000 euros pour un italien. On était donc loin des envies et des  délires sur la rémunération parlementaire  équivalente de celle d'un patron du CAC 40, avec un député volant vers  Strasbourg en jet  privé, voire y allant par le Rhin sur le yacht de Bolloré.

 C'était  triste pour son image, mais le député français gagnait, en 2008, l'équivalent mensuel du rédacteur en chef de Sud-Ouest ou de La dépêche : 5 400 euros. Le salaire d’un cadre.  Avec la prime panier de 304 euros par jour de présence à Bruxelles, où un  Sofitel est à 380 euros la nuit et la Maison du dragon sans étoile, à 230 euros.

Aujourd’hui, avec un statut européen et une rémunération harmonisée à 8000 euros, y a-t-il des députés européens milliardaires ? Oui. Jimmy Goldsmith élu en 1994 l'était. Bernard Tapie a été député. Et un banquier peut le devenir. Un grand entrepreneur espagnol a siégé. Mais tout cela est anecdotique. Le Parlement européen n'est pas un conseil d'administration d’une multinationale du numérique.

Aucune économiste hongroise ne rêverait à D. Strauss-Kahn s'il n'était que député européen. D'ailleurs Nicolas Sarkozy  élu député européen  en 1999 a démissionné en trois mois ...

C'est le résumé du statut social du député européen, cadre moyen. S’il   a pu un temps apercevoir de loin les grands de ce monde, après quelques voyages en business class, il finit  seul, avec quelques coupures de presse de sa vie,  jetées d’ailleurs par les voisins le jour où il meurt, abandonné dans un hôpital sous-équipé. À cause de l'Europe de l’austérité qu'il n'a  pu changer.

Le député européen, c'est comme "Vendée globe", "Paris-Dakar' ou Jules Vernes et son Tour du monde. Il vole. Il roule. Il marche. Et il ne dort pas. C'est un mystère de résistance. Un cas médical d'insensibilité au décalage horaire. Il avale les fuseaux et les jet-lags. Ne connaissant aucune heure d'été et d'hiver. Rien que l'heure d'arrivée.

Un député, c'est une santé. Par exemple, s'il va en Équateur surveiller les 13 millions d'euros d'investissements de l'Union dans 52 projets, c'est l'avion Bruxelles, Madrid, Quito et de 0 mètre à 3 000 mètres à l'atterrissage, voire 4 000 s’il passe par la Paz.

Après, c'est Quito à 4 heures du matin, deux heures d'attente à l'aéroport, arrivée à Guayaquil, sur le Pacifique, en face des Galapagos, à 7 heures, bus vers le Parlement, ouverture des débats à 9 heures, redépart en bus pour la tournée des bidonvilles, réunion avec les "indigènes", rencontre des ONG, visite à la mairie, discussion avec la première adjointe ancienne étudiante de l'université de Paris, redépart pour l'aéroport, redécollage  pour Quito, arrivée à 23 heures sur les genoux.

Députés Cosette.

 

C’est toute la différence avec les académiciens et les députés nationaux. A cheval sur les fuseaux horaires, en décalage de chrono biologie permanent et sautant de continent en continent, député européen c’est un métier à risque. Comme les pêcheurs de morue, les cap-horniers, un député européen ne dort pas souvent dans son lit.  C’est un métier d’ouvrier des 3–8, un métier de nomade, de SDF, couchant dans des trains et des classes business d’Iberia ou de la TAP. Mais pas les premières d’Air France

D’ailleurs il est  révélateur que les grands de la politique n’en veuillent pas. Si par malheur ils sont élus, ils démissionnent tout de suite, comme François Hollande en 1999 ; ou ils ne viennent presque pas, comme Laurent Fabius et Jack Lang ; ou ils s’exfiltrent en se faisant élire député national,  comme Marine Le Pen en 2017.

