Européenne 2019

Les gilets jaunes 2019

C

Calendrier des sessions et des mini sessions : l’arme anti Strasbourg

On n’y fait plus attention, mais un calendrier c’est un outil de combat, voire de révolution. Il suffit de se souvenir des soldats de l’an II et des mois avec du Prairial, du Vendémiaire ou du Fructidor, pour comprendre que fixer un calendrier n’est pas une affaire de découpage arithmétique mais d’affirmation politique, idéologique, voire religieuse.

Notre calendrier Grégorien du 4 octobre 1582 en a été l’exemple. Les pays catholiques l’ont adopté, pendant que l’Europe du nord protestante a résisté et que les orthodoxes résistent toujours adossés à leur calendrier Julien. Il ne faudra pas d’ailleurs attendre des siècles pour voir la question du calendrier redevenir d’actualité. Parce que de Ryad à Rabat, les pays musulmans pratiquant le calendrier lunaire basé sur l’ère de l’Hégire finiront par contester un découpage basé sur l’ère chrétienne.

Si on en doute il suffit de voir déjà les nombreux livres, par exemple d’Emanuel Todd, qui rebaptisent le séculaire « Avant Jésus Christ » par un subtil AEC, « Avant l’ère commune ».

Il ne faut pas s’étonner alors si le Parlement européen lui aussi, comme les hommes de 1793 à 1806 ou comme les religieux de l’Islam, instrumentalise depuis 1981 le calendrier en arme au service de son combat politique anti Strasbourg

C'est en 1981en effet que le Parlement déclara que ses réunions plénières se tiendraient à Strasbourg et les réunions de ses commissions à Bruxelles. La guerre, entre la France tenant du titre parlementaire et Bruxelles outsider, allait commencer. Arbitrée par la Cour de Justice saisie cinq fois, en 1981, 1983, 1985, 1991 et 1997.

La guerre est lancée par le Parlement européen à peine issu des élections de 1984 au suffrage universel. En octobre 1985, il demande la construction d'un nouveau bâtiment à Bruxelles. Réponse du berger à la bergère, en mars 1990, la construction d'un nouvel hémicycle à Strasbourg est décidée. Il sera inauguré le 13 décembre1999.

Pour autant, le Parlement européen, mené par les députés britanniques, néerlandais, suédois et de toute l'Europe calviniste, ne désarme pas. Une stratégie anti-Strasbourg est appliquée en utilisant quatre armes procédurales.

D'abord, l'invention des mini sessions pour siphonner les sessions de Strasbourg. En 1991, au prétexte de la guerre en Irak, les députés inventent des séances à Bruxelles en plus de celles de Strasbourg. Elles deviendront les mini sessions de deux jours, une fois par mois. Un premier fait accompli est créé.

À partir de là, les députés pro Bruxelles développent une deuxième technique pour grignoter Strasbourg : le calendrier. Chaque année, le Parlement prétend fixer son calendrier et amputer ainsi le nombre de sessions à Strasbourg. Des douze prévues, il y en aura 11 en 1992, 1993 et 1996. Voire dix seulement en 1994.

Parallèlement, lors d'une réunion du 16 mai 2000 de la Conférence des présidents, les « amis de Bruxelles » ont trouvé une troisième arme : la réduction des sessions de Strasbourg de 5 jours à 4 jours. En faisant sauter le vendredi de la session.

En si bonne voie, c'est maintenant le jeudi de la session qui est visé pour être supprimé. En utilisant une quatrième technique : le quorum.

Profitant de l'absentéisme des députés, une trentaine d'anti-Strasbourg ont demandé, le 16 avril 2000, la vérification du quorum nécessaire pour que l'Assemblée puisse voter.

Jouant ainsi sur le calendrier des sessions, leur durée et le nombre des mini-sessions de deux jours, les tenants du siège unique, comme le voleur chinois, déplacent peu à peu le Parlement de Strasbourg vers Bruxelles.

 

Cantines et valises

 

Paris, c'est la Tour Eiffel, Venise les gondoles et le Parlement européen les cantines. La cantine, c'est tout le résumé de la transhumance du député. C'est comme le chariot avec les bâches pour le pionnier américain en marche vers les plaines de l'ouest. Le député européen est un nomade et la cantine c'est sa besace, les fontes de son cheval.

Chaque député a une cantine blanche. Cela en fait 751. Mais chaque fonctionnaire a aussi sa cantine. Chaque assistant aussi. Cela fait des milliers de cantines. Comme les pigeons ou les oies sauvages, elles voyagent. En vol groupé. Une fois par mois. 40 fois par an. De Bruxelles à Strasbourg, aller et retour. En camions.

C'est un miracle permanent. Les cantines arrivent devant chaque bureau sans se perdre. À l'heure. C'est comme les papillons empereur. Il y en a de toutes les couleurs. Des bleus. Des rouges. Des marrons. Des vertes. Des jaunes. C'est un arc en ciel de cantines. Selon les étages, les bâtiments, les destinataires. Un déménageur ne doit surtout pas être daltonien. Puisque  la reconnaissance se fait à la couleur et non au flair. C'est la différence avec la transhumance des vaches et des veaux dans l'Aubrac en mai. La vache reconnaît son veau à l'odeur. Le député sa cantine à la couleur.

Qu'est-ce qu'il y a dans la cantine ? De tout. Des rapports. Des dossiers. Des documents. Des livres. Du papier. Des crayons. C'est comme le sac à main d'une dame. On y trouve tout.

Aussi, dans les années 90, des services secrets d'un pays prudent  avaient même  fouillé les cantines de députées européennes trop proches du Polisario. Il peut donc y avoir un secret dans une cantine. Encore que les cantines soient alignées soit dans les couloirs, devant les bureaux, soit dans l'antichambre des bureaux.

À côté de la cantine, la valise est une autre institution symbole du député européen. Il y a le commandant de bord, le steward, l'hôtesse et le député. Tous ont en commun la valise à roulettes, la valise trolley.

Il faut voir le jeudi matin, la semaine de session à Strasbourg. À côté du « desk » des chauffeurs, les valises sont alignées. Comme des chevaux à l'entrée du salon qui attendent les cow-boys. À 13 heures, à la fin de la séance des votes, chaque député saisit sa valise et ...un miracle est arrivé. Jusqu’en 2010 en effet, il fallait  prendre l'escalier roulant, sortir  dans la cour et dégringoler trente marches pour aller au garage en sous-sol, en tirant, portant ou faisant sauter sa valise,  de marche en marche. Car il n'y avait  pas d'ascenseur.  Depuis on l’a inventé...751 valises ne descendent  plus alors les escaliers à Strasbourg. Elles prennent l’ascenseur, comme  à Bruxelles. À la mini session de Bruxelles, un jeudi par mois, avant les risques d’attentats qui ont changé les habitudes, les valises s'alignaient au rez-de-chaussée. C'était  une mer. Un tapis d'aéroport. Avec toutes les valises du même format. Là, on voyait bien la profonde unité du genre humain politique. La preuve, tous les députés ont la même valise.

Contrairement à ce que croient les électeurs et les militants, il  n'y a pas de valises d'extrême droite et d'autres d'extrême gauche. La valise de  Marine  Le Pen n'est pas tricolore et celle de Jean Luc Mélenchon  n'est pas rouge. La différence se fait peut-être au contenu.

En toute hypothèse, c'est au Parlement européen que l'on comprend pourquoi le mot   « valise » est intimement associé à la politique. Avec  « les porteurs de valise », ceux qui en ont reçu... au moins une, Georges Marchais qui en 1977 lançait  à sa femme « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris », et ceux qui veulent rester député européen parce que c'est «la valise ou le cercueil »...  de la retraite.

 

Caisse des députés

 

A Bruxelles, c'est au 3ème. A droite. Au fond d'un couloir sans issue. À Strasbourg, c'est au second. C'est le lieu clef de la vie d'un député. C'est la caisse. La caisse des députés. C'est comme Gaïa pour les verts ou « Pacha Mama » pour les latinos. La mère nourricière. La Bethléem qui fait mettre en marche, tous les lundis, 751 rois mages. Ils partent de Malte, de Tallin, de Sofia, du Pirée ou de Dublin et tous convergent vers la caisse.

À Bruxelles par exemple, le député arrive. Tirant sa valise trolley. Avant les attentats, il pouvait la  laisser dans le hall, contre un mur, sous le comptoir des chauffeurs. Maintenant il la garde avec lui  et il prend l'escalier roulant. Il arrive au 3ème étage. Il marche 150 mètres, tourne à gauche, emprunte une passerelle, tourne à droite, marche 50 mètres et il approche du but. D'abord à droite un petit bureau, une table. Un cahier posé et un agent de sécurité qui le veille et surveille. C'est la feuille d'émargement. Le député signe sous contrôle. Il peut alors franchir les trois derniers mètres et c'est là, la caisse !

Un grand bureau tout en longueur. Six tables. Six fonctionnaires. 3 hommes. 3 femmes. 6 comptables. Ou plutôt 6 banquiers ou six trésoriers. Le député choisit. À Bruxelles du moins. Parce qu’à Strasbourg c'est la queue. Il s'assoit et la déclaration commence « Je viens pour trois jours. Je siège à la Commission de l’agriculture ». Le trésorier interroge : « Vous avez le boarding pass, le billet ... ? 0 taxis ... ?».

Inquiet comme un étudiant à l'oral, le député extrait de ses poches la carte d'embarquement dans l'avion, le billet de train, la facture du voyage et l'éventuelle facture de taxi. Tout est contrôlé, vérifié, introduit dans l'ordinateur, avec la date, l'heure, le montant. Alors l'imprimante se déclenche et fait glisser une feuille jaune où s'inscrivent 304 euros par jour de présence, les frais de voyage remboursés et le taxi qui ne doit pas dépasser au total 40 euros pour toute la semaine.

C'est la caisse 2018. Dématérialisée. Où, physiquement, le député ne touche plus de liquide. Alors que, dans les années 90, la caisse c'était beau à la fois comme à la Légion, où les députés alignés venaient recevoir en billets leur pécule, et émouvant comme les journaliers agricoles respectueux, triturant leur casquette pendant que le « patron », sinon le seigneur maître, comptait les sous du labeur.

La caisse des députés se déplaçait même encore en 1995 dans toute l'Europe, suivant les réunions européennes des groupes politiques ou des délégations. Dans une chambre d'hôtel, un trésorier du Parlement empilait des pièces de monnaie et des billets que les députés venaient chercher comme le bon pain quotidien. Ce temps, pas si ancien, est fini. Le député n'a plus de liquide, même pas un chèque encore en cours dans la décennie précédente.

Mais la caisse reste l'institution mythique. Le « Je vais à la caisse » est toujours le premier mot qu'apprend le nouveau député. Comme bébé il a dit « Maman », député il dit « caisse »!

Il faut d'ailleurs se dépêcher. La caisse ferme à 18 heures. Le sentiment diffus du député qui entre à la caisse, c'est l'inquiétude. Parce que les six trésoriers qui l'accueillent, le chef au-dessus d'eux et le contrôle financier encore au-dessus, rendraient sympathique le plus militant des inspecteurs des impôts. La caisse, en effet, contrôle tout et sait tout. Si le député a voté et comment, et combien, et quel jour et à quelle heure. Or, si le député n'a pas voté au moins dans 50 % des cas de vote par appel nominal, c'est la punition. Par l'amputation de l'indemnité journalière.

De même, s'il a oublié de signer, il est sanctionné. Il n’y a pas d'indemnité. Même un certificat médical d'Alzheimer ne change rien. Pas de signature sur un registre officiel et la caisse se ferme, renvoyant le député a sa condition humaine d’ange démocratique  déchu.

Censure larvée au Parlement européen (La)

 

Au Parlement européen, il n'y a pas de totem, de tabou, de sacré. On peut s'éclater. Sauf sur les OGM, le nucléaire, ou la religion du marché. Sorti de là, c'est la liberté. Un député ancien curé peut intervenir ainsi en hémicycle pour raconter son homosexualité ; un  leader dit d'extrême droite peut lui répondre qu'il le comprend puisque lui-même, jeune, a tiré... sur la fumette et la galipette ; les portugais et les irlandais,  depuis  2007 et 2018, ne sont plus grondés puisqu’ils ont l'IVG, enfin bref, le Parlement européen c’est l'arc-en-ciel des libertés.

Depuis octobre 2008, il y a même des expos pour cela. Elles s'appellent « le dialogue interculturel », avec la semaine africaine, la semaine arabe, la semaine chinoise. Et le « dialogue intersexualité » est pratiqué depuis toujours. Avec un puissant  intergroupe « Gay, lesbienne, LGBT ».

Mieux, en juillet 2008, il est vrai dans un Parlement de Bruxelles déserté par les députés, un jeune Suédois, député francophone, a organisé, qui plus est sous la bannière du PPE, le groupe politique conservateur, une expo de photos gay. D’Europe du nord et des États baltes. Et c’est passé... Mieux qu'une lettre à la poste. D’autant que  la Suède a démantelé ses bureaux de poste.

Pourtant tout cela n'est qu'un décor. Parce qu'une fois sorti du prix « Cinéma Lux », couronnant   les amours du frère et de la sœur, de l'expo de cannabis et d'un carré de députés nordiques de retour du Cap d'Agde, la vérité cachée du Parlement européen, c'est du conformisme,  du  conservatisme et presque de . L'»américanisme »  de Salem, des sorcières et de Mac Cathy. Osons le mot, au Parlement européen, de la censure existe.

On se souvient encore de la célèbre apostrophe du philosophe Maurice Clavel quittant le 13 décembre 1971  un plateau de télévision avec un cinglant : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! ».

À ce niveau d'exigence morale, Maurice Clavel, député européen, aurait claqué souvent les portes au Parlement européen. Tant la censure y est présente. Sous deux formes : censure de l'information et censure bien pire de la pensée et de son corollaire : le droit de l'exprimer en la publiant

.

L’info retenue: le plafond de l’hémicycle tombe, mais pas l’info...

