Européenne 2019

Les gilets jaunes 2019

B

Badges, bips et clés

 

Il y en a de toutes les couleurs. Des blancs, des rouges, des bleus, des marrons, des foncés, des clairs. Plus de dix sortes de badges. Grands comme des cartes de crédit. Portés au cou, comme un remonte-pente au ski. Il y en a pour les visiteurs d'un jour. Blanc sans photo. Pour les visiteurs de la semaine. Les assistants. Les députés. Les fonctionnaires. Les lobbyistes.

Chaque badge a une puce qui permet, grâce aux capteurs dans les ascenseurs, les portiques, etc., de suivre à la trace le député, l'assistant, le fonctionnaire.... En gardant en mémoire ses trajets. Ses visites. Bien avant les ovins, les députés, fonctionnaires et collaborateurs sont ainsi sous surveillance électronique. Mieux que les OGM, il y a une traçabilité parfaite de tous les acteurs du Parlement européen.

Il y a d'ailleurs la révolte des badges. De plus en plus de députés refusent d'être badgés. C'est comme pour les casinos. C'est aux agents de sécurité d'être « visagistes ». De reconnaître les interdits de jeux parlementaires et les vrais députés.

Le badge n'est vraiment utile que dans les conférences internationales, les sommets parlementaires de l'OMC, de la Méditerranée, de l'Amérique latine.

Là, il y a plus de 15 badges différents. Avec des innovations fantastiques. Quand le badge passe le portique, sa photo s'affiche sur un écran géant et la sécurité n'a plus qu'à comparer la tête originale et la tête sur l'écran

Le bip d’avant le SMS.

 Le badge, c'est pour reconnaître. C'est la patte blanche montrée qui fait que « la bobinette de la porte cherra ». Mais pour entendre, pour appeler, il y a le bip ou il y a eu. C'était  un boîtier dont se munissaient surtout assistants et assistantes. Ainsi, on pouvait  les biper partout. Le bureau pour les joindre dans tous les couloirs, toutes les réunions. C'était  le portable avant la lettre. Le fil à la patte. 

Comme dans les entreprises de camionneurs, les portables sont munis d'un mouchard pour suivre le chauffeur sur les routes, le bip, c'est le cordon ombilical « député – assistant ».  Cependant  comme le fax, les cassettes de magnétoscopes et le minitel de Jurassique Electronix parc, le bip est tombé avec le SMS.

 

Les clefs du Parlement européen

Comment ouvrir une porte de député ? Au Parlement européen, à Bruxelles, chaque bureau de député a deux portes : une pour l'assistant et l’autre pour le député.

En début de législature, le député se rend  à un service, au rez-de-chaussée, chercher les deux clefs, une pour lui, l'autre pour le collaborateur. S'il perd la clef, là, c'est immédiatement le retour de l'empire soviétique, de l'empire Inca et de Kafka.  En voici l’illustration :

11 heures. Le député va au bureau clefs où officient deux ou trois Saint Pierre. Il dit qu'il veut un double. Et la procédure commence. Saint Pierre est étonné. Il téléphone à un Saint Pierre supérieur qui ne sait pas trop. À tout hasard, il remplit un papier. Il peut donner un PV de police pour déclaration de vol. On ne sait jamais. Ça fait bien dans le dossier. Le prix de 5 euros la clef circule. 

11 h 20 : Il demande une facture pour les 5 euros. Là, une facture n'est pas prévue au règlement. Que faire ? On renonce aux 5 euros, en attendant que la facture soit mise à l'étude.

Oui ! Mais la clef ? Ah ! Oui ! La clef ! Bon sang ! La clef... ! La clef... Voyons. Ah ! Saint Pierre va voir s'il y en a une. Avec cette histoire de facture, on oublierait la clef.

11 h 30 : Quel bureau ? Quel étage ? Quel bâtiment ? Ben! Oui. Pour avoir une clef vaut mieux connaitre la bonne porte parmi les 5 000 portes. 

Bon ! Au juste, il faut quoi ? Une clef ou changer la serrure ? Bon ! La clef ... Ah ...

11 h 40 : Et si un agent de la sécurité ouvrait la porte ?

- Oui, mais demain, s'il n'y a pas de clef, il faudra encore mobiliser un agent ...

- Évidemment.

Attendons. Saint Pierre va voir dans les armoires s'il  y a des clefs.

12 h 00 : Bon ! Voilà une clef... C'est la seule. Et en plus  il n’y a pas de machine à faire des clefs au Parlement. Ah ! Si le Parlement avait été privatisé et vendu par exemple à Casino ou Carrefour, il y aurait une boutique clef. Mais là, si cette clef est perdue, la prochaine fois, on doit changer la serrure. Ou alors la porte. Peut-être même le bureau. Éventuellement, changer le Parlement.

C'est cohérent et c’est du Raymond Devos. S'il n'y a pas de clef en double, s'il n'y a pas de porte en double, s'il n'y a pas de bureau en double, il faut bien un double du Parlement ... De fait c’est d’ailleurs bien le cas avec Strasbourg et Bruxelles

12 h 15 : Zut ! On allait oublier l'essentiel : un papier à signer pour officialiser la remise de la clef. 

12 h 20 : C'est bientôt fini... ? Oui ! Derrière, il y a la queue pour avoir des doubles de clefs ... d'autres bureaux.

Total : 1 heure 20 pour avoir une clef. Avec un serrurier polonais, c'était une minute... !

 

Banques et poste

 

« Les banques je les ferme, les banquiers je les enferme ». C'était Vincent Auriol, ministre des finances du Front populaire. Au Parlement européen, les banques, on les ouvre et les banquiers les démultiplient. S'il n'y en a qu'une seule à Strasbourg,  la Banque populaire, avec uniquement deux distributeurs, à Bruxelles en revanche  c'est presque le Pérou pour les banques. Il y en  a  trois. Deux grandes, ING et KBC et une petite : Fortis, ou ce qu'il en reste après la crise de 2008.

Leur sociologie est passionnante. Ainsi les deux premières ont chacune entre 4000 et 4600 clients. Ces clients déposent mensuellement entre 3000 et 15000 euros. Ce sont des fonctionnaires, des assistants, des députés. Ils font beaucoup de placements. Défensifs essentiellement dans les. Obligations d’Etat. Les demandes de crédits sont nombreuses. C'est le fait surtout des Anglais.

L'agence parlementaire ING par exemple, d'un groupe néerlandais, est en Belgique classée centième sur les 4800 agences du groupe. Elle a 13 cadres avec une politique linguistique large. Ainsi pour capter les clients polonais, elle a un cadre polonais. Pour capter les Roumains, elle a un cadre roumain etc... Et ça marche. La concurrence entres les trois  agences est très forte. Surtout du fait des clients de I’Est. Ce sont les  les plus froids et  les plus durs à la négociation dans les contrats de taux.

La grande aisance de ces  clients fait exploser le prix de l’immobilier autour du Parlement, sur deux communes, dont celle d'Ixelles. Comme si le Parlement européen était  à lui seul une bulle immobilière.

 

La Poste.

Il y a aussi la Poste. A Bruxelles et Strasbourg. Le courrier officiel a un circuit propre, avec même un service DHL interne qui relie Bruxelles à Strasbourg, pendant les sessions, pour acheminer les urgences, par exemple les demandes de visa  pour des députés à présenter à  des ambassades à Bruxelles.

Chaque jour, uniquement pour les services officiels, sans parler du courrier des députés et des assistants, la poste trie, dans trois salles, 10 000 courriers. Soit plus de 3,5 millions de courriers annuels. 36 500 lettres recommandées arrivent par an. Chaque jour, le bureau de poste du Parlement à Bruxelles reçoit 200 à 300 personnes.

Mais sorti de ces courriers officiels, il y a le circuit pour les députés. À la différence des députés nationaux, français par exemple, les députés européens n'ont pas la gratuité du courrier. Avec un tampon et un numéro d'identification comme à l'Assemblée Nationale. Permettant à chaque élu de correspondre avec toute sa circonscription, à coups d'envois de lettres et de périodiques. Même massivement.