Député européen on vit dans les Ibis, les Mercure, éventuellement les Sofitel pour les chefs et comme le minotaure  de Jorge Luis Borges qui disait « quand vient le soir me pèse un peu ma tête de taureau », le député de base, élu parce qu’il faut bien mettre quelques braves militants sur une liste, entre dans sa chambre cellule d’un Ibis et s’embrume les yeux  doucement quand on ne le voit pas. Puis un jour comme le loup de Vigny, dans son village perdu de l’Est polonais ou d’une île portugaise ou grecque, il « souffre et meurt  sans » plus personne à qui pouvoir parler, et sans plus aucune étoile du drapeau  dans les yeux

Voilà pourquoi je les aime ces députés. Je connais leur chagrin tranquille de leur condition illusoire. Ils sont frères cosettes ou cheminots Diloy. Ils ont eu juste droit  à apercevoir les « grands » dans leurs beaux habits et ayant côtoyé le mépris que des chefs de clan ont pour les affidés, ils savent comme l’oncle Tom que l’esclavage n’a jamais été supprimé dans les plantations politiques où les maîtres blancs fouettent toujours de milles vexations le petit personnel parlementaire qui doit leur lécher les bottes griffées en agneau retourné.

Député européen de qui ? Des citoyens de l’Union.

 

Jusqu'en 2004, les députés étaient, après le quatrième élargissement de l’Union, 626. Pour les élections européennes de 2004, le nombre maximal est passé à 732, l’'Allemagne conservant sa part du lion avec 99 membres. Le Royaume-Uni, la France et l'Italie n'en avaient plus que 78. En attendant de tomber à 72. L'Espagne passaient de 64 à 50. Soit le nombre de la Pologne. Malte le plus Etat n’en avait que 5.

Avec l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, le 1er janvier 2007, le nombre des députés a été porté provisoirement à 785, descendu à 736 à la suite des élections de juin 2009, puisque le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1 er décembre 2009, avait fixé à 751 le nombre maximal

Avec l’adhésion de la Croatie, le 1 er juillet 2013, le nombre  des sièges avait été porté à 766, pour y accueillir les douze députés croates ; avant que l’on ne redescende à 751 pour les élections de 2014, en attendant la reprise de l’accordéon avec la sortie effective de la GB en 2019 et l’arrivée du Monténégro, de l’Albanie ou de la Macédoine du nord.

Mais en toute hypothèse statistique, ces députés représentent qui ?

Jusqu'en 2003, les pays de l'Union élisaient des députés au Parlement européen.. Dans une décision du 3 avril 2003, le Conseil constitutionnel français a tout bouleversé. Dorénavant, « les membres du Parlement européen, élus en France, le sont en tant que représentants des citoyens de l'Union européenne résidant en France ». La France est un vague lieu-dit géographique où résident des anglais dans la Dordogne et le Lot, en Ardèche des Belges, dans l'Hérault des Néerlandais et dans les loges de concierges à Paris des Portugais. Tout ceux-là sont des « résidents » du lieu-dit France.

Dès lors le « député européen français » n'est en rien représentant de la France qui ne ré-existe vraiment que pour la coupe du monde de football. Là, le temps d’une demi-finale contre la Belgique par exemple, il n’y a plus des citoyens de l’Union mais des français contre des belges. Sinon, les députés ne s'appellent plus que « membres du Parlement européen élus en France » et ils ne représentent que des « citoyens de l'Union » résidant dans un  lieu-dit.

Tout cela parce que le traité de Maastricht, du 7 février 1992 a « institué une citoyenneté de l'Union» dont le traité d'Amsterdam, du 2 octobre 1997, et l'article 8 de l’ex Constitution européenne précisent qu'elle « complète la citoyenneté nationale et ne la remplace pas ».

Par une interprétation extensive, le Conseil constitutionnel fait de cette citoyenneté européenne un voile couvrant et escamotant la citoyenneté française. Dès lors, nos « députés européens » ne représentent plus, par escamotage, les citoyens français mais les citoyens de l'Union résidant en France, puisque les français sont noyés dans la catégorie plus vaste de « citoyens de l'Union résidant en France ».