 

Par exemple, durant une semaine,  du 7 août au 14 août 2008, les autorités du  Parlement ont dissimulé aux députés et probablement aux dirigeants français, assurant alors la présidence de l’Union, l’effondrement, déjà mentionné,  d’une partie du plafond de l’hémicycle. Ce qui aurait pu tuer autant de députés que l’effondrement du pont Morandini a tué d’automobilistes.

Dix ans avant, en  1996, lors des révélations sur la contamination mortelle d'adolescents par ingestion de viandes bovines britanniques, porteuses du « Prion »,  l'agent pathogène de l'encéphalopathie spongiforme bovine, le Parlement constitue une commission d'enquête. Mais on  refuse de fournir à ses députés membres les copies des documents montrant que la Commission européenne savait le danger, mais a laissé les carcasses des bovins anglais  contaminés circuler. Un seul document avait pu être parcouru par les députés enquêteurs et encore à la condition de signer une déclaration d'autorisation de consultation, sur place, sans copie.

C'est toujours le cas  d’ailleurs aujourd'hui dans les autres commissions d’enquête.

Au 8ème étage du bâtiment à Bruxelles Paul-Henri Spaak, il y a une salle sécurisée. Là, les membres de la commission du contrôle budgétaire peuvent lire des documents du Conseil ou de la Commission. Mais dans des conditions de garde à vue. D'abord, le député doit signer des déclarations sur l'honneur. Ensuite, un fonctionnaire le surveille pour l'empêcher de sortir une caméra cachée ou son portable avec appareil photo.

 C'était, par exemple, le cas pour un rapport d'audit sur167 paiements d'assistants en 2004, dont certains pour des emplois fictifs. C’était d’ailleurs aussi le cas bien avant, pour la commission d’enquête de 1996 sur la grave affaire sanitaire de la vache folle.

Députés sous tutelle

 

Par cette censure, la machine du Parlement européen poursuit deux objectifs sécuritaires :

- Assurer l'impunité de ses membres, en ne donnant pas les informations qui révèleraient leurs éventuelles fautes ou les limites de leur com

étence engageant leur responsabilité.

- Maintenir leur pouvoir oligarchique d'initiés en pratiquant un secret de nabab.

S'ajoute à cette censure de l'information une autre censure bien plus grave, que l'on croyait avoir été éradiquée  en Europe comme la variole : la censure de la pensée.

Elle prend la forme d'un contrôle préalable de toute publication avant impression. Qui doit recevoir d'un prélat de « l'église d'européo Logie » l'imprimipotest, le nihil obstat ou le permission superiorum. C'est-à-dire l'imprimatur ou autorisation officielle de publier, prévue dans le droit canonique du règlement de l'Assemblée ou plutôt dans des « hadiths » du Bureau du Parlement européen.

Un exemple permet de mesurer l'ampleur de l'étouffement de la liberté du député.

Un crédit, de l'ordre de 40 000 euros annuels, appelé « Budget 4000 », permet aux députés d'organiser toute manifestation et de faire toutes les publications qu'ils souhaitent à l'appui de leur action politique. Mais pour faire l'objet d'un remboursement de frais, ces activités politiques sont soumises à un double contrôle : a priori et a posteriori.

A priori, c'est très exactement la tutelle. Des incapables majeurs ne pouvant faire aucun acte de la vie juridique sans l'aval du tuteur.

Eh bien ! Les députés européens, tout élus qu'ils soient au suffrage universel, ne rendent pas des comptes à leurs électeurs, mais à la « Machine ».

Concrètement, le député est placé sous la tutelle d'un service spécialisé : la Direction Générale des finances, avec sa direction C « financement des structures politiques et autres services ». Là, des agents reçoivent les projets de réunions publiques, de colloques, de tracts, de journal, de livres, de déjeuners-débats ou de toute activité publique que les députés veulent faire. On doit leur fournir aussi tout document, toute information, toute preuve.

A partir de ces dossiers, l'unité « financement des structures politiques et inventaire » apprécie sans recours, si le député a ou non le « droit » d'utiliser ses crédits.

Quels sont les critères d'appréciation du contrôleur des députés ? Aucun n'est connu. À la différence de l'inquisition du XVlème siècle. Parce que là au moins, l'Église avait publié un index de dix règles de censure, avec les catégories de publications interdites. Au Parlement européen, faute de bulle « Dominici Gregis », on ne peut que subodorer les critères de censure. Probablement, faut-il employer le mot « Europe » pour l'action envisagée et surtout intégrer son projet dans le cadre d'un chapitre classique de la politique du Parlement. Pour que le fonctionnaire soit en pays de connaissance.

Par exemple, si le député veut faire un colloque sur la TVA européenne, question pourtant sans intérêt, il obtiendra un accord probable pour engager 20 000 euros. Parce que la TVA et son harmonisation sont compréhensibles pour l'agent de la « Machine ». Mais si le même député veut faire un colloque sur les « fumigènes techniques » dissimulant, dans les codes des impôts les vrais bénéficiaires des déductions, crédits d'impôts et autres abattements et exonérations, alors là le fonctionnaire ne connaît plus. Il va refuser l'accord préalable.

Si le député conteste, on lui demande, comme dans une vérification fiscale, d'amener des justificatifs. On assiste alors à l'invraisemblable spectacle où le député voit sa copie corrigée par un fonctionnaire ; dont les compétences sont la maîtrise de 500 mots dans deux langues, ses relations politiques avec le parti dominant dans son pays, quand il a été recruté et d'avoir eu la bonne nationalité, pour correspondre au quota national voulu, lorsqu'il a été reçu au concours de recrutement « arrangé » . Tout cela sans guère de connaissances du sujet au cœur du projet, sur lequel pourtant il coupe et il tranche.

Matrix

 

Le Parlement européen a institué une pratique de police de la pensée. Avec le risque qu’elle  ne sanctionne  que les députés non membres d'un groupe politique puissant ou pour être plus précis que les membres  « dalits » du groupe des « non inscrits ».

Or comment et pourquoi un député européen finit-il dans le groupe fourre tout des non-inscrits ? Parce que le Parlement limite le droit des minorités à se rassembler en  groupe politique.

Comment ?

En exigeant un nombre de nationalités et un nombre de députés, nécessaires pour faire un groupe, de plus en plus sévères. En effet, dès que les minoritaires remplissent les conditions numériques pour faire un groupe, on a vu le Parlement modifier le règlement pour rendre les conditions plus sévères et empêcher ainsi la constitution du groupe. Privant les députés des moyens financiers d'exprimer publiquement leurs pensées.

C'est redoutable . Parce que se constitue là au Parlement, par empilement de directions, divisions et unités administratives, l'amorce d'une « Matrix » européenne. Pour reprendre le titre du film  de1999. Progressivement, elle est entrain de prendre le contrôle des députés. Avec le risque,  par métastases,  d’étendre son emprise sur les gouvernements. Brocarder alors le contrôle européen de la taille des poires, des barbes des pères Noël, ou de l'empattement des roues des tracteurs, est bien léger. Car c'est plus grave. «Les machines », du Parlement, de la Commission européenne et de la Cour de justice, pourraient à terme annihiler les formes de vie, politique, économique et culturelle, non autorisées.

Voir : Concours.Lux et Sakharov.

Chasseuses députées.

 

Mis à part évidemment  de vraies ouvrières, au Parlement européen il y a tout et de tout : des chanteuses avec Nana Mouskouri , des pilotes de rallye avec Vatanen Ari, des rameurs comme Gérard d’Aboville, des généraux et des chefs de Etat-major, avec Philippe Morillon et le Sphinx Janou Lacaze, des présidents de République, des ministres à la pelle, des prof et des juges à ne plus savoir qu’en faire, des banquières avec Arlette Laguiller du Crédit Lyonnais, un ballon d’or, n° 10 du Milan AC, Giovanni Rivera et même, en attendant qui sait l’astronaute Thomas Pesquet,  un français, ancien pilote de la RAF, Gilbert Devéze, seul député FN à qui  le puissant soutien  de la présidente  Simone Veil lui a permis de décrocher en 1984 un poste de vice-président. De la Commission de l’agriculture.

Mais personne ne se doute qu’il y a dans l’hémicycle de fines gâchettes. Parce que délicieuses, belles ou discrètes, aucun député assis à leurs côtés dans les travées ne se doute que sa collègue voisine à un calibre  douze dans le coffre de la voiture et se sertit des cartouches de   chevrotines pour les battues aux sangliers.

La première de ces chasseuses députées que j’ai vu arriver au Parlement,  on pouvait toutefois aisément la deviner. D’abord parce qu’elle était tout simplement élue sur une liste française des chasseurs. C’était en 1999. Une liste européenne Chasse, Pêche, Nature et Traditions, faisait   plus de 6 % des voix envoyant  six  députés  à Strasbourg dont  la Vosgienne  Véronique Matthieu  qui  y restera 15 ans jusqu’en  2014.

Avec ses yeux d’un bleu Terence Hill et sa silhouette de félin  glissant  dans les hautes herbes de la savane, on comprenait tout de suite qu’elle ne chassait pas le lièvre ou le perdreau, surtout de la dernière année, mais le gros gibier. C’est elle qui m’apprendra toutefois, durant  nos quinze années  ensemble à la commission de l’agriculture,  qu’elle ne chassait qu’à l’arc et qu’elle était ... garde-chasse.

C’est surprenant, même dans un Parlement où avec 751 députés, venant de 28 pays, rien forcément ne surprend, puisque c’est un modèle réduit de l‘humanité. Pour autant Véronique n’est pas la seule dans les travées à chasser. L’espagnole Encarnacion Redondo, maîtresse femme rayonnante, le cœur sur la main et la santé éclatante de la tête aux pieds, dix ans député européenne, chasse aussi. Maire de Soria, la ville d’Antonio Machado, ingénieur agronome, elle a même été présidente espagnole de chasseurs qu’elle a retrouvés en présidente du Conseil supérieur de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement.

Si ce n’était que ces deux chasseuses députées, ce serait une curiosité. Mais comme  depuis 2014 il y a au Parlement un intergroupe « Biodiversité, Chasse et Activités rurales», coprésidé par la socialiste italienne Renata Briano, on voit que Véronique et Encarna ont eu une succession et fait des émules. Mais avec 7 millions de chasseurs en Europe, il y a le vivier pour les députées allant au gibier...

 

Chefs d’Etat du mardi

 

Tous les parlements nationaux reçoivent des chefs d’Etat. Par exemple l’hémicycle du Palais Bourbon a reçu le chinois Hu Jintao,le mexicain Vincente Fox, plus récemment le canadien Justin Trudeau et même un roi avec Felipe VI d’ Espagne. Le président Macron de son côté était  allé parler devanr le congrès des Etats – Unis le 25 avril 2018.

C’est comme  au Parlement européen. 48 chefs d'État, de gouvernement, présidents de Parlement ou personnalités y sont accueillis chaque année.

À Strasbourg, c'est le plus souvent le mardi, de 11 h 30 à 12 h 30. Là, de la Reine de Hollande au Prix Nobel de la paix, Oscar Arias Sanchez, Président du Costa Rica, du Saint Père Jean-Paul Il a un grand Mufti, ou d'Evo Morales, le Président de la Bolivie, au futur va-t’en guerre Saakachvili, le Président de la Géorgie, l'hémicycle reçoit les grands et les petits de la planète. Des chefs d'État vrais ou des envergures de directeur des ventes  formé à Sup de Co, avec un stage aux Etats-Unis. Comme le Président Saakachvili.

Il y a deux sortes de visites. Celle des chefs d'État ou de gouvernement de l'Europe, qui viennent lors de leur présidence semestrielle de l'Union. Au moins deux fois. C'était le cas, en 2008, de Nicolas Sarkozy. C'est la visite institutionnelle. Mais la vraie visite, c'est celle des non européens. Avec des géants : Donald Reagan et surtout Jean-Paul Il, le 11 octobre 1988 à Strasbourg.

Même si quand on a vu un chef d'État, comme pour le cirque, on les a tous vus, il  en est qui font date. Jean ­Paul ll, dans la décennie 80, avait d'autant plus marqué que le Révérend unioniste lan Paisley, pasteur mangeur de catholiques, vociférait dans l'hémicycle comme un Anglais jetant sa haine à Belfast sur les petits catholiques en route vers l'école.

Le Commandant Massoud, invité par Nicole Fontaine Présidente, a marqué aussi. Comme Reagan, François Mitterrand ou Jacques Chirac.

Ringo Starr bulgare.

 

Mais c'est comme les films. On aime ou on n'aime pas. Par exemple, un  jeudi de  2007 était   venu le Président bulgare Georgi Purvanov.

Côté allure, rien à dire. Jeune, grand, chevelure à la  Ringo Starr et latin lover des années sixties, il avait tout pour laisser indifférent. Même le discours, avec « l'honneur de prendre la parole à Strasbourg », la référence à Saint Cyril, Bulgare qui a marqué l'Europe, les Balkans difficiles et les promesses de bien gérer les fonds, communautaires, avait tout pour anesthésier.

Mais les députés bulgares, nouvellement arrivés, faisaient circuler l'info. Le Georgi Purvanov présent , chef d'État, s'appelait en réalité  « Gotze» quand il était agent de la police secrète bulgare -La Durzauna Sigurnost-. Mais pas un  maître agent  à la  Poutine,  un simple indic plus prosaïquement . Depuis, il avait  fait un « Phd » d'histoire et la page était  tournée. D'autant que communiste ou  titiste  repenti en socialiste c'est acceptable. Sinon on manquerait  en Slovénie ou Croatie de personnel politique pour diriger le pays

Un  mercredi , toujours de  2007, c'était  le Président de la République italienne, Giorgio Napolitano, qui était venu. Les 50 ans du traité de Rome obligaient. En 2057, un autre président italien reviendra, pour le centenaire...

Quand s’installe derrière le pupitre le président indien,  c'est un continent à plus d’un  milliard de personnes qui arrive.