D'où alors l'utilité d'un bureau de poste, dans les deux sièges de Bruxelles et Strasbourg. Avec toutefois une réserve. Chacune des sept circonscriptions électorales de la France métropolitaine d’avant 2019 comptant 6 millions d'habitants, quand bien même le député européen n’aurait écrit, en cinq ans, qu'une seule fois à chacun de ses compatriotes, le coût de la correspondance aurait été de l'ordre de 3,6 millions d'euros.

Ce n'est pas possible. D'où la faible fréquentation de la Poste, même à Strasbourg, où pourtant le bureau est des plus accueillant, dans un couloir où l’on passe forcément puisqu’il y a aussi l’agence des avions, des trains et des réservations d’hôtels.

A Bruxelles c’est pire. Le bureau de poste a été supprimé. Il ne reste plus que dans le parking à voitures, caché derrière un pilier, une supérette   sinistre qui vend des timbres et accepte les lettres à poster.

Dans ces conditions, le travail des députés européens est forcément peu connu. Puisque les électeurs ne peuvent guère recevoir de courrier et être directement informés par leurs députés. Sauf par courriel. Mais qui croit que la France de la Lozère mal connectée, de l’Allier isolé ou de Guéret abandonné, passe ses nuits sur la toile, à se faire des amis sur Facebook et à surveiller l'arrivée d'un courriel du député européen avec des documents attachés ?

 

 

Bars (Les sept)

 

A Paris, il y a un bar parlementaire célèbre. C'est la buvette des députés à l'Assemblée Nationale. C'est le seul. À Bruxelles, au Parlement européen, au contraire, il y a quatre bars. Et à Strasbourg, il y en a trois.

Trois bars à Strasbourg.                               

Il y a le bar des députés. À droite à la sortie de l'hémicycle. D'ailleurs, un huissier en garde l'entrée.

Une vingtaine de tables, un comptoir, des fruits modestes, des tartelettes Sodexho, mais des prix à vous faire regretter le contrôle des prix... On y vient l'après-midi, après une intervention ou en attendant son intervention.

Il y a le bar en rez-de-chaussée. Surplombé par la coursive. C'est le rendez-vous des assistants. Le soir, de 19 heures à 21 heures, avant de parler dans l'hémicycle, on peut y manger. C'est-à-dire avaler des pâtes, une pizza et survivre. Toute la restauration au Parlement européen est une agression. Contre l'humanité gastronomique.

Puis, si l'on passe le fleuve, par la passerelle, qui signe le style euro-communautaire, comme la clef de voûte signait l’architecture romane, dans le bâtiment du Conseil de l'Europe, occupé par le Parlement européen et appelé IPE I, juste à côté du coiffeur, on trouve le  bar à huissiers et à visiteurs.

Quatre bars à Bruxelles.                                 

À Bruxelles, il y a d’abord, un bar visible. En pleine zone de circulation. Au carrefour de toutes les « routes » pour aller à l'hémicycle, pour aller à la caisse, pour aller en commission, pour aller aux bureaux, bref l'équivalent d'un bar dans un rond-point ou au bord d'une nationale à trois voies au moment des départs en vacances.

C'est le bar du 3ème. Le bar du matin. On y voit et on y est vu. D'autant que les sièges tiennent des tabourets de plateaux de télé. C’est haut perché. Inconfortable. Celui qui est assis ne peut pas être raté. À cette hauteur, c'est une cigogne sur sa cheminée.

Le bar « à Jacques »

100 mètres plus loin, toujours au 3ème étage, caché derrière des cages d'ascenseur, à l'arrière de l'hémicycle, il y a un autre bar. C'est le bar des députés. Pour la pause avant les votes. En discussion. C'est le bar de Jacques. Le chef du comptoir. Le bar des habitués. 20 mètres de comptoir, avec même parfois la possibilité d'y manger. Un mercredi soir par mois, pendant les séances de nuit de la mini session de deux jours qui se tient à Bruxelles  

C'est le bar de l'après-midi et  le bar des soirs.

Le bar « à Astrid »

Mais le must n'est pas là. Il faut descendre au rez-de-chaussée. Derrière de grandes portes, style bois de frêne de chez lkéa, en bord d'un couloir comme au Louvre des guerres de religion, il y a le bar cosy. C'est le confort ouaté de salons meublés chez Conforama, Habitat, Ikea, ou avec des éléments d’un catalogue allemand.

Là, d'une assiette de saumon d'élevage fumé et d'un plat de poulet brésilien, transformé façon MacDo, au curry, viennent déjeuner des députés. On peut aussi tranquillement y lire tous les journaux d’Europe

C’est le bar Astrid Lulling, la député Luxembourgeoise, grande militante de trois  causes : les abeilles, le vin, même s’il n’est pas de Moselle et les banques, de son Grand-Duché.

Toujours au rez-de-chaussée, là aussi caché au fin fond d'un couloir, à la sortie du restaurant des députés, il y a le bar de 13 heures. Le bar du café d'après déjeuner.

La proportion des députés au bar est toutefois faible. C'est une trentaine de députés habitués, pour l'essentiel français, belges, espagnols ou italiens, qui font la clientèle. Ce qui révèle bien que sous un même pavillon européen, il y a en fait des identités nationales différentes, voire  deux Europe. Celle qui a le Florian sur la piazza San Marco à Venise, le café Gijon à Madrid, le Majestic  à Porto, le café Central de Sigmund Freud ou  Trotsky, à Vienne, ou le Flore au Bd St Germain  et l’Europe des pubs qui au moins n’ont pas gagné le Parlement. On y parle certes anglais, mais Dieu merci on y boit encore en atmosphère  française, espagnole  ou italienne.

 

Bibliothèque (La)

Elle s'appelle la « Bibliothèque Erato ». Du nom de l'une des neuf muses de la mythologie grecque, patronne de la poésie lyrique. Elle est sans doute aimée, puisque son nom vient du grec « Eretos », c'est-à-dire précisément « l'aimé ». En un seul coup d'œil sur « Eretos », on a compris la vérité.

Officiellement, en 1953, une bibliothèque du Parlement européen a été et installée à la fois à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg. Elle est sensée posséder « un riche fonds de journaux, de revues et de livres imprimés et électroniques », avec même un fonds de droit comparé et un fonds historique.

Ces fonds doivent être bien cachés, puisque   vingt ans député je ne les ai pas repérés. La bibliothèque du Parlement européen à Bruxelles, serait  plutôt la bibliothèque d'Alexandrie après le passage des cavaliers arabes... et 700 000 livres brûlés. Au moins à Bruxelles, la bibliothèque ne brûlera pas puisqu'il n'y a rien. Ou presque.

À Strasbourg, c'est même mieux. Dans les années 90, au rez-de-chaussée, il y avait une bibliothèque. Elle a fermé. Il est vrai que, sur la base des 3 millions d'illettrés, pour la seule France, sans parler des analphabètes, dans l'Europe des 28 il ne doit pas y avoir beaucoup de lecteurs..

Malgré cela, la bibliothèque compte 85 agents. C'est-à-dire un nombre incommensurablement plus élevé que celui des députés qui un jour ont fréquenté l’endroit. Comme  ils n'y vont pas, la bibliothèque, pour justifier son existence, a décidé d'aller, elle, au-devant des parlementaires.

En 2008, un service de briefing a été ouvert, avec quatre personnes pour faire, à la demande, des recherches. Pour ne pas être submergé, ce service se limite à quatre sujets : l'environnement, le marché intérieur, l'énergie et l'économie. Mais si un député demande une étude sur l'agriculture, la fiscalité ou l'OMC, ce n’est pas de l’économie, lui répond-t-on.

Autrement dit, le service de briefing ne peut pas débriefer grand-chose. Même si on l’appelle maintenant du nom ronflant d’EPRS pour Européen Parliamentary Research Service.