D'autant que tout citoyen d'un Etat des vingt huit  a le droit de vote et d'éligibilité dans l'Etat où il réside. Dès lors, en France, 1e corps électoral aux élections européennes étant composé d'un cheval de Français et d'une alouette de quelques résidents européens, le Conseil constitutionnel a saisi ce prétexte, de la présence de passereaux, pour considérer que le député représente et le cheval français et l'alouette des étrangers européens. Or, le point commun entre le mammifère et le volatile étant la dénomination juridique de citoyen européen, par voie de conséquence, forcément et formellement, le député est bien élu « en tant que représentant des citoyens de l'Union résidant en France ». Qu'ils soient chevaux ou alouettes.

Voilà comment les Français ont disparu le 3 avril 2003 du corps électoral européen.

 

Dieu au Parlement européen : « Cachez ce saint... ».

 

Pour l’instant tout est calme. Le Parlement est une île et Dieu n’y a pas encore débarqué. Certes il y une salle des prières, mais il n’y a pas de prieurs. D’autant que l’atmosphère est plutôt dans l’ambiguïté diaphane et angoissante des salles avant incinération du cercueil dans les flammes.

Il suffit de regarder l’hémicycle aux heures d’affluence, il n’y a pas de couvre-chef ou de carré de tissus. Rien que des têtes à cheveux nus. Pour l’instant donc, même les renverseurs de tabous n’ont pas osé mettre sur leurs listes en position éligible des militants de la pilosité et du fichu bien noué. Mais évidemment  cela ne durera pas. Un  jour  viendra où  la question  se posera.

D’autant qu’elle s’est déjà posée implicitement . En 2005 lors de la rédaction du projet de constitution. Pendant des mois, en effet, à la Convention pour l'avenir de l'Europe, dans une salle du Parlement, à Bruxelles, en face de l’hémicycle, on a tourné autour du pot sacré. On a vu ainsi le parti dominant, le PPE, proposer de reproduire le préambule de la Constitution polonaise : « les valeurs de l'Union européenne comprennent les valeurs spirituelles de ceux qui croient à Dieu comme source de la vérité, de la justice, de la bonté, de la beauté, et de ceux qui ne partagent pas cette croyance ». Autant dire qu'on ne se mouillait pas trop.

Mais c'était encore trop. Un représentant du Parlement polonais proposa simplement une référence « à la dimension spirituelle et aux valeurs profondément enracinées dans la tradition européenne ». Gianfranco Fini proposa, pour l'Italie, « l'héritage commun judéo-chrétien ».

Finalement, la Constitution européenne a évacué Dieu et la Chrétienté dès son 4ème mot, au paragraphe 1er de son préambule, en les dissimulant dans une foultitude « d'héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe ».

 Certes quelques-uns ont posé la question rationnelle de savoir d’où viennent ces « héritages religieux » mystérieux qui n'ont pas de nom ? Est-ce le bouddhisme, l'indouisme,  puisque de fait on parle de civilisation indo-européenne ? L'Europe  serait-elle donc pas héritière des Védas ? Mais personne n’a voulu croire ça. Alors, si ce n'est pas de Véda et de Bouddha, quelques esprits séditieux ont demandé de qui l'Europe a-t-elle bien pu hériter  ce religieux innomé ? Du Sanhédrin, du Muezzin ou du Nazaredhin ? Du temple, du minaret ou du clocher ?

Au bout du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, les plus polémistes sont allés demander « mais pourquoi donc Aix s’appelle-t -elle  La Chapelle » ?

Des jours durant, le parlement européen aura débattu de  toutes ces questions périlleuses, insidieuses et faussement moqueuses.

Les questions se multipliant, les réponses ne pouvaient qu’être esquivées. Les rédacteurs du projet de cette Constitution  avortée  ne pouvaient guère dire leur identité. On en est resté là, cachant ces saints que l’on ne pouvait ni voir ni nommer.