Dans tous les cas, c'est la diplomatie parlementaire. Pendant que le Président du Parlement européen se joue un film de chef de l'État, rencontrant par exemple, en juillet à Amman, le roi Abdallah ou parlant le 3 mai à la Kessnet, les chefs d'Etat défilent dans l'hémicycle de Strasbourg.

C'est intercontinental. De l'Ukrainien Viktor loutchenko, quand il était à la mode, avec sa belle gueule massacrée comme un Robert Boulin qui lui ne s'en était pas sorti, à Mahmoud Abbas le Palestinien crucifié, en passant par le Bolivien Evo Morales descendu de ses hauts plateaux andins, la coca en bandoulière et la nationalisation du gaz à la hanche.

Dans le cérémonial de réception, il y a, côté hémicycle, deux constantes : soit l'indifférence,  soit la violence.

L'indifférence, c'était par exemple en septembre 2008, lors de la réception du Prix Nobel de la paix, Oscar Arias Sánchez, président du la République  Costa Rica. Ses formules fleuries dans son discours, sur le « jardin de la vie », « l'étoile » ou la « cité des poètes », étaient  trop pour un député moyen, d'avant la crise financière d'octobre 2008, qui voulait  de la « croissance », de la « compétitivité », de la « concurrence », du Darwin économique et non des raisonnements sur  l'humanité. Sauf sous forme de droits de l'homme aseptisés.

Inversement, des bancs de l'hémicycle peuvent se mobiliser contre le Président Chirac et ses essais nucléaires ou même contre Jean-Paul Il le 11 octobre 1988. Ce jour-là, les premières paroles du Pape ont été interrompues par le Révérend lan Paisley, député européen, leader des Unionistes d'Irlande du Nord qui, tout en criant des paroles presque incompréhensibles, brandissait un calicot qualifiant le chef de l'Église catholique d'anti-Christ. Après deux mises en garde, le Président anglais, lord Plumb, avait appliqué l'article 86 du règlement, prévoyant l'expulsion de toute personne troublant l'ordre de l'Assemblée. C'était « la haine face au goupillon ». Il est vrai que Jean ­Paul Il ne leur avait  fait aucune concession avec deux vérités rappelées :

« Monsieur le Président, le message de l'Église concerne Dieu et la destinée ultime de l'homme, questions qui ont au plus haut point imprégné la culture européenne. En vérité, comment pourrions-nous concevoir l'Europe privée de cette dimension transcendante ?».

Au moment du préambule de la Constitution européenne, il n'est rien resté de ces admonestations. Comme quoi, un Parlement parle, mais n'écoute pas.

 

Cocktails et Invitations des députés

 

Les invitations de députés européens sont de deux sortes.D'abord l'invitation en interne. Dans les locaux mêmes du Parlement européen. Ensuite, c'est l'invitation en externe. Soit à Bruxelles, soit dans la circonscription du député. Dans son pays.

Les invitations internes au Parlement

 

C'est l'invitation en somme à la maison. Il y a deux invitations : pour le cocktail à 19 heures et pour le déjeuner à 13heures .

Les cocktails sont au Parlement  une institution aussi célèbre que la « Tea party » en Grande-Bretagne. C'est le cocktail olive, carrés de saucisson, chips et vins, de 18 heures à 19 heures.

Chaque jour, au 3ème étage, il y a ce cocktail autour par exemple d'une exposition. Mais parfois c'est plus. Quand le conseil supérieur du notariat invite des régions italiennes. Là, c'est festin et grande foule. Tous les assistants sont là. Les huissiers et des gens venus de partout. Puisque  c’est gratuit.

Le cocktail des pro-corridas, de la charcuterie polonaise, de la semaine africaine ou de la Chine, c'est encore un grand moment.

Les charcutiers invitent pour faire connaître leurs produits, des saucissons aux jambons, de Lacaune en Languedoc aux jambons basques.

Les Polonais de la vodka, eux, invitent pour protester contre les contrefaçons de vodka. Les vodkas frelatées faites avec les déchets de poubelle. Pour eux, la vodka, c'est une boisson de patates ou de céréales.

À chaque pays, son truc. Avec les pommes de terre, les belges ont  fait des frites et le chef étoilé Joël Robuchon de la purée. Les Polonais eux  ont fait de l'alcool.

Mais il y a aussi le pot de départ à la retraite pour le secrétaire général du Parlement européen, comme le 14 février 2007.

À côté du cocktail standard, de tous les soirs, il y a le « cocktail cholestérol ». Où l'on se gave de charcuterie. Soit la charcuterie fine du cocktail italien, soit le « cochon bétou » mais bon enfant de la Pologne post communiste. Le cochon en auréoles sur la moquette des lendemains.

Le déjeuner professionnel, autre institution du parlement , est plus limité .Il a lieu au restaurant des députés dans une salle à part. C’est par exemple le PDG de Danone qui invite les membres français de la commission de l’agriculture pour présenter son métier, son groupe, son marché mondial. C’est un déjeuner de travail.

 

Les invitations externes au Parlement

C'est soit à Bruxelles, soit en France ou en circonscription.

Les invitations à Bruxelles sont multiples, à un cocktail, une réunion, un colloque, un congrès. Par exemple, la Confédération européenne des vignerons indépendants vient deux jours pour rencontrer les députés.Un commissaire européen peut aussi inviter à Bruxelles les députés. Par exemple, en septembre 2008 à un débat sur le multilinguisme et le dialogue interculturel,avec un cocktail dînatoire.

 

La Fédération européenne du négoce du bois, fondée en 1962, peut inviter à Bruxelles, avec le Land allemand de Hessen, à une conférence sur la protection de la forêt, le 10 novembre 2008, et le lendemain mardi, le secrétaire d'État à la défense convie aussi.

La fréquence de l'invitation est fonction de la couleur politique du député, de l'importance de son groupe politique et donc de son degré d'influence présumé.

Les invitations nationales hors  Bruxelles sont les  classiques du député, avec parfois de l'original. Ainsi une invitation d’un  15 février 2008 à 19 heures avec, en plus du cocktail, un film ,  « Nous nous sommes tant aimés », Il est vrai que c'était le lendemain de la Saint-Valentin,  à Paris et en plus  à la Maison de la Chimie...

 

Localement  en revanche, les invitations sont rares. Même lorsque de 2004 à 2019 les députés français étaient  élus régionalement,  dans huit grandes circonscriptions. On n'invitait  pas le député européen dans sa circonscription. Ce député était  invisible, à la différence du député national qui est dans les fêtes de villages, les remises de médaille, les prises d'armes. Avec des exceptions rares : la FNSEA, un temps, invitait à son congrès.

L’explication est  double. D’abord  depuis les Etats généraux de 1789, le député de circonscription on connaît. Il fait parti du paysage. Il est juste  à côté. Tellement qu’on est habitué à aller lui demander un quelque chose, une intervention, un logement, voire un petit versement de la réserve parlementaire. Alors que député européen, c’est loin, spontanément on ne voit pas ce qu’il y a « à gratter » à lui parler , il ne vient  donc à l’idée de personne  de l’inviter.

Chauffeurs des députés : Redevenus fonctionnaires grâce aux attentats de Zaventem...

 

Pour le président du Parlement, les présidents des huit groupes politiques et quelques cardinaux  de la Curie  Bruxelloise, il faut bien  des voitures pour les transporter. Le Parlement européen   a donc  un parc de 27 voitures officielles, Mercedes  ça va sans  dire,  plus  5 minibus,  8 camions pour transporter  chaque  mois les cantines des députés et  fonctionnaires et cinq camionnettes pour le transport de biens.

Reste l’essentiel : transporter chaque matin, chaque  soir,  751 députés de leur hôtel au Parlement et les récupérer, en fonction de leurs arrivées de tous les coins d’Europe, à la gare TGV ou aux aéroports. A Strasbourg on a réglé le problème avec des minicars de ramassage scolaire. Tous les  matins, à partir de 8 heures, d’hôtels  en  hôtels, ils ramassent les travailleuses et les travailleurs de l’usine parlementaire.

Mais à Bruxelles c’est plus compliqué. D’abord parce que les députés sont là  trois semaines par mois, et qu’il y a trop d’hôtels pour en faire la tournée. Alors il faut bien des voitures et des chauffeurs. Des années durant, jusqu’à la décennie  90, on a fait en bon sens,  comme dans tous les parlements. Il y a eu un  service de transport de l’institution, avec ses voitures et ses chauffeurs fonctionnaires. Tout fonctionnait parfaitement. Les députés étaient transportés et les chauffeurs étaient respectés voire enchantés. L’un d’eux m’avait même  confié qu’il recevait chaque année, comme tous ses collègues,  deux costumes et de deux paires de chaussures.

« Marché  Akbar », le "Marché est grand"

"Mais peu à peu, comme des jeunes de quartiers  peuvent se radicaliser, des dirigeants du parlement se sont convertis au libéralisme radical. Avec les signes habituels de ce basculement religieux dont l’invocation constante de sourates  sur le  marché incréé et révélé, sur la concurrence « libre et non faussée », avec des versets à tout bout de champ sur  les privatisations et les externalisations, plus évidemment le cri de ralliement « Marché Akbar », « le Marché est grand !».

A  partir de là, ce qui devait arriver est arrivé. Le service de transport du Parlement a été, comme disent  pudiquement les religieux du marché, « externalisé ». En termes  clairs,  on a privatisé les chauffeurs. Avec les conséquences toujours les mêmes dans les privatisations, dont l’épidémie des  suicides à la poste a été  l’exemple saisissant : les conditions de vie des chauffeurs se sont effondrées.

Concrètement ils sont devenus des intérimaires de deux sociétés de voitures qui régulièrement emportaient les appels d’offre du Parlement, dont à Bruxelles une  société belge appartenant  à un Italien du sud, un dénommé Sandro. Elle s'appelait  TMS limousine. Avec 60 salariés, elle  devait  avoir un délégué syndical. Pour l'éviter il avait  suffit de mettre 20 chauffeurs chez TMS, 20 chauffeurs chez une cousine juridique de TMS, en l'appelant par exemple Danytax et 20 autres chauffeurs chez une deuxième cousine juridique en l'appelant ELS pour European Location Service .

Cela disait déjà les pratiques sociales. De  fait, les chauffeurs pouvaient travailler  15 heures par jour pour un salaire de  1200 euros ne permettant  pas vraiment de vivre.  Ce qui était curieux. Le Parlement européen qui vote des textes interdisant de transporter les porcs plus de 8 heures par jour, a pu  obliger,  jusqu’en 2017, les chauffeurs à conduire les députés jusqu’à 15 heures par jour...On a eu donc une institution exigeant par ses  votes  8 heures de sommeil pour un poulet d’élevage, tout en acceptant  que ses propres chauffeurs n’en aient  que quatre !

Ces hommes commençaient à 7 h 30 et  finissaient  à 23 h 30. Avec le temps d'un dîner et de se laver, ils n’avaient   droit  de fait qu’à quatre heures de sommeil, avec des  semaines   de 60 à 70 heures de travail.

Pour eux,  l'Europe de « l'économie ouverte de marché » c’était cela : la précarité de l'emploi et pour compenser l’absence de  rémunération digne, l’humiliation  de la  pratique du  pourboire  qu’il faut avoir vécue pour en mesurer l’ignominie.

Les députés en  effet  qui avaient voté la précarisation des  conditions de vie  des chauffeurs, avec  la privatisation de leur statut, ont osé des années durant leur donner en moyenne et en compensation un pourboire de deux  euros. Il faut avoir été témoin de ces scènes quotidienne  avilissantes du pourboire pour mesurer ce que l’on  a fait dans le temple des droits de l’homme  où par dessus le marché  on avait adopté la Charte européenne des droits fondamentaux dont l’article 31 dispose pourtant, pour des « conditions de travail justes et équitables »,  que « tout travailleur a droit à des conditions de travail qui respectent sa santé, sa sécurité et sa dignité ».

Or en matière de dignité,  la description du manège du pourboire montre qu’on en est bien éloigné. Le député attend en effet que le chauffeur ouvre le coffre de la voiture pour lui glisser subrepticement la « pièce », dans la main qui tient encore la poignée de la valise de l'honorable parlementaire, tout de même gêné du versement aussi peu honorable d'une obole au collaborateur du service public législatif.

Pour mesurer le  malaise, Il faut avoir vu, à l'arrière de la voiture, à l'arrivée en gare ou au Parlement, le député chercher la « piécette » qu'il va glisser, alors que d'un législateur on n'attend pas cette attitude de consommateur dans un bistro. Laissant sa  monnaie dans l'écuelle de la tasse de café consommée. D’autant que les légistes qui  dans le temple européen  de la loi ont pratiqué des années cela, sont les hommes mêmes qui avaient juridiquement dégradé les chauffeurs qu’ils « pourboirisaient » ensuite, comme on a  dit plus tard « ubériser ».

Il n’y avait d’ailleurs même pas dans ce système  privatisé l’excuse de l’efficacité. Pour emporter en effet le marché dans l’appel d’offres, la société gagnante était forcément  celle à l’offre la moins élevée  et donc avec les coûts les plus bas, obtenus avec les prestations les plus comprimées. Ce qui  en  termes clairs  veut dire qu’aux heures de pointe il manquait des voitures. Le service fonctionnait à flux tendu. Le  député devait donc prendre  rendez-vous le soir, pour avoir une voiture le lendemain.

Pour cela, à Strasbourg et à Bruxelles, il y a un bureau au rez-de-chaussée. Les chauffeurs sont eux au « moins deux » au parking. Sans ascenseur à Strasbourg  pendant des années. Etant entendu  qu’après 21 h 30, à Bruxelles ou à Strasbourg, sauf s'il y a session de nuit, il n'y a plus de voitures. Le député qui travaille tard doit alors appeler un taxi. Mais les services de sécurité n'ont pas de numéros de compagnie. Le cauchemar  commence alors  pour le député.