Ce centre de recherche et de réflexion du Parlement effectue pour les députés et les commissions des recherches concernant différents domaines liés à l’Union. Mais on ne voit guère dans les rapports de commissions une information qui confirmerait les apports de ces recherches.

Cette situation explique ou révèle beaucoup. Si  la bibliothèque du Congrès à Washington, c'est  138 millions de documents, dont 32 millions de livres et un budget de 600 millions de dollars, la modestie de la bibliothèque du Parlement européen montre bien, au-delà des mots bavards sur la stratégie de Lisbonne, Erasmus, Mundus, Galileo et autres statistiques mirobolantes,  que l'Europe n'est pas vraiment sur le  chemin de la puissance. Et certainement pas d'une puissance kantienne du savoir, qui compenserait sa faiblesse hobbesienne du pouvoir.

Quand les députés ne veulent pas se donner les moyens du savoir, on comprend qu'ils ne veulent pas du pouvoir. Au moins toutefois les assistants pourraient fréquenter les lieux. Or, même pas. Soit parce que Google remplace les rayons, soit surtout parce que les rayons n'amènent pas ce que l'on attendrait. C'est-à-dire toutes les revues, juridiques, politiques et économiques, des 28. Avec tout sur l’Europe d’aujourd’hui et d’hier. Les publications et les archives des pères fondateurs compris. Eh bien non ! Il n’ y a rien. Même pas des BD qu’il faudrait essayer, en avertissant les députés. Qui sait, quelques uns seraient intéressés !

Autant dire que cette  bibliothèque, dans l'Europe de Bologne, Salamanca, Coimbra, Oxford ou la Sorbonne, n’est pas à la hauteur de ce que nous sommes.

 

« Bien venu au club » : les pots de pré -adhésion au Parlement

 

Député européen, on le reste en moyenne une vingtaine d’années. Forcément alors à la fin un esprit de famille se crée. Un peu comme avec l’équipe de France en 2018, à la coupe du monde en Russie. Au début les garçons se connaissaient peu et en final ils ont gagné ensemble. En langage média officiel on dit la magie du « vivre ensemble ».

On ne l’imagine pas, mais c’est la même chose en politique. Ainsi, en attendant l’ouverture de la 6ème conférence ministérielle de l’OMC à  Kong Kong, le 13 décembre 2005, avec Harlem Désir et  Stéphane Le Foll, futur ministre de l’agriculture de François Hollande, nous nous sommes organisés une semaine de découverte de l’usine du monde, la  province de Guangdong, au sud-est de la Chine. Avec, au long de la rivière des perles, les visites du port géant de Guang Zhou, l’ancienne Canton ou Shenzhen, le port aux 131 lignes de conteneurs internationaux. Aucun journaliste français n’étant là et Jean Quatremer de Libé ne l’ayant pas su, ce grand « compromesso storico » entre trois députés européens de France n’a pas été immortalisé.

Tel  a été aussi le cas pour la grande messe du mardi 18 novembre 2002 que le Parlement européen s’était offert à Strasbourg pour fêter, avec 13 mois d’avance, l’adhésion future de dix  nouveaux membres. Le 29 octobre 2002 en effet, la Commission européenne avait donné la liste des Etats destinés à intégrer l’Union en 2004. Mises à part l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, il y avait Chypre, la Hongrie, Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie-.

Pour marquer  cette adhésion, bien que  juridiquement elle n’avait pas eu lieu encore, le Parlement européen avait invité à siéger dans ses propres rangs deux cents personnes qui n'en faisaient pas partie. A y être, pour faire bonne mesure, on avait rajouté à la liste des invités, avec les dix délégations des députés des parlements des dix  pays candidats admis, trois autres délégations dont celle surprenante de députés turcs…Oui turcs ! Parce qu’en 2002 c’était comme fait. Cela allait de soi. L’Europe devait aller d’Helsinki au plateau d’Anatolie.

On aurait pu traiter tous ces députés nationaux en hôtes de marque, dans le cadre habituel des rencontres de délégations interparlementaires, monnaie courante dans la vie des Assemblées. Ce faisant, on aurait pu y discuter sérieusement des très nombreux problèmes que posait, aussi bien aux Etats-membres qu'aux Etats candidats, leur  adhésion,  alors seulement à l'état de projet. Puisque ni le Parlement européen, ni les peuples des Etats-membres, que ce soit, directement ou par leurs représentants, ni ceux des Etats candidats, n’avaient encore ratifié les traités d'adhésion qui n’étaient même pas à l’époque signés.

Mais c’est ainsi, à Strasbourg et à Bruxelles, on aime les pots, les cérémonies, les images fortes, les communions, les mariages et tout ce qui permet de belles photos de famille. D’ailleurs, il y a un service photos au Parlement où l’on peut prendre rendez-vous et un photographe vient vous photographier à l’heure pile où vous parlez. Ainsi même si au pire on n’a parlé qu’une fois en 5 ans dans l’hémicycle, ce qui est le cas pour l’immense majorité des députés, on a au moins une photo pour tenter de la faire publier dans le journal de Perpignan, de Carcassonne ou de la ville d’où on a débarqué, lorsque  par hasard le parti vous a désigné pour être député.

Le 18 novembre le Parlement a donc offert à 200 députés potentiels, de treize pays sur le point d’adhérer, un séjour découverte et intégration dans la famille où ils allaient entrer. Avec visite de la belle ville de Strasbourg, essayage des sièges confortables de l’hémicycle bleu et entrainement au discours laïque, technique et euro bien élevé. On avait même mis les petits plats dans les grands, en prévoyant des traductions simultanées en Letton, Maltais, sans le turc toutefois et je dirai ci-après pourquoi.

Hélas  patatra, pour faire du zèle beaucoup des députés nationaux invités ont tenu à s'exprimer en anglais, alors que tout était prévu pour que tous, estoniens, hongrois, chypriotes, maltais, slovènes ou bulgares, puissent s'exprimer dans leurs propres langues, portant à 506 le nombre de combinaisons possibles entre chacune d'entre elles.

Même si l’eurodéputé français, à l’époque pasqualien et villiériste, Paul Marie Couteaux, s’en était  ému dans une intervention pour son groupe, on n’avait pas lésiné sur les moyens. La présence des 200 eurodéputés potentiels d'Europe de l'Est avait coûté plus d'un million d'euros. Pour une présence en séance de trois heures.

Horreur toutefois, au mépris des règles de la courtoisie et de l'hospitalité, la plupart des députés européens des Etats déjà membres étaient absents. Comme si au jour du baptême ou de la Brit Milah du nouveau-né, la moitié de la famille ne venait pas…

Il est vrai que les députés turcs, invités mais privés de parole, n’étaient pas là non plus. Les seuls non invités présents étaient les chevreuils. En effet, deux chevreuils, perdus dans le brouillard ont occupé deux heures durant les pistes de l'aérodrome de Strasbourg contraint à la fermeture, occasionnant plusieurs heures de retard aux délégations. L'élargissement commençait peut-être un peu mal, mais depuis tout le monde s’est intégré. On n’attend plus aujourd’hui, en 2019, que l’Albanie ou le Monténégro, étant entendu que pour la Turquie, le pot d’arrivée est pour l’instant repoussé sine die.

 

Boîtes aux lettres et courrier des députés

 

En France, un député reçoit beaucoup de courrier. Pour demander un emploi, une pension, un RMI. Pour protester. Pour féliciter. Bref, à l'Assemblée, on écrit. Et le député répond parce que c'est gratuit.

Au Parlement européen, il ne vient à l'idée de presque personne d'écrire à un  député. D'abord, parce que personne ne sait où localiser ce Parlement : à Bruxelles ...? A Strasbourg ... ? Au Luxembourg ... ? On ne sait pas. Alors, on n'écrit pas. Personnellement du moins. Sauf exception.