Bien sûr que les articles 67, 69 et 93 de la constitution rédigée en parlant de la famille, amenaient la question de l’origine de cette lignée. Mais comme on ne voulait parler ni de biologie ni de théologie, ni de Darwin ni de Dieu et que ce n’était peut-être pas le lieu, on a fait silence. Dans l’intérêt de la tranquillité. D’autant qu’à cette époque-là l’adhésion de la Turquie était dans les tuyaux.  Et de la Commission européenne aux députés Michel Rocard et Philippe  Morillon le général, beaucoup de parlementaires poussaient pour la faire avancer. On avait même renoncé à mettre dans la Constitution le mot laïcité. Puisque le père n’y étant  pas, par symétrie  Voltaire devait être aussi absent.

Mais alors chacun voyait bien la curiosité, puisque l’Europe qui parlait  de la famille aux articles 67, 69 et 93 de sa Constitution, n’osait dire   l'origine de sa lignée.

 En un mot comme en cent, pourquoi tous ces députés et chefs de gouvernements ont ils voulu cacher l’évidente réalité de la Chrétienté , inscrite même dans le calendrier utilisé ? Par  laïcité militante ? Mais le mot laïcité non plus n'y était  pas. Aux articles 70 et 74 où il  aurait  dû  figurer.

Ces deux silences  parlaient beaucoup. Si on ne disait  pas  « chrétienté » et « laïcité », c'est que l’on voulait être diplomatiquement et religieusement compatible, à la fois avec des voisins religieusement dominants et avec le  géant du sud candidat  potentiel à l’élargissement Ce qui était  alors  l’objectif  dominant.

Voilà  la situation dont le Parlement a hérité. Pour l’instant, à deux députés exceptés, il n’y a dans l’hémicycle  que des chrétiens et des laïques discrets. La question de Dieu est donc neutralisée.  Mais évidemment qu’elle  finira par arriver lorsque le premier frère ou la première sœur, militant de la cause sacrée fera son entrée. Ce jour là, l’hémicycle au moins va s’animer ...

 

Discours du doyen d’âge, fin d’une institution.

 

C’était le 17 juillet 1979. Le premier Parlement européen élu au suffrage universel ouvrait sa session à Strasbourg. Louise Weiss, élue sur une liste RPR, prononçait le premier discours d’un doyen d’âge. Deux autres suivront, jusqu’à celui du cinéaste Autant Lara en juillet 1989, qui provoquera tant de tensions, que ce discours du doyen attirera l’attention. On découvrira qu’avec l’écoulement du temps on s’acheminait vers une présidence Jean Marie Le Pen,  avec son discours inévitablement, puisque l’article 11 du règlement d’alors disposait : « le plus âgé des députés présents remplit, à titre de doyen d'âge, les fonctions de Président jusqu'à la proclamation de l'élection du Président.
 ».

Il y avait bien la concurrence possible en âge d’Astrid Lulling, luxembourgeoise née le 11 juin 1929 et député depuis 1965. Mais le français, né le 20 juin 1928, la précédait d’un an pour aller parler au perchoir.

Horrifiée à une telle  idée d’une tribune planétaire avec les vents d’un discours qu’ils anticipaient Force 8, d’autant qu’il serait prononcé rien moins que le 14 juillet, jour de l’ouverture de la nouvelle législature, Martin Schlutz, président allemand du groupe socialiste, commença dès janvier 2009 les opérations de déminage  avec un premier projet d’amendement au règlement ; remplaçant le doyen par « un député désigné par la conférence des présidents ». Mais la commission juridique du Parlement elle-même, voyant l’énormité de la discrimination, rejeta l’amendement. Le 24 avril Libé tirait alors : « Parlement européen : on reparle de la présidence du doyen d’âge Jean Marie Le Pen «, pendant que le Figaro faisait avec « L'âge de Le Pen, un casse-tête pour le Parlement européen. «

Finalement pour sortir du bourbier, le Parlement finit par rajouter les 10 mots suivants à l’article 16§ 2 du règlement : » Seul le président élu peut prononcer un discours d’ouverture ». Et pour bien se border, parce que même si le doyen d’âge ne parlait pas, sa simple présence là-bas, à la tribune, avec toutes les caméras du monde sur lui, aurait parlé pour lui, sans compter qu’en une seconde il pouvait dégoupiller et lancer un mot faisant exploser la bienséance et la séance, l’article 14 du règlement, consacré au « député exerçant provisoirement la présidence » était aussi modifiée.