À deux  heures du matin par exemple, le député quitte son bureau, parcourt les couloirs déserts et arrive au « desk », pardon, au bureau de sortie. Là, il y a trois jeunes hommes de la société de gardiennage privatisée  Securitas et le dialogue s’entame:

Le député : « Je voudrais un taxi » .

Securitas : « On appelle le standard ... allô ... Il n'y a pas de taxi avant une heure »

Le député :« A 2 heures du matin, il n'y a pas de taxi dans Strasbourg ? »

Securitas : « Ils sont tous à l'aéroport » .

Le député : « Mais l'aéroport ferme à 23 heures. Appelez une autre compagnie. »

Securitas : « Je ne peux pas. On nous coupe le téléphone le soir ».

Le député:« Pardon? Le service de sécurité du Parlement européen n'a plus de téléphone le soir ?»

Securitas : « Oui. On a une ligne qui n'arrive qu'au standard de notre société »

Le député : « Et votre société de sécurité n'a pas les numéros des taxis de Strasbourg ? ».

Securitas : « Je ne sais pas ».

Conclusion : l'entreprise privée de gardiennage du Parlement a un accord avec une entreprise de taxis. Cette entreprise n'a pas de voitures en nombre suffisant. Son monopole de nuit est au détriment du service rendu aux députés. L'externalisation et .la privatisation, ont été  cela des années durant. Pour accroître ses bénéfices, l'entreprise privée amputait  la qualité et la quantité des  services.

 Résultat, le matin, une heure avant l'ouverture de la séance, la société qui a remporté  le marché du transport n'avait  pas assez de voitures. Le député arrivait  alors en taxi. Et le budget du Parlement européen payait  deux fois : le taxi et la société de transport qui ne pouvait  pas transporter à l'heure tous les députés. Le libéralisme radical, c'est cela : le coût doublé, plus le service dans l'inefficacité et les coups de canif à la dignité avec des pourboires pour compenser les rémunérations  précarisées.

Depuis 2017 pour des raisons de sécurité le Parlement est revenu là dessus. Curieusement,  c’est un des apports collatéraux et inattendus  des attentats  2016 de Daesh  à Bruxelles . La privatisation des chauffeurs ayant favorisé la pénétration dans  le service de quelques potentiellement radicalisés, les radicaux de la privatisation ont dû céder devant les risques de radicaux de la Djihadisation. Le Parlement a  enclenché alors la marche arrière juridique et depuis 2017 les chauffeurs ont retrouvé leur statut public, après vingt ans de statut privatisé. Du moins pour ceux qui ont réussi le concours  leur permettant d’être intégrés dans la fonction publique européenne.

Dans  ce cas , pour les 110  recrutés , concrètement c’est 1907,34  euros bruts par mois, plus une indemnité d’expatriation de 16 % du salaire, pour les non belges, une prime de  dépaysement de 4%, une allocation d’installation, six jours de congé supplémentaires au -delà de 2000 km  pour leur provenance , la dispense de la TVA lors de la première année d’installation, une remise de 20 % à vie accordée  sur leurs  voitures par les constructeurs et aussi pour couronner le retour du    costume  à 1000 euros. Evidemment ce costume n’est pas un Brioni,  le salaire est loin des 7000 euros que la légende prête pour un emploi équivalent  à  l’ Assemblée Nationale et on n’a pas un appartement de fonction à Paris. Mais on est fonctionnaire européen.

 Depuis  2017 en effet le Parlement européen   a recruté 110 chauffeurs, acheté des limousines, des costumes et mis pour les transports un budget de 10 millions d’euros annuels. Dans le langage des économistes on parle « d’internalisation ». C’est à dire le contraire de ce que l’on avait fait pendant vingt  ans sous le nom  « d’externalisation »,  terme édulcoré  pour dire la privatisation des empois imposée par l’idéologie du tout marché

Clones du Parlement européen (les) : Euromed et  EUROLAT

 

Le Parlement européen se reproduit. Il se clone. En petits parlements bilatéraux, en parlements régionaux, intercontinentaux et même un clone mondial, avec l'Assemblée parlementaire qui se réunit en marge des conférences ministérielles de l'OMC.

Les parlements bilatéraux

 

Ils s'appellent « commissions  parlementaires mixtes ». Il y en a cinq avec le Chili depuis 2002, le Mexique depuis 1997, la Turquie, la Croatie, la Macédoine qui fonctionnent dans le cadre d’accords d’association.

Pour le Chili ce Parlement bilatéral compte  12 membres plus 10 suppléants côté chilien. Côté européen, il y a 14 députés dans une délégation, avec un président, par exemple de 2004 à 2007 c’était l’allemand André Brie, descendant des délocalisés de la révocation de I’Edit de Nantes, accompagné de quatre fonctionnaires, trois  assistants et six interprètes.

Que font les députés européens dans ces parlements bilatéraux ? D'abord, ils font de l'avion et du bus. De fait, c’est  plus de 20 heures d'avion Bruxelles-Madrid, Madrid- Santiago pour aller visiter une usine de cellulose ou  la plus grande mine de cuivre du monde à ciel ouvert à Chuquicamata. Ensuite, les députés font du protocole. Ils voient toujours le chef d'État, Michèle Bachelet au Chili, le ministre des affaires étrangères, Alejandro Foxley, des ministres, par exemple de l'agriculture. Enfin et surtout, les députés travaillent et auditionnent.

Pour le Mexique, on retrouve, toujours comme le complément politique d’un accord économique d’association,  un parlement bilatéral. C'est 14 membres : 7 députés européens et 7 sénateurs mexicains. Il se réunit une fois par an en alternance à Mexico et en Europe. Ce sont des visites de terrain, à Puebla et son usine Volkswagen par exemple, et des rencontres de  travail au Sénat.

Les parlements régionaux

 

C’est une invention, sinon une manie latino américaine de faire des parlements à tout bout de champ. Les pays des Andes se sont fait ainsi en 1979 un Parlement Andin, le Parlandino, suivi en 1987 par un Parlement centraméricain, le Parlacen, imité à son tour en 1994 par une assemblée de parlementaires de la Communauté des Caraïbes qui ne pouvait qu’avoir un équivalent au sud pour l’ Argentine ou le Brésil, avec un Parlement du Mercosur, le Parlasud en 2007.  Plus quelques petits parlements par ci par là, comme le Parlement amazonique, Parlamaz en 1989,  le Parlement noir des Amériques en 2005 et évidemment un Parlement indien  en 1988.

 

Bien entendu,  la « Parlementomanie » avait  donné aussi, dès 1964, un Parlement pour tout le continent, le Parlatino créé à Lima un 7 décembre par 14 pays et 160 parlementaires présents. Comme réalisant  le rêve de Bolivar d’une  Assemblée des peuples d'Amérique.

Pendant 28 ans ce Parlatino s’est déplacé de villes en villes, avec des  assemblées ordinaires,  extraordinaires et des réunions de commissions permanentes, avant de se fixer un 12 décembre 1992 à São Paulo, avec des députés de 21 pays dans un bâtiment dessiné par Oscar Niemeyer.

Arrivé là en 1992, l’année du traité de Maastricht,  on ne sait trop  qui a inspiré qui ? Est ce l’œuf  d’un  Christophe Colomb parlementaire européen qui a donné les poules des assemblées latino américaines ou au contraire celles ci ont elles donné les œufs des parlements régionaux créés par l’ Europe ? Probablement les deux.  Parce que le Parlement a fourni le modèle de l’intégration, mais l’ Amérique Latine portait elle, le souffle.

Toujours est il que le Parlement européen s’est dupliqué. Notamment en méditerranée. La Méditerranée en effet a  son parlement. Elle en a même deux. Aussi peu connu d’ailleurs l’un comme l’autre. Un siège à Malte. C'est le plus complet. Avec 17 pays de la Méditerranée. Et rien que de la Méditerranée. Même le secrétaire général est méditerranéen d’Italie.

Le deuxième parlement vient du processus de partenariat euro-méditerranéen  de 1995,  dit de Barcelone. Il n'est que partiellement méditerranéen. Comme l'Union Pour la Méditerranée, UPM que la Chancelière Allemande a  imposé le 13 juillet 2008,  pour le malheur  de tout notre avenir, au président Sarkozy. Qui  lui, avec lucidité, voulait une Union de la Méditerranée.

Ce parlement,  appelé Euromed ou Assemblée parlementaire Euro méditerranée,  a une triple composition. D'un côté, des représentants de dix pays de la Méditerranée du sud Algérie, Maroc, Égypte, Syrie, Israël, Palestine, Turquie, Liban, Jordanie et Tunisie. Puis des représentants des 27 parlements nationaux des États de l'Union. Enfin, 35 députés européens.

Les réunions sont soit des plénières, par exemple au Caire ou à Rabat, le 20 novembre 2005, ou à Tunis, soit des réunions de commissions, par exemple la Commission économique à Lisbonne, sous la neige, le 30 janvier 2006.

Les frais d'organisation sont limités. Juste quelques 40 000  ou 50 000 dollars.

Cette assemblée Euro-Méditerranéenne est toujours sous tension larvée. Pas seulement entre Israéliens et Palestiniens, voire Syriens, comme on le croirait. Mais parfois, comme à Rabat, le 20 novembre 2005, on s’accroche sur la langue.

Alors que les députés israéliens parlent français, les documents et les amendements, dans une session du Parlement de la Méditerranée à Rabat, où on n'a jamais vu un Anglais, étaient tous en langue anglaise. Même les badges des députés étaient en anglais. C’est là où on voit l’influence, négative, du Parlement européen qui a pollué linguistiquement la méditerranée en y amenant son mainstream  culturel anglais.

En revanche sur un des parlements intercontinentaux où l’on retrouve les députés européens, la force gravitationnelle latino américaine a protégé de la contamination euro linguistique

Les parlements intercontinentaux 

               

Ils sont  au nombre de deux. L'Afrique, les Caraïbes, le Pacifique et l'Europe en ont un, depuis plus de vingt ans : l'Assemblée parlementaire ACP. Il se réunit de Port Moresby en Papouasie  à la   Namibie. En faire partie, c'est pour le député européen le dépaysement assuré. Et pour le budget européen une ligne de crédit modeste de 500 000  euros environ.

Mais, depuis dix ans, il existe un nouveau parlement intercontinental à plus grande force : le Parlement Europe -Amérique latine ou Eurolat. Il regroupe 120 députés des deux rives. Pour la première fois, il s'était réuni à Quito en Équateur en 2007. En novembre 2008, les trois commissions de ce parlement, économique, sociale et politique, se sont réunies pour la première fois  à Bruxelles. Le coût est faible pour l'organisation : de l’ordre de 40  000 euros.

Les tensions peuvent y être très vives. Ainsi, en novembre 2008, le Parlement européen avait voté une directive dite retour concernant l'expulsion des clandestins devenus sans papiers ou indocumentados. Les membres latinos de l'Eurolat avaient  fait savoir fortement leur indignation avec le slogan : «  Colom,  primer indocumento de la historia », « Christophe Colomb  premier  sans papier de l’histoire... ! ».

 

Au final, les députés européens  jouent au Jeu des 7 familles. Dans la famille Parlement européen, on peut demander la fille « Assemblée parlementaire EuroMed » ou le fils « Eurolat » pour le Parlement Europe - Amérique latine, voire la grand-mère africaine avec « l'Assemblée parlementaire paritaire ACP- UE ».

 

Cobu, Cocobu, Comagri

 

Le Parlement a 20 commissions  permanentes dont les compétences sont fixées par une annexe 5 de sont règlement. En début et au milieu de législature, les membres de ces commissions sont élus, avec une  composition qui varie  de 25 à 73 membres titulaires et d'un nombre équivalent de membres suppléants. Puisque chaque député est titulaire d’une commission  et suppléant d’une autre. Etant  entendu que l’on ne peut suivre efficacement  et être leader que d’une seule commission. Spécialement lorsqu’il s’agit de la commission du budget, puisqu’amenée,  directement  ou indirectement, à connaître de toutes  les questions, son emploi du temps est fort lourd.

Entre ces 20 commissions, le règlement intérieur du parlement semble établir une hiérarchie. Il commence par fixer les compétences de la commission des affaires étrangères en 9 points et fini par la commission des pétitions, expédiée en trois chefs de compétence.

Mais les trois commissions les plus marquantes du parlement appartiennent au groupe  des trois « C », avec les trois sonorités les plus célèbres et les plus mnémotechniques pour les retenir : la  « Cob », commission du budget, la « Coco bu », commission du contrôle budgétaire et la « Coma gri », commission de l’agriculture et du développement rural.

La Comagri.

 Historiquement, cette commission a régné vingt ans sur le Parlement européen, en gérant le premier budget qui a pesé jusqu'à 70 % du total des crédits européens. En 1989 encore, c’était  un  club de ministres de l’agriculture, passés ou futurs, avec le français François Guillaume, ministre de 1986 à 1988, Arlindo Cunha,  ministre  portugais  qui  avait fait l’entrée de son pays dans la Communauté ou Miguel Arias Canete qui sera ministre espagnol de l’agriculture avant d’être, de 2014 à 2019, commissaire européen.

C'était cette commission  qui chaque année, en mai, jusqu'en 1992,  fixait les prix agricoles, lors des célèbres marathons des réunions de  Bruxelles. C'était la grand- messe du Parlement européen, occupant longuement les députés.

Aujourd'hui, cette commission n'est plus que l'ombre de sa gloire. La chute d'ailleurs du budget de l'agriculture, représentant en 2018 moins de 38% % des crédits européen, contre 66% encore durant la décennie 80, est révélatrice de l'amputation de son rôle. Avec un autre signe de ce déclin dans sa composition.

En 2008, elle comptait ainsi  74 membres. C’était  beaucoup par rapport aux 36 membres de la commission des budgets et même au regard des 68 membres de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire qui depuis la décennie 2000  lui capte peu à peu ses compétences en lui ayant enlevé l’étiquetage des denrées alimentaires, la législation vétérinaire et même l’Office  alimentaire et vétérinaire européen.