Pourtant ce n'est pas les boîtes aux lettres qui manquent. Un député européen en a même cinq. Deux à Bruxelles, deux à Strasbourg et une à sa permanence parlementaire, s'il en a une, dans son pays.

Chaque mois, essentiellement à Bruxelles, le député reçoit environ dix  kg de courriers, en quadrichromie, venant de tous les services de communication, de toutes les collectivités, organisations professionnelles, agences et autres institutions. D'Europe et des 28.

Plus précisément, il y a cinq types de courrier, avec un point commun : neuf fois sur dix, c'est sans intérêt. Il s'agit de :

- Magazines en avalanche, qui n'apprennent rien. Avec des   gros et des petits. Des 80 pages et des 8 pages. Des Anglais écrasant et des petits en français bien modestes.

Il y en a pour tous les goûts : pour la nature, l'info politique, l'hôpital, les idées, les mensuels, les hebdos, les trimestriels. Par exemple, Parliament Magazine 80 pages en anglais, chaque mois. Illisible ou Bordeaux Magazine.

« Hospital » paraît chaque deux mois. C'est le périodique de l'association des directeurs d'hôpitaux. Rédigé est en français,  il donne  un peu d'info sérieuse. La flamme est le sommet. Ce n'est pas la flamme du Front, d’avant son changement de nom. C'est la flamme des crématoriums. Un mensuel pour brûler et avec pour slogan : « La Terre aux vivants »...

S’ajoutent  les magazines municipaux, régionaux, départementaux, émanant des services de communications des « territoires », ces  machines inutiles à fabriquer des « planques » sympas et rémunérées, pour les petit(e)s affidé(e)s du maire ou du président.

Parfois, mais rarement, il y a du sérieux. Eurafrique Magazine par exemple ou la revue trimestrielle Maghreb-Espagne, AFKAR idées, destinée à fournir , comme son nom l’indique, des idées sur la question du voisinage entre les deux rives de la Méditerranée occidentale et à promouvoir le débat sur l’avenir des sociétés, notamment des pays maghrébins et européens.

C’est un petit bijou de cent  pages édité par L’IEMed, l’institut européen de la méditerranée, qui produit par ailleurs un large éventail de publications et d’étude,  avec  pour objectif  la recherche euro-méditerranéenne dans les domaines politique, économique et socioculturel.

 On y découvre par exemple l’inévitable étude sur la sexualité dans le monde arabo musulman, les camps de réfugiés, l’avenir de la Palestine ou l'immigration des enfants des rues marocains, de sept  à quatorze ans, plus de 6000 arrivant seuls en Espagne et sniffant, comme leurs camarades de  Quito ou Bogota,  jusqu'à dix boîtes de colle par jour. Spécialement à Melilla où on les croise dans les ruelles de la citadelle.

Il y a aussi Amicus Curiae de l'Institut Montaigne, think tank qui réfléchit sur tout, de la PAC à la justice, et L'écho des familles, mensuel bien fait des Associations familiales catholiques.

-Les lettres institutionnelles sont le deuxième gros paquet du courrier. Mensuelles et professionnelles, elles sont parfois sympathiques .La lettre du hérisson est la mieux.

Parfois c'est local comme La lettre du port de Bordeaux. Il y a la lettre bulletin des animaux de ferme, Champ libre,  sur papier recyclé. C'est le bon lobby pour s’informer.

S’ajutent La lettre européenne de l'Assemblée Nationale française et celle de la Confédération européenne des producteurs de spiritueux.

- Les rapports d'information, qui informent peu, sont une avalanche de pavés. Par exemple, pour fêter les vingt ans de l'Espagne dans la Communauté, les députés ont reçu de Madrid un superbe dossier de 160 pages spiralées,  avec tout sur l'économie, la société, le politique et les 78 milliards d'euros que l'Espagne a gagné en vingt ans,  à la loterie de l'Europe.

-Les lettres personnelles, manuscrites, des électeurs sont rarissimes. Sauf les lettres-types dictées par les ONG des oiseaux, des chasseurs, des migrants.

Enfin, il y a le chaos de courriers disparates, du Guide de la déchetterie à Blagnac à l'avis de recherche de Ralf Wegner, disparu en Corse en 1999, et même l'Union crématiste européenne. !

Tout cela révèle le gâchis de millions d'euros des services de communication qui sont des services d'extermination des forêts, de pollution des poubelles et de dilapidation des impôts. Locaux et nationaux.

Les expéditeurs sont variés. Les organisations professionnelles arrivent en tête. Les Turcs aussi écrivent beaucoup, les Iraniens et même le Président du « Congo Brazza », à ne pas confondre avec le « Congo Kinshasa », s'y est mis. Denis Sassou Nguesso envoie ainsi aux députés sa lettre en cahier, avec couleurs nationales.

De l'herbe et une tête greffée dans le courrier.

   La boîte aux lettres, c'est surtout le lieu du courrier le plus original. Du concours Lépine de l'imagination épistolaire. C'est qu'attirer l'attention, chaque jour au milieu de centaines d'enveloppes, ce n'est pas facile. Alors les expéditeurs essaient tout. Ils envoient une boîte de chaussures pour dire l'espace du poulet en batterie, la boîte de faux médicaments pour y faire lire leur petit papier à l'intérieur, les Cd, les calendriers en fin d'année, les dossiers à spirale et, nouveauté, le carré de pelouse de 100 cm2.

Ça interpelle. Quand le député reçoit de l'herbe dans sa boîte aux lettres, ou il la broute ou il la fume ou il se demande « Qui suis-je?» : mouton  dans le champ parlementaire, qui broute paisiblement  les indemnités, sous  surveillance de la Commission européenne... ? Bovidé regardant passer les trains du monde qui se bâtit, tout en  reste scotché à l'Europe qui se défraîchit ..? En toute hypothèse, un carré d'herbe dans la boîte aux lettres, « ça secoue ».

Mais il y a d'autres ruses pour attirer l'attention dans la pile de lettres banalisées. Par exemple, les chimistes, pour dire que substituer une molécule à une autre, au nom de la santé, est un art, ont envoyé aux députés un buste de Mona Lisa remplacée par les têtes de Van Gogh,  Modigliani, et Toulouse-Lautrec. Histoire de dire que la molécule « tête Van Gogh » pouvait se substituer à la molécule « tête Mona Lisa ». Ce que la sagesse populaire traduit par « on ne change que de tête ». Voilà pourquoi d’ailleurs  les électeurs élisent souvent  les mêmes...

Le courrier qui veut sortir de l'ordinaire peut faire aussi dans le géant. Ainsi l'Association des pétrochimistes en Europe, pour montrer son rôle central dans la société, a envoyé à chaque député un graphique de 1 m2, où, de la brosse à dents au téléphone, en passant par la voiture et le médicament, on apprend à jouer aux 7 familles pétrochimiques avec : la Famille Ethylène, du fils PVC au père Scotch, en passant par la mère Solvant, la Famille Propylène du textile ou la Famille Benzène du nylon et des détergents.

Il y a même la seringue dans le courrier pour capter l'attention sur un site whatnottoshare.com. Mais comme la boîte aux lettres ne déverse qu'un flot de documents en anglais, écrire en français serait le meilleur moyen de se faire remarquer.

Voir : Magazines et hebdos.

 

Bruxelles et ses bâtiments classés dangereux.

 

Le Parlement européen à Bruxelles a quelque chose des champignons. Un jour un bâtiment est apparu, puis un second, un troisième et en final on ne sait trop combien il y en a. C’est un amas. Avec des noms extravagants pour chaque immeuble qui font que l’on ne s’y retrouve pas. Par exemple il y a un bâtiment Jozsef Antall dont personne ne sait, même en regardant son buste en bronze inexpressif, posé dans un virage d’un couloir, qu’il est là parce qu’il a été premier ministre de la Hongrie en 1990. En plus ce bâtiment Antal, désigné uniquement par l’abréviation JAN, ce qui n’arrange rien, est relié par un pont circulaire à deux autres bâtiments, Altiero Spinelli et Willy Brandt.