Dorénavant, « jusqu’à la proclamation de l’élection du président », la présidence est exercée par « le président sortant, ou à défaut par un vice-président choisi en fonction de l’ordre de préséance ou, à défaut par le député ayant exercé le plus long mandat ». Ce qui remettait là Astrid Lulling dans la course.

Voilà comment depuis 2009, dans un continent européen de plus en plus âgé, le député le plus âgé ne peut plus parler en premier.

Le socialiste italien, Giovanni Berlinguer sera le dernier doyen d’âge président en juillet 2004, jour de l’élection du catalan Josep Borrell Fontelles à la présidence ; avant de le retrouver ministre des affaires étrangères en 2018,  dans le gouvernement Pedro Sanchez.

Auparavant, le Parlement européen eut six  présidents d’âge :

En 1984 Jacqueline Thome-Patenotre, sénatrice, maire de Rambouillet, dont le grand-père paternel gardois s’était fait construire courageusement un château avec 365 fenêtres, malgré le vieil    impôt sur les portes et fenêtres existant alors; le cinéaste  Claude Autant-Lara le 15 juillet 1989, né lui en 1901 , metteur en scène de Gabin, Bourvil, Gérard Philipe ou Brigitte Bardot, qui dénoncera,- dans son discours d’ouverture au Parlement, devant un parterre de roses  remplaçant,place par place, les députés socialistes et verts le  boycottant,- la « menace culturelle américaine...terrifiante. Car, si un peuple se remet d’une défaite militaire et même s’il s’en remet très bien, voyez le Japon, il ne se remet jamais, jamais d’une défaite culturelle. »
.

Il n’y avait pas là, dans ces biens modestes observations, même en y ajoutant qu’il n’avait pas « d’autres ennemis, en Europe, que les mous, les résignés, les soumis, les résignés, les acquis et les vaincus volontaires », de quoi fouetter un chat. Surtout avec sa péroraison désuète, en clichés de repas de communion ou du style de quelques « plaisirs minuscules « d’un Philippe Delerm : « Je demande … à tous les jeunes de tous les pays, …une fois…… une seule fois – au moins… de renoncer au Coca -cola. Et de commander à la place, ……tenez… un petit ballon de vin blanc, de chez nous……d’Alsace bien sûr…Traminer… Riquewihr…… de bien le brandir……de bien lever le verre…… de bien le regarder, doré, transparent… de bien le humer, avant de le boire. C’est tout. Si, par malheur, après cette expérience, le Coca-Cola reprenait le dessus……rien ……, rien ni personne, ne pourrait plus rien pour eux. Ce verre serait, alors, celui du condamné. »

Mais c’est ainsi. Les choses politiques et médiatiques étant ce qu’elles étaient dans ces curieuses années, en se faisant élire député européen 10ème sur la liste du FN, Claude Autan Lara, s’était transformé en un président d’âge sorcière de Salem, à brûler.

En juillet 1994 en revanche, les choses rentrèrent dans l’ordre ronronnant, puisque le nouveau doyen d’âge, Grec né en 1915, venait du groupe communiste de la GUE Il pu alors prononcer son discours de doyen, tellement conforme que personne n’a pensé à le mettre en ligne. Cinq ans plus tard, en juillet 1999, il en allait de même avec la présidence d’âge du socialiste italien Giorgio Napolitano né en 1925 et dont la seule contribution positive est d’avoir présidé l’élection de la grande présidente française qu’a été Nicole Fontaine .

Enfin lorsqu’arriva en juillet 2004 la dernière élection à jamais du président d’âge, à nouveau socialiste et à nouveau italien, avec Giovanni Berlinguer déjà mentionné, le bilan de ces 25 années de « décanat » par les anciens était là : seule Louise Weiss avait eu le souffle pour prononcer un vrai discours d’ouverture. 