En 2018, la Comagri ne comptait plus que 45 membres, et l’annexe V du règlement du parlement ne la mettait plus qu’à la position 13 dans l’ordre des commissions et donc des  préoccupations du Parlement. Quand la commission de l’environnement, de la santé et de la sécurité alimentaire, était au 8 ème rang  de l’énumération des commissions.

Dans les trente dernières année, cette  commission de l'agriculture n’a été présidée que deux fois par un Français, tous les deux agriculteurs : Christian Jacob et Joseph Daul. Celui ci devenu ensuite, de 2007 à 2009, président du PPE,  principal groupe politique du Parlement.

José Bové, élu député  pour la première fois en 2009, avait pu décrocher pour la Fiance  une vice présidence jusqu’en 2014. Avant lui, il fallait remonter à 1984, pour trouver un autre français vice président, ancien pilote de la RAF.

 Il est vrai que l’on a eu plus surprenant encore pour les présidences, avec en  2008 un anglais, défenseur de la cause animale, Neil Parish, et en 1989 un avocat  espagnol de Valladolid, Colino  Salamanca. Pour le moins la  présidence de la Comagri a évité jusqu’ici un militant antispeciste...

Le fonctionnement de cette commission se fait maintenant avec un calendrier léger. En  une année, 2007 par exemple, elle n’a siégé que  22 jours, au rythme de 2 jours par mois. C'est peu. De l'ordre d'une centaine d'heures en un an. Soit à peine 3 semaines à temps plein dans une année. 

Mais le travail peut y être intensif. Avec plus de 150 pages de rapports à examiner en deux jours. Par exemple, le mercredi 24 janvier 2007, sur la réforme de l'organisation du marché du vin, 561 amendements étaient au vote. 

Pire, les mercredi 25 janvier et jeudi 26 janvier 2006, en 10 heures, la commission a dû connaître de 27 questions allant de la programmation du budget agricole de 2007 à 2013 aux fourrages séchés ou à la stratégie forestière.

Comme en plus ,150 minutes ont été consacrées à l'audition de la ministre britannique de « l’agriculture», Margaret Beckett, et 60 minutes à l'audition du ministre autrichien, Josef Pröl, les députés de la commission n'ont disposé que de 20 minutes de discussion par question à l'ordre du jour. 

Mais l'atmosphère de la Comagri est très chaleureuse. Tous ses membres sont des défenseurs convaincus du monde paysan. Parfois, ils  sont eux-mêmes des paysans. L'ancien président de la FNSEA, François Guillaume, y a siégé, dans les années 90, comme le Président Debatisse, lui aussi de la FNSEA. L'Allemand vert Graefe zu Barindorf, président en 2009,  et l'Allemand de l'est Gopèl, deux des plus anciens membres, avec 20 ans de présence, étaient aussi agriculteurs. 

Dans cette commission, tout y est sérénité. Les affrontements y sont rares. On est entre « amis de la PAC » où l'on reçoit amicalement  le commissaire à l'agriculture, qu'il soit luxembourgeois avec J-C Steichen, autrichien avec Franz Fischler,  danoise avec la commissaire Marianne Fischer-Boel ou en 2018 Phil Hogan, deuxième irlandais à occuper ce poste après Mac Sharry dans la décennie 90.

Cobu

La même atmosphère studieuse se retrouve à la commission du budget, la Cobu. Là, ce sont des initiés. Apparemment du moins. Le travail y est intense. Surtout en période budgétaire, avec même des séances de nuit et plus de 1000 amendements à connaître chaque année sur le budget. On s'y tutoie facilement et le prénom est d'usage.

Au Parlement européen, comme dans les parlements nationaux, la commission du budget est un lieu carrefour. Tout passe à la Cobu. Des grandes questions aux petites. Par exemple, un virement de 3 200 euros pour l'entretien d'un photocopieur couleur ou les urinoirs magnétiques à installer à la Cour de Justice du Luxembourg pour économiser l'eau. Ou des crédits d'urgence pour des inondations en Slovaquie.

Toutefois, le simple fait que le rapporteur général du budget change chaque année empêche que se constitue, comme par exemple au Parlement français , des experts de la politique budgétaire de haut niveau comparables aux Christian Pierret et   Gilbert Carrez, ou au Sénat  Philippe Marini et Jean Arthuis. Devenu d’ailleurs depuis 2014 député européen.

En dépit des apparences, il n'y a guère à la commission du budget du Parlement européen de grands financiers à la vision personnelle. La lecture, chaque année, du rapport sur le projet de budget général de l'Union européenne, est une souffrance. C'est un catalogue, sans synthèse, donnant une impression de fouillis. Parce que le rapporteur ou rapporteuse n'a pas, en général, de culture financière de fond.

Cocobu

 

À la vérité, la commission du budget est plus une commission de contrôle budgétaire (Cocobu) qu'une commission des finances. On y parle procédure, méthodes, rubriques, mais peu de macro économie budgétaire. Il n'y a pas la vision globale. C'est ce qu'il advient à la commission du contrôle budgétaire. Mais, là, c'est son rôle. L'esprit est à l'audit, au contrôle, au tatillon. Habitués au National Accounting Office, le NAO  de leur Chambre des Communes, les Anglais s'y épanouissent et les protestants s'en ravissent. 

Les années durant de la décennie 90, une Allemande, Mme Temlanquer, a présidé cette commission et y a laissé un nom. Une autre allemande la préside depuis 2014 et les rapports qui en sortent chaque année, sous le nom de « décharge du budget », sèment  presque la terreur. Parce que la plupart des services  contrôlés et des politiques suivies, y prennent des volées de bois vert de cette institution calviniste faisant la chasse à tous les laxistes Pour l’année    2018, je donne ici à chacun l’adresse internet du rapport, pour d’un clic  y accéder :

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&language=FR&reference=P8-TA-2018-0124

 

Après lecture,  c’est à chacun de décider entre la  foi du charbonnier et les doutes qui font s’interroger

Cohn-Bendit Daniel, de Montauban au Parlement...  Quinze  ans durant.

 

Le député européen que Georges Marchais, secrétaire général du PCF, appelait « l'anarchiste allemand Cohn-Bendit », est pourtant né le 4 avril 1945 à Montauban, où ses parents, dont sa maman Herta, affectueusement surnommée « tricotie », car elle avait toujours un tricot dans son sac, s’étaient réfugiés après avoir quitté Berlin en 1933, aux lendemains de l'incendie du Reichstag.

Cette naissance au sud de la France l’a  peut-être conditionné, puisque soixante ans plus tard on le verra revenir, en propriétaire discret, dans un micro village de l’Hérault, appelé Lauret, perdu dans une garrigue désertique au pied d’un Pic St Loup, devenu célèbre non pas par l’arrivée du député européen, mais par ses vins AOC que le sommelier du Four Saison à Seattle a consacrés en les mettant sur sa carte. Daniel   Cohn -Bendit aurait pu dès lors être candidat, par exemple en 2004, 2009 ou 2014, à la députation européenne dans la circonscription du grand sud, à la place de José Bové, ou d’ailleurs dans n’importe quelle circonscription rurale. Puisqu’il aime manifestement la campagne où dès sa quatrième, en 1958, il y a suivi  une scolarité, dans une école alternative, l'Odenwaldschule, située à la campagne précisément, non loin de Mannheim et à 60 km de Francfort.

Mais il n’en a pas été ainsi. Après le parcours que l’on sait, avec la première inscription d’étudiant en maths à Orsay, puis en sociologie à Nanterre, tout comme d’ailleurs aussi Françoise Missofffe–Panafieu, dont le père ministre gaulliste assurera sa protection lors d’une procédure d’expulsion, il est le fondateur en 1968 du mouvement dit du  « 22 mars » et « l’ animateur » de la première Manif , le jeudi 6 mai, sur le boulevard St Michel, où sera prise la célèbre photo souriante et moqueuse face à un policier casqué.

C’est ensuite  le retour en Allemagne, un intermède de vacances en Sardaigne avec Marie-France Pisier, le grand concert culte en 1969  sur l’ île de Wight, un livre à succès , le Grand Bazar, présenté à Apostrophe en 1982, le travail dans un jardin d’enfant , la vie vingt ans durant dans une communauté à Francfort, l’élection  en 1989, sous l’étiquette des verts, au Conseil municipal de Francfort sur le Main, où il sera l’adjoint du maire SPD, et en 1994 le tremplin : l’élection comme vert allemand au Parlement européen.

A partir de là, c’est la chevauchée fantastique. En juin 1999, Cohn -Bendit tête de liste des verts en France réalise 9,72 % des voix, second meilleur résultat des Verts français aux élections européennes après celui d’Antoine Waechter en 1989. Le 13 juin 2004 il est réélu député, mais cette fois représentant des Verts allemands. En juin 2009, retour en France  et  nouvelle  élection dans la circonscription parisienne, en ticket avec Eva Joly, et avec le score fleuve de 20, 86%, devant le parti socialiste. Nationalement, la coalition politique qu’il dirige, sous le nom d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), avec notamment Cécile Duflot, José Bové ou Yannick Jadot, fera même 16, 28 %. Soit le meilleur score jamais réalisé par une liste écologiste, toutes élections confondues, qui place le parti en troisième position sur l’échiquier politique du pays talonnant le PS.

Président du groupe des « verts, alliance libre européenne Daniel Cohn-Bendit, le lanceur de pavés,  dynamiteur et  « fouteur » de désordre, va se révéler au Parlement le député statistiquement parfait. De 2004 à 2009, il y  sera présent à près de 93 % des sessions, avec 278 jours de participation sur 299 et  96 % des votes enregistrés. Soit 4 283 sur les 4 400 qu’il fallait émettre

Ce n’est pas  toutefois par cette politique du chiffre qu’il a marqué. Parce qu’en la matière, le record européen et mondial absolu, qui ne sera jamais égalé, est détenu pour toujours par le Flamand Karel Dillen, président du parti Vlams Blook, seul et unique député de l’histoire du Parlement à avoir siégé durant les 15 ans de son mandat, nuit et jour, de l’ouverture de toutes les sessions   et de toutes les séances à toutes leurs fermetures, sans jamais avoir été absent une seule seconde. Ce qui l’aurait propulsé, s’il avait été président d’un parti vert, socialiste, centriste ou «républicain», dans le livre Guinness des records.

Non, l’apport majeur de Cohn-Bendit député a résidé en revanche  dans le maniement du fouet.  Pas celui du Whip à la Chambre des communes, assurant la discipline des députés de son groupe, mais celui sur la piste aux étoiles qui claque aux moustaches des tigres pour les faire tenir assis sur leurs tabourets.

 Cinglant, insultant, il s’est permis ce qui n’aurait été toléré de personne d’autre, écrivant au passage  le petit lexique de l’insulte en politique. Mais au fond sans jamais vraiment  blesser, parce que c’était sans méchanceté, comme dans les cours de récré.

Par exemple, en morceaux choisis de ces formules en saillies, le 5 février 2013 Marine Le Pen reçoit dans l’hémicycle un "Tais-toi pauvre fille ! » ; Bruno Gollnish, malgré une dizaine de langues parlées couramment, du latin au  Japonais,  a droit à un « crétin fini » et en 2010 c’est le mémorable "Ta gueule" lancé à son compatriote allemand, président alors du groupe socialiste, Martin Schulz.

Comme l’injonction, aussi puissante que le célèbre « Porqué no te callas « (Pourquoi tu ne te tais pas), lancée en 2007 par le roi d’Espagne, Juan Carlos, au Président Hugo Chavez, émanait de Cohn-Bendit, le président Schultz se le tint pour dit, alors que quelques années avant, le 3 juillet 2003, lorsque le président du conseil italien, Silvio Berlusconi, goguenard lui suggéra de proposer son nom à un cinéaste ami, pour un rôle de Kapo dans un camp, ce fut le tollé,

Jouissant ainsi d’une immunité et impunité médiatique, le président des verts ne s’est jamais arrêté. En janvier 2017 encore il gratifiait ainsi sur France 2 Jean Luc Mélenchon d’un "va te faire voir". Même s’il   est capable de formules bien plus profondes du type « Il faut arrêter de dire que le peuple a toujours raison » ou mieux encore « : "Si le peuple veut la peine de mort, je suis contre le peuple".

Daniel Cohn–Bendit est donc plus raisonnable qu’il n’y paraît. Par exemple en août 2009, quand il affirme qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle française de 2012, on voit bien que l’ubris de sa renommée est chez lui maîtrisée. Ce qu’il confirmera en septembre 2018 en refusant prudemment un poste ministériel où son image se serait inévitablement  altérée.

 En mai 2014 il quitte ainsi le Parlement européen choisissant de ne pas se représenter, après avoir été 15 ans durant député. Ce qui est une durée de mandat fréquente dans l’institution, mais mâtinée dans son cas d’une singularité : il a été le seul député européen à avoir exercé plusieurs mandats, représentant   alternativement les allemands et les français.

On voit là sa capacité à   l’optimisation politique,  au sens où on parle « d’optimisation fiscale ». C’est à dire la capacité à se  jouer habillement des règles.  Le mensuel La Décroissance ne s’y trompe pas qui le présente régulièrement   comme ayant   la couleur, l'odeur et le goût de la rébellion, sans être la rébellion.

C’est la raison profonde de son éternité et de son succès à jamais installé. Il est le Johnny Halliday en politique. L’un   chantait le «Pénitencier » mais vivait sous les tropiques ; l’autre  depuis un demi-siècle  chante  les mœurs libérées de la post modernité, mais dans  le concret de  sa vérité c’est un croyant de la concurrence libre et non faussée.

Voilà pourquoi il est plus aimé que détesté. A la fois pour les audaces de sa devanture et la certitude qu’au fond il n’est pas l’aventure. Comme  pour toute sa génération des sixties, il y a du Sheila en lui : « petite fille de français et d’allemand moyen... ».