Si ce dernier nom, du dirigeant allemand Nobel de la paix, dit encore quelque chose à des téléspectateurs de BFM TV, avec sa silhouette à genoux le 7 décembre 1970 devant le mémorial du ghetto Juif à Varsovie, qui peut bien savoir à 20 ans quelque chose sur Altiero Spinelli ? Sa silhouette grandeur nature, une fois passé les contrôles à l’entrée officielle du Parlement n’évoque aucun souvenir pour qui que ce soit des visiteurs qui passent par là. Même s’il a été commissaire européen en 1970, député apparenté communiste, auteur d’un Manifeste pour l’union de l’Europe ou fondateur d’un club du Crocodile.

Un autre pont,  appelé Konstantinos Karamanlis, relie ces bâtiments, Brandt et Spinelli,  à un autre bâtiment, Paul – Henri Spaak, réduit dans  la signalisation  à PHS , où se situe l’hémicycle.

Pour finir de tout compliquer, l’ensemble de cette champignonnière parlementaire bruxelloise est regroupé sous le nom générique d’ «Espace Léopold». C’est à dire un domaine immobilier dont l’ampleur   aurait pu faire rêver le président Trump. Mais à Bruxelles c’est presque monnaie courante, parce que la ville a la spécialité de l’immobilier. Et ce n’est pas d’aujourd’hui. Dès 1866 on avait vu grand.

Ainsi lorsqu’on a voulu un Palais de justice, c’est sur deux hectares et demi qu’on l’a construit, soit plus grand que la basilique St Pierre de Rome. Au point qu’il a fallu 17 ans pour venir à bout de ce gigantisme et que l’architecte Joseph Poelaert en est mort avant la fin. Même si la construction a été tout de même plus rapide que pour la Sagrada Familia  encore  inachevée. Pour autant   la cathédrale de Barcelone ne menace pas de tomber, alors que le Palais Bruxellois ne tient plus que par les nombreux échafaudages qui le corsètent, l’entourent et le maintiennent debout.

L’ensemble immobilier du Parlement européen n’en est pas là, mais il en prend le chemin. Vingt-cinq ans à peine sa construction achevée  à la va vite en 1993, tous les experts s’accordent  pour dire sa dangerosité. Et donc  la nécessité de le raser.

Le bâtiment Paul-Henri Spaak, qui héberge l’hémicycle, a montré des premiers signes de faiblesse dès 2012. Trois des vingt et une poutres en bois, surplombant l’hémicycle, s’étaient fissurées. Six mois durant il avait fallu fermer l ‘hémicycle et maintenir son plafond par des échafaudages et une surveillance électronique. Un an avant, en septembre 2011, un incendie dans une cabine haute tension avait entraîné une paralysie du Parlement de Bruxelles et une évacuation difficile du personnel.

Depuis les choses s’aggravent. Avec des infiltrations d’eau, des conduites d’eau, de gaz et d’électricité qui ne sont plus aux normes de sécurité et surtout « un problème de fondations de ce bâtiment très peu stable et mal conçu », affirmait en 2017 Alain Hutchinson, commissaire en charge des Relations avec les institutions européennes, cité par « L’Écho », le quotidien belge de ‘l’économie et de la finance. Tout cela  parce que la construction de ce bâtiment a été décidée mystérieusement en 1992, par le  président d’alors, dans les dernières minutes de son mandat, avec une toile de fond qui pour tout autre institution que le Parlement européen aurait suscité une enquête pour soupçon d’interrogation.

Mais le silence règne, les documents des experts qui ont examinés en 2017 le bâtiment restent non communiqués et la décision de raser ce Parlement, en réalité déjà prise, ne sera rendue publique qu’après les élections européennes de mai 2019. Parce que révéler dans la campagne des élections européennes que reconstruire le bâtiment du Parlement à Bruxelles au coût annoncé de 500 millions d’euros   qui finira d’ailleurs par être multiplié par deux, serait dévastateur sur les électeurs, de Rome à Paris ou Budapest, on laissera donc ces choses, architecturales, budgétaires et électorales, en l’état.

Ce qui permet aux partisans du siège strasbourgeois d’invoquer un principe de précaution pour proposer de déménager l’ensemble des services vers Strasbourg où au moins le bâtiment Louise Weiss n’est pas en voie d’affaissement.

Voir : Weiss Louise

 

Budget de l’Europe et de son Parlement : une souris qui  accouche d’une montagne.

 

Le budget européen est comme les  poupées russes. A l’intérieur,  emboités, s’empilent  les dix budgets des dix  institutions européennes, dont ceux de la Commission de Bruxelles, du Conseil des ministres, de la Cour des comptes, de la Cour de Justice de l’Union, du Médiateur ou aussi et d’abord du Parlement européen. Puisque le volume qui lui est consacré porte le numéro 1.

Connaître les chiffres de ce budget européen est capital. Parce qu’ils disent la vraie réalité de l’Europe, bien éloignée des idées surévaluées que ses adversaires et ses tenants s’en font.

En 2018, le budget de l’Europe ce n’était en effet, en crédits de paiement, que 149,7 mds d’euros pour 510 millions d’habitants. Alors que le budget de l’Etat français, pour 67 millions d’habitants, s’élevait lui à 329,1 milliards d’euros. Autrement dit, le budget de l’union européenne ce n’est même pas la moitié du budget de la France.

On comprend que le vote soit expédié à la va vite, en moins de deux heures d’hémicycle, quand l’adoption de la loi de finances de la France, même aujourd’hui avec moins de soixante votes nécessaires en séances plénière, va demander au moins deux jours pour les votes ; puisqu’il faut d’abord, après une semaine de discussions, générale et articles par articles, voter la première partie de la loi de finances autorisant la perception des impôts et l’équilibre général entre dépenses et recettes.

Ensuite, après une vingtaine de jours de discussion des crédits de chaque ministère, ventilés depuis 2001 en une quarantaine de paquets appelés « missions », il faut adopter celles-ci en hémicycle par un vote sur chacune d’elle. Soit une quarantaine de votes du Parlement.

Par exemple pour la loi de finances 2018, le vote solennel de la première partie a eu lieu le 24 octobre 2017, après 6 jours de discussions. Sur la deuxième partie, le vote solennel a eu lieu le 21 novembre, après 20 jours de débats sur tous les types de dépenses.

Etant entendu que l’adoption définitive du projet de loi a dû intervenir au plus tard le vendredi 22 décembre 2017, pour respecter le délai de soixante-dix jours fixé par la constitution pour adopter chaque année le budget

Ce n’est donc pas le nombre de votes émis pour adopter d’un côté le budget européen et de l’autre côté le budget national de chacun des 27 Etats qui fait la différence la différence la plus saisissante entre les procédures budgétaires de la France et celles de l’Union. Dans les deux cas, la durée globale de la discussion budgétaire est strictement encadrée par des délais. Ils sont de 70 jours pour le Parlement français, ventilés en 40 jours pour l’Assemblée nationale, 20 jours pour le Sénat et le reste disponible pour les navettes et l’intervention d’une commission mixte de conciliation entre les deux assemblées.

Au Parlement européen ces délais sont comparables. Le Parlement saisi du projet de budget par le Conseil des ministres, au plus tard le 1 er octobre, a un délai de 42 jours pour se prononcer.

Dans ce délai, il peut soit approuver le projet de budget venu du Conseil, soit l’amender. Dans ce cas comme il n’existe plus une deuxième lecture pour concilier les points de vue des deux patrons du budget, à savoir le Parlement et le Conseil, alors on réunit un comité de conciliation, équivalent de la commission mixte paritaire française.

Ce comité dispose de 21 jours pour aboutir à un accord sur un projet commun. Le plus souvent l’accord est trouvé. Par exemple pour le budget 2018, du 26 octobre au 18 novembre 2017, représentants du Conseil et du Parlement ont discuté et trouvé un accord. Après, en 14 jours le Conseil et le Parlement ont dû l’approuver.