Voir : Fontaine Nicole. GUE. Weiss Louise

 

Distribution au Parlement (la)

 

C'est le premier lieu où tout bon député devrait aller le lundi après-midi en arrivant à Strasbourg. Avant de rentrer dans l'hémicycle. C'est la « distribution ». À côté des boîtes aux lettres.

Là, s'empilent l'ordre du jour de la session, un polycopié d'une vingtaine de pages, un résumé des rapports de la semaine, les 20 à 30 rapports complets qui vont être discutés pendant la session de Strasbourg. Ils sont  en 23 langues, répartis sur des étagères. Le député peut passer d'allée en allée et faire son marché, prenant les rapports en fonction de ses goûts. Il y a aussi les étagères de la dizaine de résolutions qui seront discutées dans la semaine sur les sujets de l'actualité.

Mais les députés, peu habitués aux rayons des bibliothèques et n'étant pas des chercheurs avides de savoir, envoient, au mieux, leurs assistants. Et ces derniers n'étant pas plus curieux que leur député, n'envisagent jamais de déambuler dans les allées de la « distribution » pour faire le shopping des rapports. Ce sont donc quatre fonctionnaires qui, à la demande, font les paquets de rapports.

Ce sont les derniers fonctionnaires survivants du recrutement sicilien des années 80, lorsque le Secrétaire général du Parlement, l'italien Vinci   de Palerme, avait fait de l'institution, des huissiers aux chauffeurs, un quartier de la grande île de la  méditerranée.

La distribution est donc le dernier lieu humain, familial et civilisé du Parlement. On y va discuter avec le fonctionnaire prénommé « Monaco » et ses collègues, écouter des histoires, passer un bon moment.

C'est là qu'arrive aussi l'ascenseur venant du souterrain de Strasbourg par où circulent les petits trains de wagonnets amenant par-dessous le fleuve Ill les documents que tire par milliers l'imprimerie.

Une autre distribution existe à Bruxelles. Mais là, les rapports de la mini session sont exposés dans le couloir même du 3ème et chacun peut se servir. Le comptoir de la distribution ne sert plus qu'à diffuser, à la demande, les dix volumes du budget européen et quelques rares documents.

On sent alors que ce service peut disparaître. Au nom des économies. Déjà tous les rapports de la Commission européenne, que le député pouvait trouver en polycopiés fonctionnels, faciles d'usage, ont disparu. On ne les trouve plus que sur Intranet. Mais ils sont inutilisables, car il faudrait les imprimer et se trouver, à raison d'une trentaine de rapports d'une centaine de pages chacun, enseveli sous 3 000 feuilles volantes.

Les députés ne consultent donc plus les rapports de la Commission. Ce qui n'est pas, il est vrai, une grande perte. Puisque, sur le sujet considéré, le rapport du député, en charge pour sa commission de ce sujet, se ramène, le plus souvent, à être une reproduction du premier.

C'est le drame législatif du Parlement européen. Mal encadré, mal formé, pas enclin à faire des recherches comparées, ne sachant pas rédiger, les députés rapporteurs remettent des textes sans grandes informations, sans apport, sans originalité, sans statistiques, sans intérêt.

En termes simples, la distribution n'a pas vraiment de documents précieux à distribuer.

Il existe ou il existait à Strasbourg une deuxième distribution. Celle des fournitures de bureau. C'était la caverne d'Ali Baba, un rêve d'écolier la semaine de la rentrée. Avec crayons, stylos, règles, scotch, feuilles, classeurs, chemises et jusqu'à des ampoules, des rallonges, des prises.

Là encore, les siciliens régnaient et le député méditerranéen pouvait faire son supermarché de papeterie pour bien travailler. C'étaient les années 90. Au temps béni d'un Parlement entre soi, entre pays de l'ouest. La petite Europe tranquille. D'une civilisation romaine, chrétienne, grecque et méditerranéenne.

À la distribution, les députés les plus anciens voient et ressentent cela comme une involution.