Son engouement pour le football en est tout le résumé. Même né dans le sud-ouest, il ne va pas au Rugby et même faisant parti du tout Paris, on ne le voit pas sur le central de Roland Garros. Parce que dans sa classe moyenne ce n’est pas Nadal qui fait rêver  les français,  mais Mbappé.

Si bien qu’au fond, le seul de ses  rêves cachés, pour lequel il accepterait de plonger tête baissée, serait la présidence de l’UEFA ou mieux de diriger le PSG.

Voir : Etiquette. Kapo.

 

Coiffeurs, librairies et blanchisseries

 

L'Assemblée Nationale française a le sien. Le Parlement européen, lui, en a deux. Un à Bruxelles et l'autre à Strasbourg. Tous les deux au rez-de-chaussée. Tous les deux à côté d'un libraire.

Ce sont les coiffeurs. Les deux seuls et uniques coiffeurs du monde à coiffer 28 nationalités et même davantage puisqu'il y a au Parlement des assistants parlementaires saoudiens, indiens ou colombiens.

Ces deux coiffeurs ont fidélisé leur clientèle au point que le non renouvellement d'un mandat peut tourner au  drame capillaire. Il faut songer en effet qu'il existe des députés qui sont là depuis vingt ans. Et ils sont nombreux. Certains  depuis 25 ans, comme le Président de 2008 Hans Poëttering ou  Astrid Lulling,  plus de trente ans..

Alors, changer de coiffeur après y être allé au moins 200 à 240 fois, c'est perturbant. D'autant que plus l'âge passe, plus c'est difficile de changer d'habitude. On peut changer d'idées, de partis, de groupes politiques, de coiffures, mais c'est plus dur pour le coiffeur.

Au surplus, les prix sont raisonnables. 20 euros la coupe à Strasbourg et 23 euros à Bruxelles. Surtout que les coiffeurs du Parlement ont des charges spéciales. En raison de l'insécurité. C'est-à-dire des vols. Ainsi, en 2005, à Strasbourg, le coiffeur du Parlement s'est fait voler. À 17 heures, il ferme. Les deux salons : femmes et hommes. Il enferme tout sous clef : les shampooings, les séchoirs, les rasoirs, les friseuses, les ciseaux aussi et les peignes et tout. Quand il revient le lendemain, des produits se sont évaporés et du matériel s'est volatilisé.

Alors qui ? Qui vole le coiffeur ? Les députés ? La sécurité, l'entretien ? Personne, évidemment. Dans le domaine politique, on a pu certes faire disparaître  des fonds spéciaux, des frégates à Taiwan, des tonnes d'aliments à la mairie de Paris, des fonds chez SOS Racisme, la MNEF ou  Carrefour du développement, ponctionner sur les marchés publics, avoir des emplois fictifs ou  faire encore des faux listings Clearstream, mais de là à voler des bouteilles de shampooing ? Non ! C'est une question d'honneur.

On vole peut-être depuis Mazarin, mais on vole haut. Sinon gros. On assèche peut-être les caisses, mais on ne touche pas aux séchoirs. Alors,  les vols chez le coiffeur de Strasbourg, ce ne peut être que la petite souris. Elle seule peut se montrer suffisamment habile  pour ne pas se  faire attraper par le service de sécurité et les deux agents spéciaux du Parlement européen chargés d'élucider précisément tous les vols et les questions « border lines » ...

La librairie supérette

 

Le libraire du Parlement européen à Bruxelles, en revanche, n'est pas volé. Il est vrai qu'il vend, à part des gaufres, des plantes vertes, des journaux, des peluches, des glaces Miko, des chocolats Godiva et des cartes, des livres de députés sur des sujets de peu d’intérêt  et dans toutes les langues. Alors, voler des études sur les groupes de pression, la politique méditerranéenne, la PAC ou la codécision au Parlement, serait curieux.

L'approvisionnement du libraire est d'ailleurs également  curieux. Ce sont les députés qui y déposent eux-mêmes leurs livres. Gratuitement. En dépôt-vente en quelque sorte. Après, théoriquement, ils repassent voir si le livre s'est vendu. Il y a eu ainsi un livre  de Nicole Fontaine,  de  Béatrice Patrie, dix ans députée, de  Enrique Baron Crespo  et de quelques autres. Comme ces députés auteurs  n'osent jamais repasser, la librairie du Parlement est la seule du monde où la marge du libraire n'est pas de 30 %, mais de 100 %. Il est vrai qu'il ne vient pas à l'idée de beaucoup de députés d'acheter un livre d'un autre député.)...

Il y a aussi, comme dans toute ville, une blanchisserie et un office de tourisme.

Combles, coins et recoins au Parlement

 

Chacun, enfant, a voulu et reçu de grands cônes en papier multicolore où l'ouverture déversait les objets les plus inattendus : voiturettes, soldat, mini poupée, bonbons, porte-clefs et autant de surprises. On appelait d'ailleurs chaque cône une  « surprise ».

Eh bien ! Le Parlement européen est lui aussi  une gigantesque surprise pour adulte. Au hasard des couloirs, on croise, à Bruxelles, au 3ème étage, la Constitution espagnole de 1978 exposée, enluminée et un peu oubliée, dans un écrin de verre, un fauteuil rouge incarnat où s'est assis un président d'Assemblée, dans une Belgique se créant au XIXème  siècle, avant de rencontrer, en descendant au rez-de-chaussée, par l'escalier, une tête de Jean Monet en bronze ; abandonnée là, seule, au pied d'un escalier où ne passe personne, avec pour seul ami, en face, un plâtre rond comme un Brancusi au musée Guggenheim à New York. C'est Paul-­Henri Spaak, ministre des affaires étrangères de la Belgique du fauteuil incarnat, secrétaire général de l'OTAN et père fondateur de cette curieuse Europe, née de mère inconnue mais fille d'une flopée de pères.

La biologie politique européenne est fantastique. On ne trouve pas au départ un spermatozoïde, mais une bonne dizaine de pères, de Schuman à Gasperi, de Churchill à Spinelli et de Spaak à Coudenhove-Kalergi. Sans oublier Hugo. Tous ces donneurs de côtes, d'où le Dieu des USA tira l'Ève européenne, au temps de la guerre froide, sont d'ailleurs tous éparpillés, en statues, dans les couloirs du Parlement européen.

Par exemple à Strasbourg, au rez-de-chaussée, sous des passerelles, on tombe par hasard nez à nez avec un Churchill Winston, grandeur nature, découpé en contre­plaqué, comme ces silhouettes sur les routes pour indiquer le nombre de morts. Avec un peu plus loin un dénommé Altiero Spinelli, lui aussi en contre-plaqué, avant de buter, au bout d’une passerelle du 4ème, sur  Victor Hugo posé sur une console, avec à sa droite un de ses manuscrits raturés.

Mais comme dans les maisons des grands-parents en Creuse, dans l'Oise ou en tous pays, c'est évidemment le grenier qui est la boîte à surprises. Plus que les recoins, ce sont les combles qui comblent.

De fait, au Parlement européen, on n'est pas déçu du voyage vers les hauteurs. C'est comme chez Dante. Plus on grimpe, plus on arrive au paradis... de la brocante.

Dans les combles, en effet, du Parlement européen à Bruxelles, il y a Simon Bolivar. En buste. Sur un piédestal. Il y a aussi une mappemonde en acier, à moins que ce ne soit un astrolabe

 

Commissions (Les)

 

Les députés sont ventilés en 20 commissions et 2 sous-commissions.

La plus grande des commissions par le nombre des membres, l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes et le statut seigneurial qu'ils s'inventent, reste la commission des affaires étrangères, avec 86 titulaires. La plus petite est celle des affaires juridiques avec 28 membres. 

Chaque député siège à deux commissions, par exemple l'agriculture et la budgétaire. Ce qui est difficile parce que leurs séances se tiennent souvent le même jour et à la même heure. 

Les commissions se réunissent une semaine par mois à Bruxelles, appelée « la semaine des commissions ». Exceptionnellement, la semaine de la session à Strasbourg, elles peuvent se réunir le lundi à 19 heures. C'est vrai surtout en septembre et octobre pour la commission des budgets, appelée « la budgétaire ». 

La semaine des commissions a lieu du lundi, à partir de 15 heures, au jeudi 18 heures. Mais il peut y avoir une séance le vendredi. 

Pour une même commission, les réunions mensuelles normales sont de deux demi-journées, de 15h à 18h, et le lendemain de 9 h à 12 h. Il peut y avoir une 3ème demi-journée. Surtout pour la commission du budget, à l'automne, en période de discussion budgétaire. Là, il peut même y avoir session de nuit. 

Huis clos

 

Les réunions sont publiques. Mais il peut y avoir un huis clos. C'est d'ailleurs toujours le cas le premier jour de la réunion, de 9 h à 9 h 30 ou de 18 h à 18 h 30, plage de temps où se réunissent les « coordinateurs ». Le terme désigne les « capitaines » de chaque équipe politique. C'est-à-dire le député qui coordonne le travail de son groupe dans la commission considérée. Il y a autant de coordinateurs que de groupes politiques.

Ce sont eux qui fixent, avec le président de la commission, l'agenda des réunions et les questions à traiter. Ils fixent aussi la liste des experts à auditionner. Surtout, à partir d'un système de « points » ou de « miles », comme on dirait à Air France ou à Géant Casino, les coordinateurs attribuent les rapports aux groupes.

Avec le président de la commission, le secrétaire permanent et deux fonctionnaires de séance, les coordinateurs sont la cheville ouvrière. Les hommes forts des commissions sont toutefois moins le président que les « anciens ». Le président ne reste en effet que 2,5 années alors que « l’ancien » peut rester vingt ans. Ce qui lui donne un ascendant technique. Ainsi, à la commission de l'agriculture, le Néerlandais J. Mulder,  l'Allemand Graefe Zu Barindorf ou quelques autres, nous avions pu  siéger vingt ans. En piliers.

La salle des réunions est divisée en trois tiers. La portion à gauche du président est occupée par les assistants. La portion centrale est réservée aux députés titulaires et suppléants. La 3ème portion, à droite du président, est réservée aux membres de la Commission, une douzaine par commission, et aux représentants du Conseil des ministres très rares. Juste un par séance.

Les commissions fonctionnent dans une atmosphère de complicité technique entre experts. L’utilisation des prénoms est très fréquente. Le travail est intensif avec, sur deux jours, une vingtaine de questions et rapports à traiter en 6 ou 7 heures.

En septembre 2008, à la commission de l'environnement, du lundi au mercredi, en 14 heures, les membres ont dû connaître de 1 700 pages ventilées en 9 volumes pour traiter 20 questions, de la chasse à la baleine à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Chaque commission remplit 5 fonctions : auditions, discussions, rédactions, votes et délégations.

Les auditions sont de trois types : 

- Chaque six mois, la commission auditionne deux fois le ministre de la présidence considérée. Au début de la présidence et à sa fin.

- Plusieurs fois par an, la commission reçoit le commissaire européen correspondant à son secteur de compétence.

- Enfin, les commissions auditionnent les professionnels, syndicats, organisations et experts. Ils siègent à l'arrière des députés et exposent leurs problèmes. Par exemple, à la commission agricole, le sucre, le vin, les fruits et légumes, l'élevage ...

Les commissions, sur chaque rapport, consacrent des discussions de 2 à 3 minutes par intervenants, en commençant par les coordinateurs des groupes. 

Sur chaque rapport, il y à vote des amendements. Ce qui est un travail énorme. Surtout à la commission des budgets, avec jusqu'à 1 400 amendements sur un budget. Mais les commissions, selon les rapports, sur la chimie (reach) ou la viticulture, peuvent avoir à connaître 500 amendements.

Les commissions désignent aussi un rapporteur par sujet. Depuis 2007, s'est instituée aussi la pratique du Co-rapporteur. C'est une bataille entre les groupes et au sein d'un même groupe pour être désigné rapporteur et shadow rapporteur.

Enfin, les commissions envoient des délégations. Par exemple, la commission des libertés, le 19 septembre 2005, a envoyé une délégation de douze membres à Lampedusa pour visiter le centre de détention temporaire de l'île, au sud de la Sicile, point de transit pour les personnes qui arrivent des côtes africaines en Italie.

La commission de l'agriculture, elle, peut envoyer un groupe de ses membres enquêter sur les élevages brésiliens, les abattoirs et les pratiques de « dopage » des bovins. 

Commission d'enquêtes : de la vache folle au Glyphosate.

 

À côté de ces commissions permanentes, composées de 28 à 86 députés, avec un président et quatre vice-présidents, il y a des commissions d’enquêtes et des commissions spéciales, dans les deux cas temporaires.

Les commissions d’enquête surgissent à l'occasion d'un événement grave Le plus marquant a été celui de l’affaire dite de « la vache folle », plus grand scandale sanitaire de l’histoire. Les bovins  anglais ayant consommé, à l’époque de madame Thatcher, des farines faites de multiples carcasses d’abattoirs concassées, mais aussi  de restes de cadavres d’hindous   brûlés au bord du Gange et importés en Grande Bretagne, un agent neuro pathogène, de la famille de ceux en action dans le Creusfeldt-Jakob ou les maladies neuro dégénératives, s’était  transmis à de jeunes consommateurs de viandes de ces bovins  rendus anthropophages.

 La révélation officielle, le 26 mars 1996, que l'agent de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) avait sauté de la vache à l'homme, après des années de silence de la Commission européenne qui pourtant ne pouvait pas ne pas savoir la réalité du danger,  a déclenché une commission d'enquête au Parlement européen. 

Présidée par l'agriculteur allemand Böge, avec pour rapporteur l'universitaire socialiste espagnol Medina Ortega, elle avait été chargée de canaliser, dans un premier temps, l'émotion de l'opinion publique et, dans un deuxième temps, d'enliser  la vérité. À savoir que depuis 1990 la Commission européenne connaissait le risque de contamination. 