Jusque-là, l’adoption du budget européen et celle d’un budget français se ressemble. Avec des calendriers comparables.

Toutefois  pour celui qui a participé aux deux types de discussions budgétaires, à la fois au Parlement européen et au Parlement français, il y une énorme différence. Elle est dans la quantité et surtout la qualité formelle, intellectuelle et scientifique, des documents de travail mis à la disposition des députés. Là, entre les deux Parlements, ce n’est même pas la différence entre la nuit et le jour, c’est tout simplement impensable, invraisemblable, à rester sidéré ou à se dire « Non ce n’est pas possible, on ne peut pas rester avec ces gens là,   il faut s’en aller ... ».

Voici les données chiffrées pour que chacun puisse comparer et mesurer sur pièces  la vraie réalité de l’Europe et de son Parlement, où en octobre 2018 un député européen n’avait à sa disposition  que zéro document sur le projet de budget 2019 qu’il devait pourtant voter le mercredi 24 octobre 2018 à partir de 12 heures, alors que le député au Parlement français pouvait disposer, lui, sur le projet du budget 2019 de la France, d’un mètre cube de documents.

Un m3 de documents budgétaires par député français

Dans la procédure budgétaire française, chaque député ou sénateur peut aller chercher à « la distribution » les documents budgétaires classés en trois couleurs : bleu jaune et orange. Soit :

- Pour « les bleus »,  une cinquantaine de volumes consacrés à présenter les prélèvements obligatoires, l’état économique et financier du pays et les 45 missions de l’’Etat, correspondant aux politiques habituelles de tout Etat, de la défense à l’université, la justice ou l’agriculture. Etant entendu que chaque volume fait entre 200 et 500 pages.

- Pour les jaunes, comme des gilets,  c’est 31 documents spécialisés sur un secteur donné de dépenses, par exemple la fonction publique, ou les concours de l’Etat aux collectivités locales, sans équivalent au Parlement européen par leur élégance formelle et leurs richesses de fond en informations pour les députés.

Il existe ainsi un jaune sur les relations financières de la France avec l’Union européenne. Celui de 2018 permettait aux députés français, en 169 pages seulement, de tout savoir sur le budget européen avec ses dépenses, ses recettes, ses Etats gagnants, comme la Pologne, et ses perdants, dont la France contributeur net au budget européen, le tout présenté avec des historiques , des graphiques , des camemberts couleurs, des histogrammes, des courbes et tout un appareil scientifique ;  plus un glossaire et une pédagogie de présentation qui sont à des années lumières des modestes documents budgétaires européens, sans grandes informations, données aux  députés en commissions et en plénière de Strasbourg.

Pour les oranges, il s’agit d’une cinquantaine de documents d’information transversale interministérielle. Par exemple il y a un orange sur la politique de la ville.

Chaque député français a donc à sa disposition en octobre, au moment où commence le marathon budgétaire,150 volumes environ d’information, bleus, jaunes, orange, venant du ministère des Finances.

En face, au Parlement européen, les députés de quoi disposent ils  pour s’informer ?

2300 pages contre 200

Jusqu’en 2017, sous le nom de « projet de budget général de l’Union européenne pour l’exercice » considéré, chaque député pouvait aller en octobre, au 3ème étage du Parlement à Bruxelles, au service de « la distribution », chercher les 12 fascicules d’information. On y trouvait d’abord une introduction générale présentant en tableaux, sur 400 pages, les crédits des différentes actions de l’Union. Suivait un volume d’une centaine de pages sur l’état général des recettes.

Après, numérotés de 1 à 10, des fascicules donnaient les crédits pour le Parlement européen en priorité avec un volume 1, le Conseil des ministres en volume 2 et la Commission européenne, avec un énorme volume 3 de près de 1500 pages où il y a l’essentiel du budget, dont les crédits de l’agriculture et de toutes les politiques européennes. Suivent ensuite les volumes de la Cour de Justice de l’Union, de la Cour des comptes et d’autres institutions européennes, jusqu’à un volume 10 sur les 531 millions d’euros affectés au Service européen pour l’action extérieure.

C’était au total 2500 pages. Certes 90 % des députés et 99% de leurs assistants n’allaient jamais chercher ces documents et ne savaient même pas qu’ils étaient disponibles. Mais ils existaient bel et bien.

Eh bien ! aussi stupéfant que cela soit, en 2018 ces documents n’étaient même  plus disponibles au Parlement. Un député  qui allait en  octobre 2018 chercher  à « la distribution » le projet de budget 2019 ne trouvait rien. Parce qu’il n’y en avait pas,  on ne l’avait pas imprimé. Ce qui veut dire très concrètement que le mercredi 24 octobre  2018 à midi, 691 députés européens ont voté sur un budget 2019 qu’ils n’avaint jamais vu, puisqu’on ne le leur avait jamais imprimé.

A ce niveau là, on pouvait déjà resté pantois.Mais le pire était encore à venir. Les 691 députés, sans parler de leurs assistantes et asistants, que croyez vous qu’ils ont fait ? Ils se sont manifestés, ils ont appelé le secrétariat général, téléphoné au Luxembourg... ?  Nenni. Personne n’a bougé. Pourquoi ? Parce qu’aucun ne s’en est aperçu. Comment ça, dans leur immense majorité les députés n’ont pas vu qu’ils n’avaient pas le budget sur lequel ils devaient voter... ? Ben oui c’est ainsi. La vérité terrible est là sous les yeux : le budget, la majorité des  députés européens n’en a  « rien à faire ». Puisque électoralment il n’ya rien à gagner à s’y intéresser.

2300 pages contre 200

Il est vrai,  à la décharge des députés de base, sans compétence technique pour pouvoir lire les tableaux d’un budget, que leurs soixante collègues,  normalement  experts, de la COBU, la commission des budgets, ne leur  facilitent pas la tâche. Les  rapports budgétaires,  rédigés en effet dans cette commision du Parlement européen,  sont techiquement, visuellement et intellectuellement indigents.

 

C’est là qu’est  l’essentiel de la différence, entre un budget discuté au Parlement européen et un budget discuté au Parlement français. C’est dans les documents budgétaires qui émanent des commissions mêmes des deux Parlements, à commencer par leur commission des finances, que la différence de niveau est saisissante. On le voit plus précisément dans le document central de toute discussion parlementaire   d’un budget. A savoir le rapport général rédigé par le rapporteur de la Commission du budget, la « Cobu » au Parlement européen et le même rapport général au Parlement français, rédigé par les deux rapporteurs généraux des deux commissions des finances, Sénat et Assemblée Nationale.

Le rapport général sur le budget au Parlement européen, c’est 120 pages environ, plus les 80 pages des rapports pour avis des différentes autres commissions. Soit de l’ordre de 200 pages.

Mais le rapport général de la commission des finances, à l’Assemblée nationale, c’est chaque année trois  tomes. Soit, pour la loi de finances 2018 par exemple, 1373 pages. Plus, en annexes, une cinquantaine de rapports rédigés par des rapporteurs de la commission des finances, appelés « rapporteurs spéciaux », et consacrés aux crédits des différentes politiques de l’Etat, comme l’Education, les transports ou les affaires étrangères. Soit, à 100 pages environ par rapport spécial, 5000 pages d’annexes, s’ajoutant aux autres 1300 pages précédentes.

Ce n’est pas encore tout. Chacune des commissions de l’Assemblée désigne des rapporteurs pour avis qui vont examiner les crédits prévus pour chaque politique. Ce faisant, c’est une cinquantaine d’autres volumes, aussi d’une centaine de pages chacun, soit 5000 pages encore d’informations supplémentaires à disposition des députés.

Quand un député européen reçoit des commissions de son  parlement 200 pages d’informations budgétaires, alors que le député français en reçoit plus de 2300, la différence de niveau est apparemment de 1 à 11. En réalité elle est exponentielle.

Dans le rapport général du Parlement européen, on ne trouve en effet aucun histogramme, aucune série de courbes, aucune étude personnelle, aucune référence scientifique, aucune mise en perspective historique, aucune analyse comparée avec des budgets d’au moins un Etat de l’Union. Il n’y a que de la paraphrase des documents eux-mêmes modestes venus de la Commission européenne.

Pour tout aggraver, ce rapport est présenté sans plan, dans un fouillis, avec même,  à plusieurs reprises, les mots « introduction » et « conclusion » qui reviennent, comme des  cheveux sur cette bouillie. Ce qui trahi  des coupés /collés que les fonctionnaires de la commission budgétaire ont réalisés, sans que le député rapporteur ait pris la peine de relire pour les supprimer et d’harmoniser le document final.

En face, lorsqu’on met en parallèle ces documents du Parlement européen avec  le rapport général de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, -mais c’est vrai aussi pour celui du Sénat-, on voit cette fois  un plan , un texte structuré, des analyses historiques, économiques, sociologiques, avec des courbes, des histogrammes élégants , des camemberts, des tableaux  statistiques travaillés, indiquant les sources, une table des matières, une esthétique dans les variations de la police de caractères, enfin bref on voit un cerveau en action, une intelligence qui traverse toute la rédaction et  une pédagogie.

Les rapports budgétaires au Parlement européen sont, eux,  pauvres intellectuellement et laids esthétiquement.

Deep Blue fonctionnaire au Parlement

  C’est le constat, mais quelle est l’explication ? Elle ne tient pas aux députés européens

concernés. D’abord parce que si  l’ancien ministre français du budget, Alain Lamassoure, pourtant expert en finances publiques, est lui-même rapporteur général du budget européen, le contenu de son  rapport ne fait pas exception.

De même, depuis 2014, la commission du budget du parlement européen est présidée par Jean Arthuis. Ancien  rapporteur général  du budget français au Sénat, de 1992 à 1995, il y a  signé des rapports de la plus grande qualité.Au Parlement européen toutefois , sous sa présidence de la Commission du budget, les quatre rapports généraux de cette commission sont restés au sous niveau habituel.

Pourquoi ? Parce que dans l’immense majorité des cas les rapports sont rédigés par les fonctionnaires des Parlements. Or si en France, aux authentiques concours de recrutement de ces fonctionnaires c’est la crème de la crème qui est candidate, devant un jury dont l’impartialité va de soi, au Parlement européen ceux qui auront le titre de fonctionnaires ou d’agents contractuels sont recrutés dans un style de concours et d’épreuves qui laisserait  pantois n’importe quel jury d’université français.

Pour les collaborateurs des groupes politiques des candidats recrutés,  ayant  reçu en avance le panel des  quelques sujets potentiels , ne sont en rien des exceptions. J’ ai vu une candidate entrainée par un des membres du jury, avant de devenir d’ailleurs plus tard elle-même député. Parce qu’au Parlement européen tout est en osmose, en passerelles et en courte échelle. On entre agent contractuel d’un groupe politique, uniquement sur des critères politiques ou exceptionnellement familiaux, et une fois dedans, de réseaux en amitiés on devient fonctionnaire permanent.

Pire, le type d’épreuves pratiquées, dans ces concours, même s’ils n’étaient pas biaisés, ne peut que recruter des personnes qui à la place d’un esprit de finesse n’ont que des circuits neurologiques formatés en algorithmes. L’Office européen de recrutement, désigné par le sigle EPSO, ne recrute en effet que par le filtre de test d’admission qui porte, je cite, « sur les capacités cognitives, le raisonnement verbal, numérique et abstrait,  avec la  capacité de jugement dans des épreuves de mise en situation, ainsi que ses compétences linguistiques ».

Ces raisonnements déchiffrés, on ne recrute au fond que des réflexes conditionnés de candidats qui sont arrivés à s’imprimer des suites d’instructions à enchaîner dans un ordre bien précis, leur permettant de résoudre un problème de façon systématique. Autrement dit, s’il y avait un poste à pourvoir pour jouer aux échecs, le Parlement européen recruterait au mieux Depp Blue, mais pas Garry Kasparov.

Et voilà comment on en est arrivé au niveau des rapports budgétaires qui n’éclairent guère les députés au moment de voter.

Ce qui n’empêche pas il est vrai d’avoir en final, publié au JO de l’Union, un volume de 1500 pages environ, uniquement pour la section III du budget qui donne les crédits de la Commission européenne. C'est-à-dire l'essentiel des crédits européens, avec aussi le budget du Parlement européen avec ses près de 2 milliards d’euros pour payer ses 6000 fonctionnaires, ses loyers, ses  cours de langues et d'informatique pour les députés avec 800 000 euros et même le Centre de la petite enfance et les crèches avec six  millions d’euros environ.

De même aussi, bien ou curieusement adopté, ce budget voté en décembre, permet chaque fois une petite cérémonie familiale, comme on les aime au Parlement européen. Le Président descend de sa tribune dans l'hémicycle. Il y a une petite table recouverte d'une large nappe bleue à étoiles jaunes. Le Président s'assoit. Roulements de tambours virtuels dans les têtes. Le Président signe le budget. Ça y est, c’est fait ! Le président de la Commission du budget, tantôt  un Polonais J. Lewandowski, tantôt un français Jean Arthuis, vient le féliciter. Le rapporteur vient aussi le congratuler. Tout comme  le ministre qui préside l'Union jusqu'au 31 décembre.

L'Union, avec cette cérémonie, a un budget de moins de  150 milliards d’euros  pour vivre douze mois.

 

Bureaux des députes (Les)

 

Les bureaux des députés, c'est comme les appartements des Français. Le standing varie selon le quartier, l'étage et, bien entendu, le statut social du locataire. Parce qu'en dépit de ce que l'on croit, tous les députés ne sont pas à égalité. Certes, ils ont tous un bureau. Et même deux, avec Strasbourg et Bruxelles. Voire trois, parce que le train TGV Paris-Bruxelles, appelé « Thalys », est un bureau roulant. Sans parler du bureau volant, puisqu'un député , quand il n'est pas sur les rails, est forcément dans les airs.

Mais l'égalité s'arrête là. Après, advient  une triple hiérarchie.

D'abord, selon le parti du député, ensuite et surtout selon son statut social dans son propre parti, enfin en fonction de son titre au sein du Parlement.

C'est sur cette base-là que les bureaux sont attribués. Selon leur superficie, leur hauteur dans les étages, leur vis-à-vis et leur confort.

À Strasbourg, le bureau, de type F1, entre 20 et 25 m2, est pour le député de base. L'O.S. Le Smicard de la politique. Au mieux, il donne sur la cour intérieure. Mais il peut être à un bas étage, avec la fenêtre donnant sur un pilier et par conséquent sans jour. Charles de Gaulle, le petit-fils du général, devenu député européen, s'était vu attribuer un de ces taudis.

Il y a même eu, à Bruxelles, de 1999 à 2001, dix bureaux sans toilettes. Attribués, bien sûr, avec beaucoup d'élégance aux députés français du parti que l'on devine...

À l'autre extrémité de la hiérarchie politique, qui n'est la plupart du temps que le reflet de la hiérarchie sociale, il y a la vingtaine de députés logés dans un F3 de 75 m2. Avec vue imprenable sur la ville de Strasbourg. Là, il faut être questeur ou président de groupe ou un ancien  ayant occupé ces fonctions.

Il y a aussi les Neuilly, les Foch, les Auteuil, les Passy du Parlement.

C'est le brahmane à 100 m2 avec le mobilier qui sort à peine, il est vrai, de chez « lkea » ou « Roche-Bobois ».

Écartées ces exceptions, de la haute privilégiature, de la bureaucratie oligarchique européenne, pour la masse des députés, la  fonctionnalité du bureau varie entre Strasbourg et Bruxelles.

 Le bureau de Strasbourg.