D’autres commissions d’enquête ont suivi sur l'espionnage américain en Europe avec le réseau Échelon, la génétique humaine,  le régime de transit communautaire en 1996  ou, en février 2016, sur la mesure des émissions de gaz dans le secteur de l'automobile, à la suite du scandale  concernant plusieurs constructeurs automobiles allemands ayant falsifié  des résultats de tests de conformité des véhicules aux normes d’émissions en gaz et particules polluantes.

Il y a aussi des commissions dites spéciales sur un sujet d’actualité. Par exemple en 2017, présidée par l’euro députée française Nathalie Griedeck, une commission spéciale a travaillé sur le terrorisme.

Auparavant, en   février  2015, devant  l’indignation  suscitée  par les révélations de la presse  sur les  430  contrats secrets, appelés « tax rulings » et en français « rescrits »,  signés  par l’administration fiscale luxembourgeoise avec les multinationales,  pour leur permettre de localiser   leurs bénéfices au Luxembourg  avec une fiscalité  dérisoire, une commission spéciale temporaire sur ces pratiques fiscales en Europe avait été créée sous présidence française  d’ Alain Lamassoure, ancien ministre du budget en 1993 .

Chargée d’étudier, avec ses 45 membres, ces pratiques d’évasion fiscale  massive , connues sous le nom de Luxleaks, et  organisées par un Etat fiscalement  voyou occasionnant une hémorragie de   recettes fiscales  aux Etats voisins , dont la France, la commission spéciale a montré , dans son rapport final de novembre 2016,  la complicité des autres Etats peu pressés, au delà des discours  de leurs dirigeants  sur la  nécessaire  lutte contre la fraude , d’en découdre avec  les multinationales, souvent américaines.

La révélation d’une nouvelle évasion fiscale planétaire, organisée depuis le Panama, a fait reconstituer en 2016 la commission spéciale  sous le nom cette fois de « Tax  2 ».https://fr.wikipedia.org/wiki/Commissions_du_Parlement_europ%C3%A9en - cite_note-2

 Mais pour l’opinion publique, plus de vingt ans après la commission d’enquête sur la vache folle, c’est la commission de 2018, sur les pesticides, qui a attiré l’attention.

En 2017, aux Etats- Unis  les documents de Monsanto , concernant les risques cancérigènes de son pesticide  le Glyphosate , incorporé à son  herbicide  phare Rondup, fuitaient . Eclatait  alors l’affaire dite des « Monsanto Papers». Aussi en  2018, lors de  la ré-autorisation  pour cinq ans de ce  pesticide par la Commission européenne et le Conseil des ministres, le Parlement européen, devant tant de soupçons de l’opinion publique, décida la constitution d’une commission d’enquête.

 Installée le 8 février avec 30 membres, cette commission « PEST » avait été chargée d’"analyser et d’évaluer les éventuels conflits d'intérêts à tous les niveaux de la procédure" d’autorisation du controversé pesticide. Pendant ses neuf mois de travaux, avec des auditions de témoins et experts, parfois à huis clos, afin de respecter la confidentialité de documents, y compris des études scientifiques, cette commission a évalué la procédure d'autorisation des pesticides dans l'Union européenne, son indépendance par rapport à l'industrie et la transparence du processus décisionnel.

Remis en septembre 2018 et adopté le 6 décembre, le rapport de cette commission a vu le jour en dépit  de  semaines d’offensives et de de  guérillas  menées  par les  plus grands lobbys bruxellois

Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres : « Les  députés hommes  devenus obsolètes ? »

 

C’est une invention française. Yvette Roudy député européenne en 1979 l’avait suggérée à la présidente Simone Veil qui l’avait acceptée. Entérinant ainsi un modèle d’audace politique. Parce que même aujourd’hui, il n’y aurait pas un seul homme député pour oser penser une commission sur l’égalité « des droits de l'homme » et pourtant elle aurait de quoi s’occuper. Avec notamment moins de 20 % d’élèves hommes à l’école de la magistrature, 12 % seulement de pères qui obtiennent  la garde de l’enfant dans un divorce, 18 % seulement d’hommes professeurs à l’école, où le programme PISA de l’ OCDE montre d’ailleurs que dans tous les pays industrialisés 24, 4 % des garçons n’ont pas de compréhension de l’écrit ,contre  15, 5 % pour les filles et pour tout couronner 6 ans de moins d’espérance de vie, sans que jamais un gender budgeting ne corrige cette invraisemblable inégalité par 6 ans de moins de fiscalité pour financer des services publics dont les hommes ont 6 ans de moins à en profiter.

Quarante ans après sa création, avec plus de 78 % de femmes dans sa composition, et toujours présidée par une socialiste, cette fois lituanienne, Vilija Blinkeviciute, « la commission FEMM » est la plus activiste des 22 commissions de l’institution. En 2018 elle comptait 37 membres dont 8 hommes (alors que de 2004 à 2009 il n’y en a eu qu’un seul, le footballeur Giovanni Rivera), sur un total de 273 femmes élues au Parlement européen en 2014, dont 32 députées françaises. Soit le contingent féminin le plus important des pays qui possèdent le plus grand nombre de représentants. L’Allemagne a certes 35 députées, mais sur 96, soit 36,5 % de ses représentants, contre 43, 2 % pour la France.

Ce n’est pas encore 50 %, mais ça monte. 68 femmes en 1979, 257 en 2009, 271 en 2018, c’est presque comme la loi de Moore en informatique, où la puissance sur une puce de silicium doublerait tous les deux ans. Là au Parlement, en 40 ans, c’est par quatre que les femmes ont multiplié leur présence et leur puissance politique. Grâce notamment à la commission qui leur est réservée comme centre de commandement de leur expansion méthodique.

Evidemment, si Livie qui s’était fait épouser par Auguste, avant d’éliminer sa belle fille Julie et ses trois enfants, pour laisser le champ libre à son fils Tibère, arrivait à la Commission de la femme  avec sa petite fille Agrippine, la mère de Néron, accompagnées de leur cortège de crimes,  de Messaline jusqu’à  l’empoisonnement de l’empereur Claude, elles trouveraient un peu « gentillet» les ordres du jour sur l’interdiction des mariages pour les moins de 18 ans, les femmes et leurs rôles dans les zones rurales, l’autonomisation économique des femmes dans les médias, l’écart de retraite entre les hommes et les femmes, la justice climatique, ou le congé pour les aidant

On n’a pas encore retrouvé le statut des femmes politiques du 1er siècle de Rome, puisque les députées de la commission de l’égalité des genres n’ont pas encore de portiques en leur nom, comme Livie et Octavie en avaient, même si Astrid Lulling, la députée aux quarante années de mandat, a déjà le plus confortable des bars du Parlement à son nom .

Mais pour autant, la commission des droits de la femme n’est plus celle du féminisme bon enfant d’Antoinette Fouque, sa vice-présidente de 1994 à 1999, élue députée de Bernard Tapie, et dissertant sur psychanalyse et politique plus les variantes de la mystérieuse « libido creandi ». Cette commission là est finie. On n’est plus aux temps des livres Simone de Beauvoir, mais des analyses sur le partage des marchés, des budgets et de la fiscalité. Parce qu’il y a un « gender budgeting », un « gender fiscal » et un gender de tout ce qui peut se partager. Le féminisme aux bonnes couleurs de la France giscardienne du planning familial, du MLF, de Gisèle Halimi et des manifestants du procès de Bobigny, c’est du passé.

À la commission des droits de la femme, on est devenu sérieux comme chez les banquiers. Parce que la vraie finalité c’est les parts de marché dans la société. Le génésique ne doit pas faire oublier que le combat est économique

Certes, il y a des rapports de la commission FEMM, pour ses combats classiques. Par exemple, en 2007, un rapport d'une députée espagnole, dans la grande tradition de la modération du pays de Sainte Thérèse d'Avila, proposait d'éradiquer le "féminicide". C'est-à-dire "un acte ou un comportement lié à la condition féminine qui cause la mort, des torts ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychiques à la femme, aussi bien dans sa vie publique que dans sa vie privée". L'exemple étant l'Amérique centrale et le Mexique des meurtres massifs et à répétition des femmes.

Mais cette commission est le relais parlementaire du lobby européen des femmes (le LEF), comme un parti féministe serait la vitrine politique de la nation féminine. Dans cette fonction-là, de parti féministe vitrine politique d’un puissant groupe d’intérêts, dont il faudrait bien un jour éclairer ses bases sociales, la commission a réussi à s’imposer en conscience du Parlement. Dont personne n’oserait enfreindre ses commandements, dont celui du « Gender mainstreaming ».

Traduit en français par " l'approche intégrée de l'égalité des femmes et des hommes' », c'est la doctrine stratégique de la commission. Elle part d'un constat que la députée socialiste allemande Lissy Gröner faisait le 26 février 2003, dans un rapport. À savoir qu'en 2003 il n'y avait que 4 femmes présidentes de commission pour 17 postes à l'époque, 9 femmes présidentes de délégation sur 35 postes ou une seule femme présidente de groupe politique sur 7 postes, avec chauffeur et voiture. Depuis les choses ont changé avec 12 femmes présidentes de délégations, dont Michèle Alliot Marie dirigeant en 2018 la délégation pour la péninsule arabique et 12 commissions présidées par des femmes, dont deux françaises, la Verte Karima Delli  pour la commission des transports et Nathalie Griesbeck, présidente, de la Commission spéciale sur le terrorisme,

Le gender mainstreaming, comme en d’autres lieux les luttes de libération nationale, se ramène alors à une revendication  souvent prosaïque : " Partager les places".

Il ne s'agit donc pas de "social mainstreaming" demandant l'égalité des chances entre l'ouvrière et la banquière, les caissières et la présidence du Medef. Non !

Où irait-on d’ailleurs si on constatait qu'au Parlement européen il y a zéro ouvrière députée, zéro femme de ménage élue et zéro chômeuse pour aller pointer à la caisse des députés ? C’est d’ailleurs la même chose chez les hommes ?

Le constat d'une telle égalité sexuelle, mais cette fois dans la discrimination sociale, n’irait pas dans les sens qui s’est imposé. La Commission des droits de la femme n’est pas chargée, il ne faut pas s’y tromper, de faire la révolution sociale. Pas plus que les commissions du budget ou de l’économie, ne se chargent d’une révolution fiscale pour l’Europe, qu’elles pourraient pourtant enclencher en refusant de voter chaque année le budget, tant que l’imposition européenne des Google et autres Gafami ne seraient pas décidé par les 28 pays du Conseil des ministres des finances

La trouvaille du "gender mainstreaming" a été faite sans doute à Pékin, au dernier pays géant de la lutte des classes, en en 1995, lors de la 4ème conférence des Nations Unies sur les femmes. Pour autant, la commission FEMM du Parlement qui utilise le concept n’en fait pas un brûlot social. Sinon Arlette Laguiller, lorsqu’elle a été députée européenne y serait allée travailler. Le combat de la Commission c’est pour le partage du marché, des postes, des responsabilités et des salaires versées. On est moins chez Virginie Despentes, que chez Milton Friedman, sous des fumigènes de sexualité. Ce qui explique beaucoup de l’âpreté de ce combat et des méthodes utilisées

Par exemple, au sein du Parlement, la commission FEMM a réussi à monter deux réseaux.

D’abord le réseau des présidents et Vice-présidents chargés de l'intégration dans les différentes politiques des questions d'égalité entre les hommes et les femmes. Il réunit les députés favorables à l'intégration de la dimension d'égalité dans les travaux de leurs commissions respectives.

Ensuite, la commission a suscité la création d’un réseau d'administrateurs au sein des secrétariats de chaque commission et la mise en place de groupe de haut niveau sur l'égalité des genres et la diversité, pour instiller ses thèmes jusqu’au niveau du personnel du Parlement européen et des groupes politiques.

C’est toute une toile, enserrant le Parlement et ses agents, que les députées de la commission FEMM ont mis en place pour la conquête du plus grand nombre de places.

Ce qui donne d’ailleurs des regrets et des idées. Si en effet ce travail en profondeur et cette énergie mobilisée, pour gagner des députés et des fonctionnaires, à la cause du partage des postes et de leur rémunération, avait été coordonnée aussi en parallèle par la commission du budget, pour imposer l’idée de la nécessaire imposition européenne des multinationales géantes californiennes du numérique, au nom de « l’égalité des chances » pour nos entreprises, l’Europe, serait comme ses députées femmes proches du succès. C’est à dire de la fin de l’hémorragie des milliards d’euros de recettes provoquée par l’évasion massive fiscale des Google, Amazon et autres GAFAMI .

Voir : Google

 

Concours de recrutements... « en  famille ».

Je ne vais pas dire que les concours de recrutement, par exemple des assistants contractuels des groupes, sont « spéciaux  », puisque c’est un secret de polichinelle. Les trois  ou quatre domaines  des questions sont fournis au candidat désiré, une semaine à l’avance. En plus, sur trois membres du jury deux ont été « évangélisés » en amont, pour voter comme il se doit,  et le haut fonctionnaire de la direction du personnel, 3ème membre, est automatiquement en minorité. D’emblée toutefois  il  le sait.

Un français formé au concours nationaux de la République peut s’en étonner. Mais outre le fait que c’est aussi la pratique de « droit commun » pour les recrutements de la fonction publique communale et régionale, depuis que la France a adopté en 1982 la décentralisation, institution qui partout où elle est appliquée, avec en Espagne le sommet, conduit au  « copinage » sinon à la corruption, c’est à tout prendre bien humain et bien familial.

En effet, dans tous les concours de recrutement au Parlement européen, il y a souvent deux  ou trois  candidats anciens ou actuels de la Commission européenne et systématiquement ils sont « recalés ». Tout simplement parce que le Parlement a le sens de la famille... parlementaire. Et la Commission européenne n’en fait pas partie. Chacun chez soi alors, et non seulement les vaches européennes seront bien gardées, mais les agents recrutés seront bien « fait maison».