 

En Alsace, le bureau parlementaire, c'est entre la chambre en « cité U », le placard  où les maisons de retraite enferment les mamies et la cellule dominicaine avec le cloître en moins. Une seule pièce pour amonceler le député et l'assistant dans 25 m2, table bureau comprise, bibliothèque et banquette rabattable. Heureusement, il y a le coin douche et toilettes. Avec même une porte. On peut toujours s'y enfermer pour s'isoler.

La question n'est pas la superficie, mais la vue. Les élus de partis politiquement corrects ont droit à une vue sur la ville, le fleuve, le ciel. Pour les autres, s'ils sont populistes de base, le bureau peut tenir de l'atelier clandestin. Le député est caché au cachot.

Mais bon...ces députés  sont simplement un peu confinés.

 Le bureau à Bruxelles.

 

Celui là il est grand. Il est double, avec deux pièces. Une pour le député, l'autre pour un assistant ou deux.

C'est meublé strict. Télé grosse comme un minitel de la grande époque, une table bureau, deux fauteuils pour le député, deux tables bureaux dans la pièce à côté pour les assistants, une poubelle, une bibliothèque, un portemanteau, un PC pour le député, deux pour les assistants, deux téléphones pour l'Europe, un fax, et voilà.  C'est le standing Conforama.

 Et encore c’est un progrès. Parce qu’en 1989, il n'y avait ni ordinateur, ni même machine à écrire. Pas même une armoire.

 Le bureau dans le train Thalys.              

 Semblable  au transeuropéen express de Paul Morand qui allait à Vienne, Prague ou Venise, sans   parler du transsibérien qui sent bon le docteur Jivago ou un poème de  Blaise Cendrars , il y a le Thalys. Même s’il ne sent rien du tout. Il a  déjà ses trente ans .

Quand il est apparu, tuant l’avion, c’était le nouveau transeuropéen express. Même si aujourd’hui il a perdu ses attributs d’exception, avec les repas sur place supprimés, le journal Le Soir et la Libre Belgique disparus des présentoirs à l’entrée, c’est encore une institution ce Thalys. Toutes les heures 55 et 25, il part de la gare du Nord à Paris et arrive à la gare du Midi à Bruxelles.En une heure 20.

C'est un bureau sur roues. Avec des prises pour recharger et un tapis d'ordinateurs portables qui recouvre les tablettes à perte de vue dans chaque  compartiment. Dans le Thalys, on travaille.

On peut y travailler jusqu'à Amsterdam, parce qu'il y va. On peut aussi aller à Cologne. Mais le député européen, lui, va à Bruxelles. Et le Thalys a tout changé. Depuis le milieu de la décennie 90. Parce qu'on peut voyager et travailler. Jusqu'à la fin 2009 on pouvait même manger, frugalement il est vrai, et sans bouger. Parce qu’un petit plateau repas était servi. En première évidemment. Maintenant l’égalité sociale a été rétablie. Il n’y a manger pour personne...

Mais le Thalys roule. Même pendant les grèves, d’avril à juin 2018, il a roulé. C’est d’ailleurs une curiosité. Le service public ferroviaire n’a bien  fonctionné que pour aller à Bruxelles, la capitale de la Commission européenne  et du Parlement européen. Or ce sont les deux institutions  qui ont pourtant rédigé et  adopté, de 2001 à 2016, les directives des quatre « paquets ferroviaires, où l’ouverture à la concurrence du fret et du transport, y compris les transports nationaux et régionaux , s’est faite contre ce service public. Concept et philosophie  inventés par la France.

 Le bureau dans les aéroports

 

Un député européen commence le lundi à Montpellier en voiture. Mais ce peut être Helsinki, Murcie ou Larnaka. Ça continue dans l'avion Montpellier-Paris, par exemple. Le troisième tronçon du voyage, c'est le taxi Orly - gare du Nord ou le RER. Une heure dans les deux cas. Le quatrième tronçon est en train jusqu'à Bruxelles. Le cinquième tronçon est de nouveau en taxi jusqu'au Parlement européen. C'est le parcours hebdomadaire normal.

Mais il y a le déplacement en Papouasie, à Santiago du Chili, en Tunisie, pour des accords, des contrôles, des négociations. Là, c'est le parcours des aéroports. Or, comme il faut travailler, l'aéroport devient le bureau planétaire du député européen.

Face au tableau d'embarquement, sur une banquette, dans le salon lberia, Air France ou autre, le député travaille.

 Le bureau SFR

 

Un vrai député européen au travail, c'est 90 heures par semaine, avec une douzaine d'heures au minimum de voyages. Le principal bureau devient donc le SMS, le courriel, le portable, téléphone et ordinateur.

« SFR », c'est l'ami du député européen. À moins que celui-ci ne soit le souffre-douleur de celui-là. Parce qu'il faut joindre ses assistants, son secrétariat et être joint. Avec 7 heures de décalage horaire avec Quito, par exemple. Pour parler à 11 heures à son secrétariat en Europe, le député européen appellera de Quito à 4 heures du matin. Un député européen, ça ne dort pas ou peu.

Le Bureau de passage

 

C’est le bureau des anciens députés. Certains, souvent espagnols,  comme le professeur  Medina Ortega, y passent régulièrement,  pareils à de vieux chevaux qui  remarchent mécaniquement vers l’écurie de leur ancienne ferme. A Strasbourg, l’ancien député doit avoir du flair. Le bureau de passage a été caché, sans signalétique, au fond d’un couloir du 6ème, l’étage où jusqu’en en 2019 on pouvait croiser le député Nigel Farage, le leader du Brexit.

Une fois trouvé, il ne faut pas dormir. Car il n’y a que deux  sièges, deux  bureaux, deux  ordinateurs, deux téléphones, une seule imprimante, une seule douche. Mais pour handicapés il est vrai. On peut donc se tenir.

A Bruxelles, c’est moins spartiate. Tout est multiplié par trois. Mais il n’y a pas de douche plus somptueuse.

 

Bureau du Parlement et Conférence des présidents : « la chambre des sorciers »

 

 A l’Organisation Mondiale du Commerce, depuis 20 ans un cycle de négociations commerciales planétaires, appelé cycle de Doha ou du Millénaire, tient régulièrement des conférences ministérielles d’une semaine. Toutes les nuits de ces conférences, dont des sessions ont déjà eu lieu à Seattle, Cancun , Hong-Kong, Bali, Nairobi ou Buenos Aires, dans une salle appelée Green room ou chambre verte, le représentant des Etats Unis, le commissaire européen au commerce extérieur, le  ministre des affaires étrangères du pays hôte, et les responsables des principales nations économique du monde, de l’Inde au Brésil, au Canada ou à l’Australie, mènent, produits par produits et services par services, des discussions serrées sur les réductions de leurs barrières tarifaires et non tarifaires.

Pour assurer une représentation géographique, politique et économique équitable, quelques représentants de petits Etats africains, du Tchad, du Niger ou du Burkina, peuvent être invités à participer à ces rounds nocturnes de négociations. Ils disent alors, de façon imagée, qu’ils sont autorisés à entrer dans « la chambre des sorciers ».

C’est aussi ce qu’il advient au Parlement européen dans ces deux principaux organes collectifs d’organisation de ses travaux: le Bureau et la Conférence des présidents.

Le Bureau est constitué du président et des 14 vice-présidents, avec la présence, à voix simplement consultative, des 5 questeurs chargés des tâches administratives et financières concernant les députés. Le Règlement intérieur du Parlement, aux 231 articles, attribue 15 fonctions au bureau autour de l’idée qu’il est responsable de l’organisation financière et administrative interne du Parlement. Ce qui l’amène par exemple à établir chaque année l’avant-projet du budget du Parlement et à décider du montant des indemnités des députés.

La conférence des présidents elle, aux neuf  fonctions, fait plutôt « bouillir la marmite » quotidienne des travaux du parlement. Composée du président et des présidents des groupes politiques, avec l’invitation sans droit de vote, d’un représentant du groupe des non-inscrits.