Ceci étant, une fois recruté, même dans des conditions très spéciales, le nouvel arrivé se voit appliquer « le statut des fonctionnaires et le régime applicable aux autres agents de la Communauté ». C’est un règlement n° 31 du 14 juin 1962, modifié par 134 autres règlements étalés du 26 février 1963  au 17 décembre 2013 et rectifiés par 15 autres textes, qui porte ce statut. Au total, il s’agit de  101 articles qui s’appliquent, sans compter les bis, ter ou sexies, numérotés comme dans le code français des impôts,  pour tout régler. Avec même  un article 61 pour les jours fériés et un autre article, 54, pour l’honorariat. Parce qu’on peut être eurocrate honoraire.

Le souci de tout prévoir dans le détail conduit à en faire beaucoup , à force de vouloir trop bien faire, de peur d’être accusé de ne pas en avoir fait assez. L’article 1 er  quinquies est à cet égard révélateur de la peur qui s’est infiltrée dans la   maison. Il est consacré à interdire « toute discrimination », en donnant quelques exemples. On s’atttendrait à voir les discriminations classiques  fondées sur le sexe, l’origine sociale ou la religion. Mais c’est une avalanche de 16 cas et encore à seul titre indicatif.

Le premier  va de soit : pas de discrimination « fondée sur le sexe ». Suit dans la foulée la discrimination « fondée sur la race». Bien qu’en France,  depuis  2018,  on trouve cette référence, s’ajoutent les discriminations fondées sur  «la couleur, les origines ethniques... » et « les caractéristiques génétiques » aussi.

On voit bien les redondances, et à travers elles les peurs larvées  dont on essai de se protéger par ces précautions multiples. Car lorsque  sont interdites les discriminations « fondées sur la naissance » que dit on  de différent par rapport aux   discriminations fondées « sur l’origine sociale »,  « sur la fortune  » ou sur toutes les autres caractéristiques,  déjà visées, chromatiques ou génétiques,  incluses dans la naissance ?

Le sommet dans l’emberlificoté, à force de vouloir se protéger, est dans la garantie offerte par le statut que « toute discrimination fondée sur la langue  est interdite.»

Voilà un fonctionnaire  français ou espagnol, après  avoir  été obligé de passer le concours de recrutement  dans une seule et unique langue imposée, l’anglais,  qui  voit l’article 1er quinquies de son statut lui assurer,   sans broncher, que la discrimination  linguistique est interdite.

C’est un des grands apports de l’anglais à l’Europe: l’humour.

 

Couloirs du Parlement (Les)

 

Le Parlement européen, c'est comme l'histoire. C'est plein de couloirs. Et il faudra bien qu'un jour quelqu'un écrive l'histoire du couloir. Après tout, on a bien écrit «l’histoire du fil de fer barbelé », alors pourquoi pas celle du couloir ?

Du couloir de Dantzig aux couloirs de la mort des pénitenciers américains, en passant par les couloirs d'avalanche et les bruits de couloir, le couloir ça finit souvent mal.

D'ailleurs, les couloirs que les uns et les autres on connaît, on n'a pas envie de s'y promener : qu'ils soient couloir des hôpitaux ou couloir des centres des impôts, à part les enfants qui savent les pratiquer en y courant, les adultes, on n'aime pas vraiment les couloirs.

Au Parlement européen, c'est différent. Encore qu'il faille distinguer entre le couloir alsacien et le couloir belge

Le couloir alsacien : un cauchemar

 

Le couloir alsacien est celui du Parlement européen à Strasbourg. C'est une horreur.

Excepté le couloir du 2ème étage qui mène à la caisse des députés, où chaque élu, comme à la Sécurité Sociale, va se faire rembourser ses frais de voyage, tous les autres couloirs qui s'enroulent en boa sur onze étages, plus ceux qui s'enroulent en python dans un autre bâtiment, sont le résumé et l'illustration de ce qu'est la bureaucratie, l'enfermement, l'encasernement. Bref, l'Europe des règlements.

Ces couloirs, en effet, sont circulaires, étroits et, en plus, hélicoïdaux, à double hélice. C'est-à-dire qu'ils s'enroulent sur eux­ mêmes comme un colimaçon avec des cloisons bleues et des cloisons rouges qui dédoublent le couloir ajoutant à l'horreur. Un député, dans un couloir du Parlement de Strasbourg, c'est un égaré dans ces galeries des glaces que l'on trouve dans les foires. Ingrid Betancourt pourra être tout, sauf député européen. Le couloir lui rappellerait trop les labyrinthes verts de sa captivité.

Chercher le bureau d'un député, dans ces anneaux circulaires, c'est comme être jeté, dans le temple de Cnossos en Crête, au fond du labyrinthe construit par l'architecte Dédale. Il faut des mois de pratique pour s'y retrouver. Et encore, en montant d'un étage à l'autre avec l'ascenseur. Car un député qui s'aventurerait dans un jeu d'escalier, sans indication d'étage, avec des portes multiples, pourrait disparaître.

La cantine dans le couloir

 

En cas de panne d'électricité, ce pourrait même être un désastre. Ces couloirs, en effet, permettant à peine à deux députés de se croiser, sont encombrés, chaque quatre mètres, de grandes cantines.  Sous  éclairage, la marche en couloir est déjà un slalom géant de porte en porte.

Sans éclairage, ce serait des dizaines de chutes sur cantines et des carambolages monstres. Alors, en cas d'incendie,....

Et encore, il s'agit des couloirs du Parlement bâtiment dit Louise Weiss ou encore IPE IV, pour immeuble n° 4 du Parlement, rive gauche d'un fleuve appelé l’Ill. Parce qu'il y a, rive droite, un bâtiment dit Salvador de Madariaga, en « colocation » entre le Conseil de l'Europe et le Parlement européen.

Alors là, pour aller à un rendez-vous, il faut prendre une marge de sécurité d'une heure. Tant, dans ces couloirs en anneaux, avec une signalisation insuffisante, il est naturel de s'égarer. Sans un seul huissier pour indiquer le chemin.

C'est que le couloir alsacien s'emboîte avec des passerelles et tient d'un boyau de tunnel séparé dans le sens de la longueur par une cloison qui dédouble le parcours. D'où des dizaines de bifurcations, des niveaux qui transforment le Parlement en réseau de galeries de métro ou de grottes de Rocamadour.

Le couloir belge : une balade

 

Sorti de Strasbourg, avec ses couloirs nord, sud, rouge, bleu, L. Weiss et Salvador de Madariaga, le couloir belge, c'est autre chose. D'abord, c'est large, un couloir du Parlement européen à Bruxelles. À l'étage 3, c'est même large comme une autoroute. Mais surtout, ce n'est pas circulaire. On ne tourne plus en rond.

C'est même divertissant. On peut passer de couloir en passerelle et de bâtiment en bâtiment. On ne sait pas où on est, mais au moins, à la différence de Strasbourg, on ne tourne pas en rond. En plus, le couloir belge, couloir sans fin, semble tenir  des galeries dans les grottes de Niaux en Ariège. Certes, on ne voit pas des bouquetins ou des bisons sur les murs. Mais on voit des affiches. Les couloirs desservent, en effet, les bureaux des députés, des fonctionnaires qui, prenant l'habitude de scotcher des affiches 60 par 80 devant leur bureau, transforment les couloirs en exposition sauvage sur l'Afrique, ou l'Amérique latine, les enfants des steppes ou les bisons migrants

A Strasbourg, dans le vieux bâtiment du Conseil de l'Europe, en allant vers un restaurant caché, joliment appelé Salon bleu, le couloir est aussi un ravissement d'exposition de peintures. Même à acheter. À 3 000 euros, on a le tableau 4 m2. C'est le couloir des affaires.

Autrement dit, la signalisation belge est surtout supérieure à celle du Parlement à Strasbourg : Elle permet de revenir après la balade.

 

Courriels des députés (Les)

 

Le courriel, c'est la boîte aux lettres électronique du député. Avec une centaine de messages chaque jour s'affichant sur la 2ème colonne de l'écran. L'écran « Courriel », « Email », au Parlement européen, est en effet divisé en trois colonnes. La colonne 2, appelée « Inbox », contient la liste des messages arrivés « Today », « Yesterday », classés par heures et minutes. En cliquant sur un message, il s'affiche en grand sur la colonne 3. Avec les documents. Là, il y a du sérieux et du futile.

Mais il y a aussi du curieux. Du spécial. C'est à la colonne 1 de l'écran, appelée « Mail ». Dans cette colonne figure une rubrique Spam. C'est au courrier ce que les fonds spéculatifs, les subprimes ou les « bons pourris » sont à la finance. Si l'on clique sur un des 200 spams, arrivent trois types de messages avec photos.

D'abord, des montres à vendre, Rolex, Cartier, Bréguet, Hermés, etc... Ensuite, des formations mirobolantes à des professions enviables . Enfin le Viagra. Du Canada, des USA, pour « max gentleman », 100 % avec de l'herbe, 100 % satisfait, avec photo avant et après, garanti permanent. C'est du développement durable. À tous les prix, de 1,2 dollar le « pill » ou pilule pour le Sidenafil à 3,75 dollars pièce pour le Tadalafil. Il y en a aussi à 300 dollars les 12. Là, c'est la Rolls.

Il  y a aussi des produits pour l'asthme, l'herpès, le Parkinson et tout.

Sorti de cette colonne 1, un peu gogo, un peu porno, il y a les vrais messages. Sur la colonne 2. Dans la « Inbox », Qu'est-ce qu'il y a dans ces courriels ? On reçoit quoi ?

Voici un extrait des Emails reçus le 29 mai et le 30 mai 2006 par les députés européens à leur adresse électronique. Jugez de l'utilité d'être « branché » :

1er mail, 30 mai, 10 h 13 : Becsey assistante invite en l'église du Saint Sacrement, 250 chaussée de Wavre à 1050 Bruxelles, le mercredi 31 mai 2006, à 8 h, à la messe présidée par Mgr André Dupuy, nonce apostolique auprès des communautés européennes. La messe sera suivie d'un petit déjeuner.

2ème mail, 30 mai, 1 0 h 24 : Alfred Gomolka, assistant, informe : lave-vaisselle Bauknecht à vendre pour cause de déménagement. Modèle GSF 7497 de 2003. Parfait état.

Concerts, casseroles, meublés, TV, expos, tickets.

 

À 18h09, Jimenez-Aybar Rafael avertit qu'il a, pour le 5 juin, une place Londres-Bruxelles, à 40 €, départ de la gare London Waterloo à 19h13.

À 18h48, Stevenson Struan invite au départ du « Vodka challenge ».

Juste avant, à 18h20, l'assistant Jan Brezina vend 4 tickets pour le concert de Rabbie William's le 13 juin à Bruxelles.

Plus grave, à 17h42, Vernola Marcello cherchait une voiture pour déménager le lendemain. Edith Mastenbroeck avait invité, à 14h53, à une soirée dansante pour le 4 juin avec Olivier comme Dj. Mais l'entrée était à 3.

À 14h33, Robert Kostro louait son duplex pour le 1er août à 1 050 € le mois mais avec trois grands lits et un living de 40 m² À 13h44, ça tombait bien, puisque lnese Vaidere vendait sa télé pour 238 €. La photo de la télé était fournie.

Avant, à 13h24, le député espagnol Daniel Varela avait invité à voir l'expo de 25 tableaux du peintre Antonio Murado. Avec dégustation de vins galiciens.

À 9h01, Gisela Kallenbach louait une pièce, 250 €, avec des casseroles, un WC avec lavabo et la machine à laver à la cave. Mais à 5 minutes à pied du Parlement. Le député, Luca Romagnoli, proposait à 1 000 euros un 102 m², avec toutes les photos. Y compris des toilettes, pour montrer la séparation avec la salle de bains.

Après une invitation à un festival de Pinkpop, à 11h36, on pouvait tout de même aller à une conférence sur le thème « l'Union européenne et les pays arabes », après une invitation à 8h55 en français pour une conférence en français par un Français, Pascal Boniface ...lui-même.

Mais à part cela, le mail, c'est à la vitesse du son des infos et des questions qui en disent long sur les préoccupations des députés et leur dimension. Par exemple Bernard Poignant, maire de Quimper, qui deviendra en 2012 l’oreille du président Hollande, demandait depuis Strasbourg, le 14 janvier 2009 : « Quelqu'un serait-il intéressé par des billets de train pour se rendre à Bruxelles demain à 87 euros ? » ...

Quand les députés du continent européen en sont là, on comprend que ce soit les dirigeants  chinois  qui bâtissent ,eux , la route de la soie.

Cours de langues et d’informatique (les)

 

Jusqu’aux années 90, les députés avaient droit à des cours individuels de langues. Toute l’année à Bruxelles et Strasbourg et pendant les vacances avec un séjour si j’ose dire « à l’étranger ». Depuis on a rajouté des cours d’informatique. Parce qu’on n’imagine pas ce qu’était le Parlement européen des origines, à l’époque où Simone Veil le présidait. Il n’avait même pas un bâtiment à lui.

A Strasbourg le Parlement squattait l’hémicycle en bois du Conseil de l’Europe. Il n’y avait même pas de machine à écrire dans les minuscules bureaux des députés. Lorsque je débarque pour la première fois en septembre 1989, à force de recherches et de mendicité auprès des agents, on découvre, pour m’être agréable, une vieille machine à écrire historique Japy, où en tapant sur une lettre du clavier on déclenchait un bras qui se soulevait avec la lettre au bout qui allait frapper sur un ruban encré. Sauf évidemment que depuis des années l’encre s’était séchée et que les rubans n’existaient plus.

Imaginer alors qu’il puisse y avoir un ordinateur, à l’époque de marque Amstrad, était impensable. Dès lors on ne pouvait pas penser non plus des cours d’informatique.

Depuis évidemment la révolution numérique est passée par là, et à partir de 2009 des cours d’informatique pour les députés se sont rajoutés. Le budget du Parlement revoit ainsi chaque année un crédit de 600 000 euros pour les cours de langue et d’informatique. Ce qui est bien peu réparti sur 751 députés.